Comment concilier l’impératif de l’autosuffisance alimentaire — qui exige des rendements massifs face aux crises climatiques — et la préservation indispensable du patrimoine agricole traditionnel et de la biodiversité locale ?
Intervenant sur les ondes de la radio Express FM, le Directeur Général de l’Institut National de la Recherche Agronomique de Tunisie (INRAT), Mondher Ben Salem, a apporté des éclairages précieux sur les variétés de semences locales. Mondher Ben Salem, a tenu à rassurer l’opinion publique : les variétés anciennes de céréales, telles que le « Chili » ou le « Mahmoudi », n’ont été nullement abandonnées. Toujours cultivées en milieu rural par les petits exploitants, elles permettent de produire des denrées locales de grande qualité nutritionnelle.
Entre traditions et exigences d’autosuffisance
Si ces semences traditionnelles affichent un rendement limité (entre 10 et 15 quintaux par hectare) qui ne permet pas d’assurer l’autosuffisance alimentaire, elles constituent néanmoins une base précieuse. En effet, elles sont intégrées dans l’amélioration génétique pour concevoir de nouvelles variétés à haut rendement, capables d’atteindre 80 quintaux par hectare dans les grandes exploitations. le responsable a rappelé qu’aucune nouvelle variété n’est homologuée sans offrir un gain en termes de productivité, de résistance aux maladies et d’adaptation aux changements climatiques.
Un secteur semencier 100% national malgré les défis
Sur le front de la recherche et de l’innovation, le directeur a souligné que le délai de création d’une nouvelle variété de céréales est passé de 10-12 ans à environ 5 ans grâce aux avancées scientifiques. Il a également balayé les idées reçues en affirmant que la Tunisie n’importe aucune semence : 80 % des semences certifiées vendues dans le pays sont issues des travaux de l’INRAT, les 20 % restants étant multipliés localement.
Enfin, l’institut fait face à des difficultés structurelles, notamment un déficit notable de techniciens (un seul pour quatre chercheurs) et un besoin accru de financement. Pour y pallier, 35 % du budget de l’INRAT proviennent aujourd’hui de projets de coopération internationale sous forme de dons, témoignant de la vitalité de sa recherche malgré les contraintes.



