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Tunisie-Inde : du phosphate à l’IA, les nouveaux axes de coopération

  • 6 octobre 2026
  • 7 min de lecture
Tunisie-Inde : du phosphate à l’IA, les nouveaux axes de coopération

La Tunisie et l’Inde ambitionnent de franchir une nouvelle étape dans leurs relations économiques. Alors que les échanges commerciaux bilatéraux s’établissent actuellement autour de 500 millions de dollars, l’objectif affiché par New Delhi est de les porter à un milliard de dollars au cours de la prochaine période.

Dans une interview accordée à Express Fm, l’ambassadrice de l’Inde à Tunis, Dr Devyani Uttam Khobragade, a estimé que le niveau actuel des échanges reste en deçà du potentiel des deux économies. Elle considère ainsi que le doublement des échanges constitue un objectif réalisable, à condition d’élargir le partenariat à de nouveaux secteurs.

Le phosphate demeure aujourd’hui au cœur des relations commerciales entre les deux pays. Selon la diplomate, près de 50 % des exportations tunisiennes de phosphate sont destinées au marché indien. Elle a également souligné le rôle joué par la société tuniso-indienne des engrais TIFERT dans ce partenariat.

Du côté indien, les exportations vers la Tunisie portent notamment sur les automobiles, les équipements et composants électriques ainsi que les produits et services liés au secteur maritime.

Mais pour l’ambassadrice, le développement des relations bilatérales ne devrait plus se limiter à ces secteurs traditionnels. Le tourisme, la santé et le bien-être, les technologies de l’information et l’intelligence artificielle figurent parmi les domaines susceptibles d’ouvrir de nouvelles perspectives.

Miser sur le tourisme de santé

La coopération dans le domaine de la santé et du bien-être constitue notamment l’une des pistes mises en avant par la diplomate indienne.

L’Inde dispose, selon elle, d’une expérience importante dans l’Ayurveda et les activités liées au bien-être, tandis que la Tunisie bénéficie d’un savoir-faire reconnu dans la thalassothérapie et le tourisme médical. Une complémentarité qui pourrait, selon elle, favoriser l’émergence de nouvelles offres et attirer davantage de touristes indiens en Tunisie.

L’enjeu apparaît d’autant plus important que quelque 32 millions d’Indiens ont voyagé à l’étranger l’année dernière. Or, la Tunisie reste encore peu présente parmi leurs destinations, a relevé l’ambassadrice, qui considère cette situation comme une opportunité à exploiter.

Elle estime ainsi qu’une mise en commun des compétences indiennes dans l’Ayurveda et de l’expertise tunisienne dans la thalassothérapie et le tourisme médical pourrait également déboucher sur de nouveaux investissements et attirer des visiteurs provenant de l’Inde, mais aussi d’autres marchés.

L’Ayurveda, un marché de 29 milliards de dollars

L’Ayurveda constitue également, selon la diplomate, un secteur économique à fort potentiel. Signifiant “connaissance de la vie”, cette pratique traditionnelle indienne repose notamment sur l’équilibre entre l’être humain, son corps et son environnement, à travers l’alimentation, le mode de vie et l’activité physique.

L’Inde coopère actuellement avec 25 pays, à travers des mémorandums d’entente portant notamment sur l’intégration de l’Ayurveda dans les systèmes de santé et sur la recherche conjointe.

L’ambassadrice a également cité l’existence d’un centre de recherche commun entre l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le ministère indien AYUSH, consacré à la classification des interventions sanitaires liées à l’Ayurveda.

Elle évalue à environ 29 milliards de dollars la valeur de cette industrie et voit dans ce secteur des opportunités pour les entreprises tunisiennes, notamment les start-up et les sociétés actives dans les produits de santé et de bien-être.

Des rencontres B2B ont d’ailleurs été organisées entre des femmes tunisiennes opérant dans le domaine des produits de bien-être et des entreprises indiennes spécialisées, avec pour objectif de favoriser l’échange d’expertise ainsi que l’accès au savoir-faire et au financement.

La Tunisie comme plateforme vers l’Afrique et l’Europe

L’évolution des relations commerciales entre l’Inde et l’Union européenne pourrait également, selon l’ambassadrice, profiter à la Tunisie.

L’idée serait notamment d’attirer des entreprises indiennes souhaitant produire en Tunisie pour accéder ensuite aux marchés africains et européens. La diplomate a cité, à ce titre, le potentiel d’investissement de grandes entreprises indiennes actives dans l’Ayurveda et dans d’autres secteurs.

Pour favoriser cette dynamique, un cadre commun réunissant les milieux d’affaires tunisiens et indiens a été lancé en août dernier à travers un partenariat entre la Confédération indienne de l’industrie (CII) et Connect en Tunisie.

Pour l’ambassadrice, le secteur privé doit jouer un rôle central dans cette démarche. Les gouvernements, estime-t-elle, ne peuvent à eux seuls porter l’ensemble de la coopération économique.

Ce cadre vise ainsi à rapprocher les entreprises des deux pays dans les secteurs considérés comme prioritaires, à identifier des opportunités de coopération, à développer des projets communs et à accroître les échanges commerciaux et les investissements.

Le dossier des visas au cœur des préoccupations

Parmi les obstacles identifiés figure toutefois la question des visas. L’ambassadrice a déploré que les ressortissants indiens souhaitant se rendre en Tunisie doivent, selon elle, se déplacer jusqu’à New Delhi pour déposer leur demande de visa. Elle a plaidé pour la mise en place d’un visa électronique, allant jusqu’à proposer une exemption de visa pour les touristes indiens.

Selon elle, une simplification des conditions d’accès à la Tunisie contribuerait non seulement à développer les flux touristiques, mais également à renforcer les échanges humains, les investissements et les relations d’affaires.

La Tunisie accorde actuellement environ 2.500 visas aux ressortissants indiens, un chiffre que l’ambassadrice souhaite voir augmenter sensiblement.

Plus de 1.000 Tunisiens formés grâce au programme ITEC

La coopération bilatérale ne se limite pas au commerce et à l’investissement. L’Inde met également en avant le programme ITEC (Indian Technical and Economic Cooperation), lancé en 1964.

Plus de 1.000 Tunisiens ont déjà bénéficié de ce programme de formation destiné notamment aux fonctionnaires, responsables et professionnels des secteurs public et privé. Les bourses couvrent les frais de voyage, d’hébergement et de formation et permettent également aux bénéficiaires de découvrir l’expérience indienne et d’échanger avec des institutions du pays.

Les priorités de formation sont définies en coordination avec la partie tunisienne et couvrent notamment l’intelligence artificielle, la gouvernance et les nanotechnologies.

Pour l’année en cours, 100 nouvelles bourses ITEC sont prévues pour la Tunisie.

Un centre dédié aux compétences numériques à El Ghazala

Dans le domaine des technologies de l’information, l’Inde travaille par ailleurs avec le pôle technologique El Ghazala sur un projet de création d’un centre consacré à la formation et au développement des compétences dans le secteur.

Des experts du programme ITEC pourraient être mobilisés pour accompagner le projet, tandis que la venue d’experts indiens en Tunisie est également envisagée.

À terme, ce centre pourrait prendre une dimension régionale et accueillir des responsables et professionnels issus d’autres pays africains, selon l’ambassadrice.

Pour les prochaines années, la diplomate indienne a identifié trois priorités pour approfondir le partenariat avec la Tunisie.

La première consiste à accroître les exportations de TIFERT vers l’Inde. La deuxième vise à développer davantage l’accueil des touristes indiens en Tunisie. La troisième concerne les technologies de l’information et l’intelligence artificielle, à travers notamment une coopération accrue entre les start-up tunisiennes et indiennes dans les domaines de l’IT, de la FinTech et de l’IA.

R.I

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R. I

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