Des figures des débuts aux recherches sur le trait, le papier et la matière, des accidents de la surface aux visages, aux masques et aux hommes des cavernes, jusqu’aux monochromes abstraits, le parcours met en lumière les différentes mutations d’un langage plastique en perpétuelle recherche. Les formes changent, se dépouillent, se fragmentent ou se répètent autrement, témoignant d’une volonté constante, chez Ben Saad, de pousser la matière vers ses propres limites.
La Presse —Entre les murs vibrants de l’ancienne imprimerie Grafi à La Soukra — ce beau sanctuaire d’encre et de mémoire réinventé par Nadia Jeljeli pour en faire «Grafiflow», un lieu dédié au livre et aux arts—, l’œuvre et l’âme du grand Hammadi Ben Saad s’apprêtent à renaître en lumière.
A partir du 9 octobre, ce lieu célèbrera la trace indélébile et la ferveur créatrice de l’artiste disparu en 2025, à travers une exposition hommage intitulée «Remember me» (Rappelle-toi de moi), portée et curatée par Rim Ben Boubaker. «Ce projet est le fruit de plusieurs mois de recherches, de travail et de rencontres autour de l’œuvre de feu Hammadi Ben Saad, dont le parcours et la singularité méritaient d’être réunis et redécouverts», écrit cette dernière. «Remember me», et qui, de tous celles et ceux qui ont croisé l’homme et son œuvre, pourrait l’oublier ?, revient, comme le précise la curatrice, sur plus de cinquante ans de création, en suivant les métamorphoses d’une œuvre qui n’a cessé de se réinventer sans jamais rompre avec ses quêtes originelles.
Des figures des débuts aux recherches sur le trait, le papier et la matière, des accidents de la surface aux visages, aux masques et aux hommes des cavernes, jusqu’aux monochromes abstraits, le parcours met en lumière les différentes mutations d’un langage plastique en perpétuelle recherche. Les formes changent, se dépouillent, se fragmentent ou se répètent autrement, témoignant d’une volonté constante, chez Ben Saad, de pousser la matière vers ses propres limites. Le geste y occupe une place essentielle, car pour l’artiste il ne s’agissait pas seulement de construire une forme, mais de laisser surgir ce que la matière elle-même peut produire. Papier, traces, textures, accidents et superpositions deviennent ainsi les éléments d’une écriture plastique où l’expérimentation garde une part importante d’imprévisible.
Plutôt que de dérouler une chronologie linéaire, l’exposition tisse des correspondances entre les différentes périodes. À travers les œuvres, les archives et les documents réunis, le parcours dessine ainsi le portrait d’une création en mouvement où la liberté du geste demeure le fil conducteur d’une recherche qui n’a cessé de se réinventer.
«Présentée après sa disparition en 2025, l’exposition porte également une dimension particulière : celle de poursuivre le dialogue avec une œuvre qui continue de vivre au-delà de son créateur», note encore Rim Ben Boubaker.



