En pleine expansion à l’échelle mondiale, l’économie « Halal » ouvre de nouvelles perspectives pour les entreprises tunisiennes dans l’agroalimentaire, la santé, la finance et le tourisme. Les acteurs du secteur appellent toutefois à une meilleure structuration de l’écosystème, au renforcement de la certification et à une reconnaissance internationale du label tunisien.
« Halal » s’affirme comme un levier de croissance économique à l’échelle internationale. Entre opportunités d’exportation, développement de nouveaux secteurs d’activité et nécessité de structurer davantage l’écosystème national, la Tunisie dispose de plusieurs atouts pour renforcer son positionnement sur ce marché en pleine expansion.
Selon Mourad Ben Hassine, PDG du Centre de promotion des exportations (Cepex), le commerce halal constitue un système économique porteur d’importantes opportunités de développement. Une étude réalisée en 2024 fait ressortir un marché mondial estimé à 2,6 trillions de dollars, avec des projections qui devraient le porter à 3,6 trillions de dollars à l’horizon 2029, soit une croissance annuelle de 6,5 %.
Accès au financement
Cette dynamique témoigne de l’ampleur d’un marché qui dépasse largement les secteurs traditionnels de l’agroalimentaire et des boissons. L’économie « Halal » englobe également des domaines tels que les équipements médicaux, les médicaments, ainsi que les services financiers et touristiques.
Pour les entreprises tunisiennes, le potentiel apparaît ainsi considérable, d’autant que le système « Halal » est déjà bien ancré dans plusieurs régions du monde, notamment dans les pays du Golfe et en Asie, particulièrement en Malaisie et en Indonésie. Dans cette perspective, l’un des principaux objectifs stratégiques de la Tunisie consiste à se positionner comme un pont économique entre les marchés africains et européens. L’accès au financement constitue également un élément important pour permettre aux entreprises, notamment aux PME, de tirer profit de ces opportunités. Une convention conclue entre la « Fibgn Global Business Network » et la Banque Tuniso-Émiratie (BTE) vise ainsi à faciliter l’accès des PME aux financements. Sur le plan national, la dynamique de certification commence par ailleurs à se renforcer. Environ 40 entreprises disposent aujourd’hui de la certification « Halal » auprès de l’Innorpi, contre seulement une vingtaine lors du forum sur l’économie « Halal », organisé en 2023. La Tunisie ambitionne également d’accueillir en 2027 le congrès mondial « Halal », un événement d’envergure habituellement organisé en Turquie par l’institution mondiale des normes islamiques. Mais pour Mamadou Bocar Sall, responsable au Centre Islamique pour le Développement du Commerce (Cidc), le potentiel du pays nécessite une organisation plus structurée. La Tunisie, en tant que pays fondateur de l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI), se distingue déjà par sa participation active aux foires et salons consacrés aux produits « Halal ». Il estime toutefois que cette présence doit désormais s’inscrire dans une politique organisationnelle plus cohérente.
Des obstacles à surmonter
Dans cette optique, il préconise la création d’un Conseil supérieur du « Halal », placé sous la tutelle du ministère du Commerce et réunissant l’ensemble des ministères techniques, l’Utica, la Fipa, le Cepex ainsi que le ministère des Affaires étrangères. Ce conseil aurait notamment pour mission de réguler les flux d’import-export avec les pays membres de l’OCI. Des textes de loi spécifiques devraient également, selon lui, encadrer la finance islamique internationale. Mamadou Bocar Sall met, par ailleurs, l’accent sur deux piliers majeurs pour le développement de l’économie « Halal » en Tunisie : le secteur agricole et le tourisme. En tant que grand pays agricole, la Tunisie doit, selon lui, développer la certification « Halal » de ses produits afin d’en accroître la valeur à l’exportation. Le tourisme représente également un potentiel considérable d’investissement dans l’économie « Halal », notamment à travers les services touristiques. Plusieurs obstacles restent toutefois à surmonter.
Il s’agit notamment du manque de certificats reconnus, indispensables à l’exportation, des difficultés liées à la formation des professionnels dans des domaines tels que la qualité, la normalisation et l’emballage, ainsi que de la complexité rencontrée par les PME pour obtenir des garanties de financement destinées à l’export. La question de la certification et de sa reconnaissance à l’international occupe, dans ce contexte, une place centrale. Ines Barhoumi, responsable de la certification « Halal » à l’Institut National de la Normalisation et de la Propriété Industrielle (Innorpi), rappelle l’engagement de l’institut dans ce domaine depuis une dizaine d’années. Après avoir délivré sa première certification en 2013, l’Innorpi n’a cessé de développer son savoir-faire, de renforcer ses capacités et d’élargir ses partenariats internationaux.
Les conditions de réussite
Membre fondateur de l’Institut de Normalisation et de Métrologie pour les Pays Islamiques (Smiic / Inmpi), l’Innorpi joue ainsi un rôle central dans la normalisation à l’échelle internationale. L’institut a franchi une étape importante en obtenant, en 2019, la reconnaissance de l’instance malaisienne. Les discussions engagées avec l’institut marocain et l’Indonésie sont actuellement dans leur phase de finalisation, tandis que des démarches similaires sont en cours avec l’Arabie saoudite. Ces reconnaissances revêtent une importance particulière pour les entreprises tunisiennes, dans la mesure où elles facilitent leur accès aux marchés extérieurs et contribuent à renforcer la confiance des partenaires étrangers dans la labellisation nationale. Au-delà de la délivrance des certificats, l’Innorpi contribue également, à travers ses activités de normalisation et de propriété industrielle, au renforcement de la compétitivité des entreprises et à la diffusion d’une véritable culture de la qualité. La dynamique engagée autour de l’économie « Halal » repose ainsi sur plusieurs composantes complémentaires : développement des exportations, certification, normalisation, financement, agriculture, tourisme et ouverture sur les marchés internationaux. Pour les différents intervenants, c’est cette vision globale et coordonnée qui doit permettre à la Tunisie de mieux valoriser ses atouts et de propulser durablement son secteur « Halal ».



