Economie

Pêche : la Tunisie face à deux échéances européennes, entre quota de crevette rouge et contrôle sanitaire

  • 8 octobre 2026
  • 4 min de lecture
Pêche : la Tunisie face à deux échéances européennes, entre quota de crevette rouge et contrôle sanitaire

La filière tunisienne de la pêche s’apprête à aborder un automne particulièrement sensible sur le marché européen. Deux rendez-vous se profilent à quelques semaines d’intervalle : la réunion de la Commission générale des pêches pour la Méditerranée (CGPM), prévue à Rome du 26 au 30 octobre, où le dossier des captures sera de nouveau au centre des discussions, puis une mission européenne attendue en Tunisie le 16 novembre, consacrée notamment aux conditions sanitaires et vétérinaires de la filière.

Derrière ces deux échéances se joue une partie importante pour les exportateurs tunisiens, alors que l’Italie absorbe à elle seule 34 % des exportations tunisiennes de produits de la pêche, devant l’Espagne avec 12 %. Au cours des sept premiers mois de 2026, la Tunisie a exporté 18.400 tonnes de produits de la pêche pour 422,3 millions de dinars, selon les données de l’Observatoire national de l’agriculture (ONAGRI).

La crevette rouge au cœur du rendez-vous de Rome

Le premier dossier concerne la crevette rouge géante (Aristaeomorpha foliacea), dont la pêche dans le canal de Sicile fait l’objet d’un dispositif international de gestion des stocks sous l’égide de la CGPM.

Pour 2026, le plafond attribué à la Tunisie a été fixé à 36.000 kilogrammes. La recommandation CGPM/48/2025/9 a prolongé d’un an la période transitoire du plan pluriannuel de gestion et prévu une réduction de 3 % des limites maximales de capture. Cette mesure a ensuite été intégrée au cadre réglementaire européen.

Le dossier s’est toutefois transformé en véritable contentieux commercial au cours de l’année. Selon le ministère italien de l’Agriculture, le quota tunisien aurait été entièrement consommé dès le 15 mai. Les certificats de capture validés par les autorités tunisiennes et enregistrés sur la plateforme européenne CATCH auraient ensuite atteint 50.960 kilogrammes, soit plus de 41,5 % au-dessus du plafond fixé.

Dans une note adressée aux opérateurs de la filière, le ministère italien a appelé à la vigilance concernant les cargaisons liées à des captures dépassant le quota international. Il a également fait état d’un suivi conjoint avec les services de la Commission européenne sur la plateforme CATCH.

La question ne se limite donc plus à la quantité pêchée. Elle touche également à la traçabilité des captures et à la validité des certificats, dans un système où ces documents conditionnent l’accès des produits au marché européen.

Du côté tunisien, le dossier fait déjà l’objet de démarches auprès de Rome, de Bruxelles et de la CGPM. Le ministère tunisien de l’Agriculture a notamment mis en place une cellule de crise et demandé une révision du quota sur la base des données nationales de production.

La 49e session de la CGPM, prévue du 26 au 30 octobre à Rome, constituera ainsi une nouvelle étape dans ce dossier. Des réunions scientifiques sont également programmées en novembre sur les données relatives aux stocks de crevette rouge en Méditerranée.

Sousse et Hergla se préparent à la mission européenne

À ce dossier s’ajoute un second enjeu, de nature différente : la conformité sanitaire de la filière tunisienne destinée à l’exportation.

Une délégation de l’Union européenne est attendue en Tunisie le 16 novembre. En prévision de cette mission, les contrôles et les travaux ont été renforcés dans les ports de pêche de Sousse et Hergla, notamment au niveau des conditions d’hygiène, des marchés de gros et des équipements.

À Sousse, des travaux concernent notamment les revêtements des sols, le drainage des eaux usées, les chambres frigorifiques ainsi que l’installation destinée à produire de la glace alimentaire. À Hergla, le marché a repris son activité, mais la procédure d’agrément vétérinaire reste à finaliser, selon les informations rapportées par ANSA.

Il convient toutefois de distinguer clairement les deux dossiers. La question de la crevette rouge relève des quotas de capture, de la gestion durable des stocks et de la traçabilité, tandis que la mission européenne de novembre concerne les conditions sanitaires et vétérinaires de la chaîne de pêche.

Pour la Tunisie, les enjeux se rejoignent néanmoins sur un même terrain : celui de la préservation de l’accès au marché européen, essentiel pour une filière qui a généré plus de 422 millions de dinars d’exportations au cours des sept premiers mois de l’année.

R.I

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R. I

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