Culture

Rencontres des JMC – « Le parcours artistique : de l’idée à la scène » : Entre liberté artistique et contraintes du réel

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  • 11 octobre 2026
  • 5 min de lecture
Rencontres des JMC – « Le parcours artistique : de l’idée à la scène » : Entre liberté artistique  et contraintes du réel

Un des panels programmés lors de la 11e édition des Journées musicales de Carthage (JMC) s’est articulé autour du thème « Le parcours artistique: de l’idée à la scène ». La rencontre a réuni les artistes Bouthaina Nabouli et Sabrine Jenhani, la consultante en communication et coopération culturelle Haifa Gebs, ainsi que l’artiste sénégalais Sahad Sarr, sous la modération du journaliste et écrivain Mohamed Amine Ben Helal.

La Presse — De l’intuition première à la rencontre avec le public, le parcours artistique est rarement linéaire. Il se construit au fil des expériences, des rencontres et des expérimentations, mais se heurte aussi aux réalités économiques, aux contraintes de production et aux difficultés de diffusion.

C’est ce cheminement qu’ont exploré les différent(e)s intervenant(e)s. Pour Sabrine Jenhani, dont le projet Yuma, lancé avec Rami Zoghlami, a donné naissance à une musique alternative mêlant dialecte tunisien et influences internationales, la création naît d’abord d’une émotion et d’un cheminement intime. L’artiste a évoqué la nécessité de s’affranchir des conventions et de rester fidèle à son univers, tout en acceptant que le projet évolue au fil du temps. L’expérience de Yuma illustre cette transformation : d’une formation de six musiciens à ses débuts, le projet s’est progressivement resserré autour d’un duo, au gré des choix artistiques et des réalités rencontrées.

Bouthaina Nabouli a, de son côté, raconté la genèse de Doulicha, un projet nourri de textes écrits dès l’adolescence et longtemps conservés dans l’intimité. Ce qui relevait au départ d’une écriture personnelle a progressivement trouvé sa forme grâce à des rencontres décisives, notamment avec la poétesse Sirine Chkili, puis avec Kaïs Melliti. Pour l’artiste, le passage de l’écriture à la scène suppose aussi de dépasser la quête de perfection. Attendre que chaque élément soit idéal peut finir par empêcher une œuvre d’exister. Il faut parfois accepter l’inachevé, prendre des risques et donner à l’idée la possibilité de devenir une création vivante.

Le musicien sénégalais Sahad Sarr a défendu une conception de la musique fondée sur la sincérité émotionnelle et la fidélité à une démarche personnelle.

À rebours d’une création dictée par la recherche des vues et les formats préfabriqués, il considère qu’une œuvre doit avant tout porter un message et établir un lien avec celui qui l’écoute. Cette exigence demande du temps, de la patience et une certaine constance. Le musicien a notamment insisté sur l’importance de travailler avec des collaborateurs avec lesquels se construit, au fil des années, un langage commun. La création ne se résume pas à la production d’un morceau : elle repose aussi sur une relation durable entre les artistes, leurs idées et leur public.

Mais entre l’idée et la scène, la liberté artistique se heurte souvent à une réalité beaucoup plus prosaïque, celle des moyens disponibles. Sabrine Jenhani a rappelé qu’un album peut coûter plus de 120.000 dinars, même lorsque les artistes cherchent à réduire les dépenses et à s’organiser avec les ressources dont ils disposent. À ces coûts s’ajoutent les difficultés liées à la recherche de subventions, de partenaires et de structures capables d’accompagner un projet sans en altérer l’orientation artistique. Bouthaina Nabouli a également évoqué les obstacles rencontrés dans la recherche de financements, soulignant combien il est difficile de faire exister une démarche indépendante dans un environnement où les dispositifs de soutien restent parfois peu accessibles.

L’accompagnement, justement, ne saurait se limiter à une aide financière. Haifa Gebs a insisté sur l’importance des résidences artistiques, des réseaux professionnels, des festivals et des dispositifs de diffusion, qui permettent aux artistes de développer leurs projets, de rencontrer d’autres acteurs et d’élargir leur public. Encore faut-il connaître les possibilités existantes et savoir vers lesquelles se tourner. Elle a notamment relevé le manque d’informations centralisées sur les programmes de soutien disponibles en Afrique, une difficulté supplémentaire pour les artistes qui souhaitent inscrire leur travail dans des réseaux de coopération régionaux et internationaux.

Au fil des échanges, une même réalité s’est dessinée : créer ne suffit pas. Car il faut pouvoir produire, diffuser et faire vivre une œuvre dans la durée, sans sacrifier ce qui en constitue l’essence. Entre l’élan créatif, les exigences du métier et les impératifs économiques, le parcours artistique apparaît ainsi comme un équilibre fragile, où la liberté ne se joue pas seulement dans l’acte de création, mais aussi dans les conditions qui permettent à celle-ci de parvenir jusqu’au public.

M. M.

(avec communiqué)

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Auteur

Meysem MARROUKI

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