Trafic maritime au Détroit d’Ormuz : Les perturbations commencent à avoir des répercussions sur les récoltes
Les perturbations affectent les livraisons d’engrais et entraînent une hausse des coûts du carburant et du transport, relève Alvaro Lario, président du Fonds international de développement agricole.
La Presse — Les répercussions des perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz «commencent déjà à se faire sentir» sur les récoltes agricoles, menaçant de faire baisser les rendements et de faire grimper les prix des denrées alimentaires, a déclaré hier à Reuters le directeur d’une agence des Nations unies chargée du développement rural.
Les perturbations affectent les livraisons d’engrais et entraînent une hausse des coûts du carburant et du transport, relève Alvaro Lario, président du Fonds international de développement agricole.
Les stocks existants d’engrais et de carburant ont dans un premier temps amorti le choc, mais l’incertitude prolongée a conduit à des semis plus prudents et à une réduction de l’utilisation d’engrais, explique-t-il, ajoutant que la hausse des coûts du carburant pénalise également la récolte mécanisée.
Les prix des matières premières agricoles ont augmenté de 13% au troisième trimestre, et de nouvelles hausses sont attendues au quatrième trimestre de cette année et au premier trimestre de l’année prochaine, précise-t-il.
Le sous-secrétaire général des Nations unies, Jorge Moreira da Silva, a averti mercredi qu’une crise alimentaire pourrait voir le jour dans certaines régions d’Asie et d’Afrique si les États-Unis et l’Iran ne parvenaient pas à s’entendre rapidement sur un plan visant à assurer le transit d’engrais dans le détroit d’Ormuz.
«Il est absolument crucial de parvenir à un accord dans les prochaines semaines. Sinon, nous manquerons la saison des semailles», a-t-il dit lors d’une interview à Bangkok, en marge des réunions annuelles du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale.
Les Nations unies ont mis en place en mars un groupe de travail chargé de faciliter le transit des engrais par le détroit d’Ormuz. Si le mécanisme qu’il a élaboré n’a pas encore été mis en œuvre, Jorge Moreira da Silva a indiqué qu’il pourrait être activé dans un délai de 7 à 10 jours après la conclusion d’un accord entre Washington et Téhéran.
L’Iran cherche à renforcer son emprise sur le détroit d’Ormuz depuis près de huit mois, utilisant cette artère pour faire pression sur Washington, qui impose de son côté un blocus naval sur les ports iraniens.
Environ un tiers de l’urée commercialisée dans le monde — l’engrais le plus utilisé au monde — et près de la moitié du soufre transporté par voie maritime, un intrant essentiel, transitent en temps normal par le détroit d’Ormuz.
Le passage de seulement cinq navires par jour par le détroit d’Ormuz permettrait de maintenir l’approvisionnement en engrais des pays qui en ont un besoin critique, a estimé Jorge Moreira da Silva.
L’Iran et les États-Unis ont échangé des propositions par l’intermédiaire de médiateurs depuis l’échec du cessez-le-feu provisoire de juin, mais les efforts visant à rouvrir le détroit d’Ormuz sont au point mort en raison des conditions posées par Téhéran et de l’insistance de Washington à aborder d’emblée la question du programme nucléaire iranien.
Téhéran intensifie ses attaques contre les navires avant les élections américaines
Téhéran aurait modifié ses tactiques dans le détroit d’Ormuz pour maintenir les prix du pétrole à un niveau élevé et peser sur les élections de mi-mandat américaines. L’Iran a changé sa manière de viser les navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz et prévoit d’étendre ses opérations au-delà de cette voie maritime stratégique, affirment deux hauts responsables iraniens interrogés par Reuters. Selon eux, cette nouvelle stratégie vise notamment à empêcher une baisse des cours du pétrole avant les élections américaine de mi-mandat, prévues en novembre.
Les deux responsables iraniens n’ont pas détaillé les nouvelles méthodes employées. L’un d’eux affirme toutefois que les tactiques offensives ont changé il y a une dizaine de jours, à la fois dans leur nature et dans leur rythme. La décision aurait été prise au plus haut niveau du pouvoir iranien et coordonnée au sein du système dirigeant.
« L’objectif est de faire échouer les efforts des États-Unis et de leurs alliés pour faire baisser les prix mondiaux du pétrole », a déclaré l’un des responsables à Reuters. Le second a comparé cette stratégie à une partie d’échecs : « Juste au moment où ils penseront se rapprocher d’une baisse des prix, nous les en éloignerons. »
Un responsable militaire américain a confirmé à Reuters que l’Iran avait modifié ses méthodes de surveillance. Après la destruction d’une grande partie de ses capacités radar, les Gardiens de la révolution utiliseraient désormais de petites embarcations non armées pour repérer des cibles potentielles, notamment des navires de guerre américains.
La semaine dernière, l’armée américaine aurait repéré un boutre iranien servant à transmettre des informations aux Gardiens de la révolution. Les forces américaines ont ordonné à ses occupants de quitter le navire avant de le détruire, sans faire de victimes, selon ce responsable.
Téhéran entendrait également étendre ses opérations au golfe d’Oman et à des zones situées au-delà. Des incidents signalés ces derniers jours au large du Qatar et des Émirats arabes unis pourraient témoigner de cet élargissement géographique, selon des données de sécurité maritime citées par Reuters.
Au moins cinq incidents impliquant des pétroliers ou d’autres navires commerciaux ont été signalés autour du détroit d’Ormuz au cours des dernières 48 heures. Ils comprennent notamment des attaques de drones. Les données de l’Organisation maritime internationale font état d’une hausse du rythme des attaques, qui semble délibérée, selon une source du secteur de la sécurité maritime citée par Reuters.
Malgré les menaces iraniennes, un responsable militaire américain estime que Téhéran n’est pas en mesure d’empêcher la reprise des exportations de pétrole par le détroit. L’Iran éviterait de risquer ses derniers bateaux rapides, après que sa marine a été lourdement frappée par les opérations américaines.
(Synthèse de médias)


