Economie

« Indice mondial de l’innovation 2026 » : Des avancées à consolider

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  • 16 octobre 2026
  • 6 min de lecture
« Indice mondial de l’innovation 2026 » : Des avancées à consolider

La Tunisie gagne cinq places dans le classement mondial de l’innovation de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (Ompi), se hissant au 71e rang sur 139 économies. Si le capital humain et la recherche constituent des atouts, le défi reste de transformer ces acquis en innovations concrètes, en entreprises compétitives et en nouvelles sources de croissance.

La Presse — L’innovation ne se résume pas aux découvertes scientifiques ni aux nouvelles technologies. Elle se mesure aussi à la capacité d’un pays à transformer ses compétences en activités productives, ses travaux de recherche en applications concrètes et ses idées en entreprises capables de se développer sur les marchés. C’est à cette capacité de transformation que renvoie l’édition 2026 de l’« Indice mondial de l’innovation » (GII), publié par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (Ompi).

Fondé sur près de 80 indicateurs, regroupés en deux grandes catégories, à savoir; les ressources mobilisées pour innover et les résultats obtenus, cet indice évalue les systèmes d’innovation de 139 économies. Son édition 2026 met en évidence des écarts persistants entre les pays qui disposent de moyens scientifiques, technologiques et financiers importants et ceux qui parviennent à convertir ces ressources en résultats économiques.

À l’échelle mondiale, les investissements dans la recherche et le développement ont retrouvé une dynamique positive après le ralentissement de 2023, même si leur progression demeure inégale. La Suisse conserve la première place du classement pour la seizième année consécutive, devant la Suède et les États-Unis. L’Europe reste particulièrement présente parmi les économies les plus innovantes, avec 14 pays dans le groupe des 25 premiers.

Pour la Tunisie, les compétences restent à valoriser

Dans ce paysage, la Tunisie gagne cinq places et se classe au 71e rang mondial, contre le 76e en 2025. Cette progression constitue un signal favorable, mais elle ne suffit pas à mesurer, à elle seule, la solidité de son système d’innovation. L’Ompi rappelle que les changements méthodologiques et la disponibilité des données peuvent également influencer les comparaisons d’une année à l’autre.

Le profil tunisien fait apparaître un contraste significatif. Le pays se distingue dans le domaine du capital humain et de la recherche, où il occupe le 45e rang mondial. Il dispose notamment de compétences scientifiques, d’une production de connaissances et de capacités dans les secteurs technologiques qui peuvent servir de base à une montée en gamme de son économie.

La difficulté se situe davantage dans la transformation de ces acquis en activités économiques durables. Le classement relève des insuffisances de l’environnement des affaires et des liens entre les acteurs de l’innovation. La Tunisie se situe ainsi au 124e rang pour l’environnement des affaires et au 112e pour les liens en matière d’innovation.

Ces résultats invitent à dépasser la seule question de la formation. La disponibilité de diplômés et de chercheurs ne garantit pas automatiquement la création de produits innovants, le développement de brevets ou l’émergence d’entreprises technologiques capables de conquérir de nouveaux marchés. Pour que les compétences deviennent un véritable moteur de croissance, les entreprises doivent pouvoir investir dans la recherche, accéder à des financements adaptés et travailler davantage avec les universités et les centres de recherche. La capacité à passer du laboratoire au marché, à industrialiser une innovation et à la commercialiser demeure déterminante.

L’enjeu est également celui de la productivité. Dans un contexte où les entreprises tunisiennes doivent renforcer leur compétitivité, l’innovation ne peut rester cantonnée aux structures spécialisées ou aux projets de recherche. Elle doit aussi trouver sa place dans les procédés de production, l’organisation du travail, les services et la conquête de nouveaux débouchés.

Des trajectoires africaines différentes

Le classement 2026 confirme la diversité des parcours suivis sur le continent. Maurice occupe le 50e rang mondial, devant le Maroc, classé 54e, et l’Afrique du Sud, au 63e rang. La Tunisie figure au 71e rang, tandis que l’Égypte se classe 83e et l’Algérie 111e.

Maurice s’appuie notamment sur les services, la connectivité numérique et la diversification de son économie. Le Maroc, de son côté, associe le développement de ses capacités industrielles à une utilisation accrue des actifs immatériels. Le pays se classe au 5e rang mondial pour les dessins et modèles industriels et au 16e pour les marques. Ces résultats illustrent l’importance de la conception, de la différenciation des produits et de la propriété intellectuelle dans la compétitivité des entreprises.

L’Afrique du Sud conserve, pour sa part, une position favorable dans le classement mondial. Le Rwanda se distingue parmi les économies à faible revenu, en atteignant le 96e rang mondial et en enregistrant la progression la plus marquée de ce groupe.

Ces expériences montrent qu’il n’existe pas de modèle unique de développement de l’innovation. Les résultats dépendent de la capacité de chaque économie à mobiliser ses ressources, à rapprocher la recherche des besoins des entreprises et à créer un environnement favorable à l’investissement. Pour la Tunisie, la progression enregistrée en 2026 constitue donc un point d’appui, plutôt qu’une fin en soi. Le pays dispose d’un capital scientifique et humain qu’il lui reste à valoriser davantage dans le tissu productif.

Le défi consiste désormais à renforcer les passerelles entre les universités, les centres de recherche et les entreprises, à favoriser le financement de projets innovants et à améliorer les conditions permettant aux jeunes entreprises de grandir. Il s’agit également de donner davantage de place à la recherche privée et à la valorisation économique des connaissances.

La question n’est donc pas seulement de savoir si la Tunisie progresse dans un classement international, mais si cette avancée se traduit par davantage de produits à forte valeur ajoutée, d’entreprises innovantes, d’emplois qualifiés et de gains de productivité. C’est sur ce terrain que se jouera la prochaine étape. Car l’innovation ne devient un avantage économique durable que lorsqu’un pays parvient à faire circuler les idées, à financer leur développement et à les transformer en richesses.

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Auteur

Saoussen BOULEKBACHE

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