C’est une victoire qui nous vient de France : Belles de nuit (Nawar Achiaa), le premier long-métrage de Khadija Lemkecher, vient de remporter le prestigieux Grand Prix du festival CINALMA, s’imposant avec éclat au milieu d’une sélection exigeante de dix-sept films venus des quatre coins du bassin méditerranéen.
Mais au-delà de la récompense, Belles de nuit demeure avant tout un geste — un acte de cinéma , sculpté à contre-courant des facilités ambiantes, qui choisit de fissurer la rudesse du réel par la poésie de l’onirisme.
Immergée dans la chair et les ruelles de Hay Hlel, ce quartier du Grand-Tunis trop souvent relégué aux clichés de la sociologie misérabiliste, la caméra de la cinéaste refuse toute hauteur ou surplomb : elle s’invite au plus près des êtres, frôle les peaux, épousant les silences lourds, les corps harassés et les désirs d’ailleurs coupés en plein vol.
Ici, la précarité, le chômage et le mirage obsédant de la traversée ne sont jamais assénés en slogans ; ils affleurent avec une pudeur poignante, infusant chaque plan d’une vérité brute.
En couronnant ce regard d’une rigueur et d’une tendresse infinies, le CINALMA ne salue pas seulement une révélation du 7ᵉ art tunisien, il célèbre la naissance d’une grande signature capable de faire germer la beauté là où l’on n’attendait plus que l’ombre.



