Visas, travail, retour : Didier Leschi détaille les nouvelles règles de la migration circulaire Tunisie–France
Une nouvelle étape vient d’être entamée en matière de coopération migratoire entre la Tunisie, la France et l’Union européenne. Il s’agit de la deuxième phase du projet THAMM+OFI. Un projet qui s’inscrit dans le cadre de la coopération franco-tunisienne pour une migration professionnelle mieux structurée et plus durable. Financé par l’Union Européenne et supervisé par le ministre français de l’Emploi et de la Formation Professionnelle, ce programme mérite le détour pour en déceler les enjeux, comprendre les dessous et les avantages qui en découlent.
C’est justement dans ce cadre et à l’occasion du Forum tuniso-européen de THAMM-OFI, que le Directeur général de l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration, M. Didier Leschi, a été interviewé par l’agence TAP. Une interview durant laquelle il a expliqué les enjeux de la coopération migratoire entre la Tunisie, la France et l’Union européenne et levé le voile sur l’essence même du projet THAMM-OFI, à savoir, les voies légales de migration circulaire professionnelle entre les deux pays et fait le point sur les perspectives de mobilité et d’intégration des travailleurs tunisiens en France.
Tout en notant que la Tunisie est un partenaire important, M. Leschi, qui effectue sa quatrième visite à la Tunisie, a indiqué qu’il est essentiel de comprendre les enjeux autour des flux migratoires entre la France, l’Union européenne et la Tunisie pour assimiler les avantages qui en découlent.
Ceci dit, avant d’entrer dans le vif du sujet, l’intervenant a tenu de prime abord à présenter la mission de l’Office Français de l’Immigration (OFI) indiquant que ce dernier est présent en Tunisie depuis une soixantaine d’années et que cette présence résulte d’un ensemble d’accords conclus durant les années 60 et suite auxquels l’OFI a été physiquement présent en Tunisie depuis 1969. Il a également précisé que l’OFI œuvre pour la procédure de regroupement familial. Et ce, explique-t-il, puisqu’il existe en France une forte communauté tunisienne laquelle tient régulièrement à ce que des membres de leur famille notamment leurs conjoints les rejoignent en France. L’OFI, ajoute-t-il, organise aussi l’immigration de travail, particulièrement le travail des personnes qualifiées dans toute une série de secteurs d’activité tout comme elle organise la migration des saisonniers. « Près de 5000 saisonniers sont partis par le biais de l’office jusqu’en France durant l’année 2025 », a indiqué M. Leschi ajoutant que ces saisonniers ont essentiellement été recruté pour travailler dans le secteur de l’agriculture.
La Tunisie, premier pays en termes de visas accordés
M. Didier Leschi a par ailleurs noté que l’OFI assure le suivi des personnes qui décident, volontairement de revenir de France parce qu’elles n’ont pas obtenu un titre de séjour. « En 2025, la Tunisie a bénéficié de 20 000 titres de séjour et 116 000 visas ont été accordés. Et proportionnellement avec le nombre des habitants, je peux assurer que la Tunisie est le pays du Maghreb qui a obtenu le plus de visas car on compte un visa accordé pour 111 habitants. La particularité de la Tunisie, c’est que 35 % des visas sont accordés au titre du travail et environ 35% des visas sont accordés au titre de la famille, soit 70% des visas sont accordés aux migrants travailleurs et leur famille. Le troisième classement est occupé par les étudiants qui viennent en France pour parfaire leur formation ou pour commencer une formation initiale ».
Le projet THAMM+, qu’est-ce que c’est ?
Pour ce qui est de la deuxième phase du projet THAMM+, l’intervenant a d’emblée précisé qu’il a été lancé sous la supervision du ministre du Travail et de la Formation Professionnelle et en la présence du représentant de l’Union européenne. « Tout l’enjeu de ce projet, aussi bien pour la France que pour d’autres pays, est d’observer comment des personnes se qualifient et se professionnalisent dans leurs propre pays et d’examiner leur capacité à répondre aux besoins spécifiques du marché du travail français mais aussi aux besoins du marché du travail tunisien. Dès lors, les programmes que nous mettons en place sont des programmes de formation dont bénéficient les personnes qui vont partir en France mais qui vont leur servir aussi après leur retour en Tunisie en tant que travailleurs qualifiés », explique-t-il. Et de préciser que l’enjeu est que 2500 personnes bénéficient de ce programme d’ici l’année 2029.
Migration circulaire
« La Tunisie et la France ont besoin de personnes qualifiées à même de contribuer au développement économique. Or, nous avons des déficits au niveau de la formation et au niveau démographique. D’où l’importance du concept de la ‘’migration circulaire’’ qui implique le retour en Tunisie des travailleurs recrutés en France durant un délai déterminé. Nous veillons, via ce programme, de limiter les départs de personnes qui n’ont pas de perspective. Ceci l’est davantage puisque la situation française n’est pas toujours des meilleurs ! A l’instar d’autres pays, nous subissons les transformations du mode de production qui a changé notamment suite à l’avènement de l’intelligence artificielle. Les conditions de travail ont changé et imposent désormais des qualifications spécifiques. N’étant pas qualifiés, ceux qui vont en France vont se retrouver dans une impasse ! Et c’est justement là que réside l’importance du programme d’aide au retour volontaire mis en place par le projet THAMM. Les personnes ayant travaillé en France et qui ont ensuite bénéficié d’une aide au retour volontaire, ont également eu droit à des microcrédits pour qu’ils puissent s’installer et développer une activité économique ou lancer leur projet en Tunisie », explique M. Leschi. Et d’ajouter que tout l’intérêt du programme réside dans ce point où de jeunes professionnels qualifiés passent un temps déterminé en France avant de rentrer en Tunisie pour faire bénéficier le marché du travail tunisien de leurs compétences. « Il y a des offres d’emploi en France qui s’adressent en particulier aux Tunisiens. Et ce, parce que la formation tunisienne, notamment en ingénierie, est réputée être excellente. Sauf que ces jeunes très bien formés ne trouvent pas toujours d’emploi en Tunisie. En leur ouvrant la voie, ils vont pouvoir faire bénéficier d’autres pays dont la France de leurs qualifications. Mais il n’est pas pour autant question que toutes les compétences tunisiennes partent systématiquement en France ! Il s’agit de créer un équilibre pour que les deux pays y trouvent leur compte d’où l’appellation même de migration circulaire.



