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Surendettement en Tunisie : une bombe sociale à retardement

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  • 27 mars 19:25
  • 4 min de lecture
Surendettement en Tunisie : une bombe sociale à retardement

L’encours total de la dette des ménages en Tunisie a atteint 32,162 milliards de dinars en 2024, selon la Banque centrale de Tunisie. Sur ce montant, 29,407 milliards de dinars (91,4 %) ont été octroyés par les banques, contre 2,755 milliards (8,6 %) par les institutions de microfinance.

En termes de structure, 40,3 % de l’encours bancaire concernent les crédits au logement, tandis que 59,7 % sont destinés à la consommation. Cet endettement, souvent motivé par des besoins de subsistance ou de statut social et dépourvu de capacité de remboursement intrinsèque, transforme chaque nouveau prêt en un risque cumulatif de basculement dans l’insolvabilité, souligne une analyse récente publiée par Institut Arabe des Chefs d’Entreprises.

L’étude met en garde contre un seuil critique de surendettement des ménages en Tunisie, appelant à une réaction urgente.

« Agir vite et agir efficacement n’est plus une option, mais une nécessité nationale », insiste l’IACE, plaidant pour une combinaison équilibrée de régulation, de transparence et de mécanismes de réhabilitation.

Intitulée « Surendettement des ménages : diagnostic, enjeux et solutions en Tunisie », l’analyse met en évidence un décalage structurel alarmant. Entre 2014 et 2024, le revenu disponible brut moyen par habitant n’a progressé que de 3,7 %, passant de 1 512 à 1 568 dinars.

Dans le même temps, la dette financière moyenne par habitant a bondi de 65,9 %, passant de 1 619 à 2 686 dinars.

Ce déséquilibre a fait grimper le taux de fragilité budgétaire de 107 % en 2014 à près de 171 % en 2024, soit un niveau largement supérieur au seuil de viabilité internationalement reconnu, fixé à 40 %. Cet indicateur correspond au rapport entre la dette moyenne par habitant et le revenu disponible brut moyen, traduisant la saturation du recours au crédit à l’échelle nationale.

Inflation, chômage et surendettement : un cocktail à risque

Selon l’IACE, le recours massif au crédit, qu’il soit formel ou informel, s’inscrit dans un contexte de dégradation du pouvoir d’achat, d’inflation persistante et d’absence de filets sociaux universels. Cette situation transforme un problème de solvabilité en une crise sociale structurelle.

Le surendettement ne relève plus d’un simple défaut de gestion individuelle, mais d’une crise systémique, alimentée notamment par une inflation alimentaire galopante (+21,2 % entre 2021 et 2023), qui a contraint les ménages à consacrer plus de 40 % de leur budget à l’alimentation, contre 30,1 % en 2021.

Entre 2021 et 2024, la Tunisie a traversé une période d’instabilité macroéconomique marquée par une inflation persistante, un chômage élevé et une stagnation des revenus réels.

Ces facteurs ont comprimé la marge budgétaire des ménages, les poussant vers des stratégies d’endettement de survie, même lorsque leur capacité de remboursement est déjà dépassée.

Par ailleurs, la dynamique de l’endettement montre des signes de ralentissement. La croissance de la dette bancaire des ménages s’est limitée à 2,3 % en 2024, contre 3,1 % en 2023 et 4,8 % en 2022.

Ce ralentissement s’explique principalement par la décélération des crédits au logement, dont la croissance annuelle n’a atteint que 0,8 % en 2024.

Cette évolution traduit un double phénomène : d’une part, un niveau d’endettement déjà élevé limitant la capacité des ménages à contracter de nouveaux crédits ; d’autre part, un resserrement de l’octroi de crédits par les banques, en raison des incertitudes économiques et des risques de défaut.

Vers une réponse systémique

Face à cette situation, l’IACE estime que la conjonction d’une inflation élevée, d’un chômage persistant et d’un endettement saturé crée un environnement de risque systémique.

Pour de nombreux ménages, le crédit n’est plus un choix, mais une stratégie de survie face à l’érosion du pouvoir d’achat.

En l’absence de mécanismes institutionnels de détection, de traitement et de réhabilitation, cette crise reste largement invisible et insuffisamment prise en charge.

L’Institut appelle ainsi à des solutions systémiques, graduées et différenciées. Il recommande notamment la mise en place d’un observatoire national du surendettement, la régulation de l’octroi de crédits via des plafonds de ratio dette/revenu (40 % pour la consommation, 50 % pour l’immobilier), l’instauration d’une loi de rétablissement personnel, ainsi que le renforcement de l’éducation financière dès le plus jeune âge.

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Auteur

La Presse

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