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IA, données et compétitivité : AMEN Bank trace la feuille de route des entreprises tunisiennes

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  • 27 janvier 10:37
  • 9 min de lecture
IA, données et compétitivité : AMEN Bank trace la feuille de route des entreprises tunisiennes

À l’heure où les entreprises tunisiennes sont confrontées à une complexité croissante de leur environnement économique, technologique et réglementaire, la question de l’intelligence artificielle s’impose comme un enjeu stratégique majeur. C’est dans ce contexte que AMEN Bank a organisé, hier lundi 26 janvier 2026, une rencontre dédiée à l’IA, visant à éclairer ses usages concrets et son impact sur le développement économique et financier.

Placé sous le thème “L’Intelligence Artificielle au service du développement économique et financier des entreprises tunisiennes”, l’événement a réuni dirigeants, experts et décideurs autour d’un objectif clair : décrypter les usages concrets de l’IA et en mesurer les retombées réelles sur la performance et la compétitivité des entreprises.

L’IA, , nouveau pilier de la performance des entreprises

Au cœur des échanges, une conviction largement partagée : l’intelligence artificielle n’est plus une technologie d’avenir, mais un levier stratégique déjà à l’œuvre, capable de transformer la donnée en valeur, d’optimiser les processus décisionnels et d’anticiper les risques comme les besoins des clients. Et à travers cette initiative, AMEN Bank réaffirme ainsi sa volonté d’accompagner durablement ses partenaires dans l’adoption de solutions innovantes, bien au-delà du simple financement.

Et dans ce même cadre, M. Néji Ghandri, président du Directoire d’AMEN Bank, a dressé un constat sans détour : “Nous vivons aujourd’hui une période de transformation profonde et rapide. Les entreprises font face à une pression croissante : durcissement de la réglementation, concurrence accrue, exigences élevées en matière de qualité de service et nécessité de décisions plus rapides et plus fiables… Dans ce contexte, l’IA s’impose comme un outil décisif. Elle permet de transformer l’information en valeur, d’optimiser les processus, d’anticiper les risques et de répondre de manière plus fine aux besoins spécifiques de la clientèle”.

Toujours selon M. Ghandri, cette dynamique s’inscrit dans un mouvement mondial d’investissements massifs. Selon les estimations évoquées lors de la rencontre, les dépenses globales en intelligence artificielle ont dépassé 1,5 trillion de dollars en 2025, si l’on inclut les infrastructures, les logiciels, les modèles, le conseil et les équipements, d’après les données de Gartner.

“Ce sont des budgets colossaux engagés pour un retour sur investissement mesurable et des cas d’usage concrets”, a insisté le président du Directoire.

Les débats ont également mis en lumière les enjeux liés à l’industrialisation de l’IA, notamment les arbitrages économiques entre coûts de développement des modèles et coûts d’exploitation à grande échelle. L’explosion des besoins en puissance de calcul, le recours au cloud, la question de la souveraineté technologique et la conformité réglementaire ont figuré parmi les sujets centraux abordés par les experts.

Autre point clé : la donnée, présentée comme l’actif stratégique par excellence. Données opérationnelles, financières, clients ou sectorielles constituent la matière première de l’intelligence artificielle. Leur qualité, leur gouvernance et leur sécurité conditionnent directement la fiabilité des analyses et des décisions. À ces exigences s’ajoutent des impératifs incontournables de conformité, de protection des données et de cybersécurité.

Sur le plan technologique, le responsable a rappelé que des applications comme le machine learning permettent déjà de détecter des tendances comportementales à partir des données historiques, tandis que le traitement automatique du langage naturel facilite l’analyse des documents et des interactions clients. Ces avancées sont rendues possibles par des infrastructures de calcul de plus en plus puissantes, dominées par des acteurs majeurs du secteur.

À titre d’exemple, NVIDIA a réalisé un chiffre d’affaires dépassant les 60 milliards de dollars en 2024, dont plus de 75 % proviennent des activités liées à l’IA et aux data centers. Ces capacités sont désormais accessibles via des modèles GPU as-a-service, ouvrant de nouvelles perspectives, tout en posant la question de la sécurité et de la conformité, notamment pour les entreprises tunisiennes.

Pour l’économie nationale, M. Néji Ghandri a indiqué que les opportunités sont nombreuses : meilleure anticipation des attentes clients, optimisation de la performance financière et opérationnelle, réduction des risques, innovation et création de valeur. Mais un message a fait consensus : l’IA ne crée de valeur que si elle est bien gouvernée, avec une implication forte des dirigeants et une stratégie claire.

“Ceci pour dire que notre rôle dépasse le financement. Il consiste à accompagner nos partenaires dans la compréhension, la décision et l’action, afin que l’intelligence artificielle devienne un catalyseur réel de développement”, a conclu M. Ghandri.

Des usages quotidiens aux choix stratégiques

Pour Nozha Boujemaa, l’adoption de l’intelligence artificielle générative par les entreprises ne peut se résumer à une simple consommation de solutions technologiques clés en main. L’enjeu majeur réside dans la capacité des organisations à devenir de véritables actrices de leur transformation, en comprenant leurs besoins réels et en s’appropriant progressivement les usages de l’IA.

Elle souligne que, pour une entreprise qui débute dans ce domaine, l’accompagnement externe est souvent nécessaire, notamment pour identifier les besoins, les cas d’usage pertinents et les utilités concrètes. Toutefois, cette externalisation ne doit jamais se faire sans implication interne. “Il n’y a que l’entreprise qui se connaît elle-même”, rappelle-t-elle, mettant en garde contre une dépendance excessive aux consultants ou aux solutions importées.

L’experte insiste également sur le fait que l’IA générative n’est ni magique ni réservée à des projets futuristes. Ses usages les plus répandus aujourd’hui concernent les tâches quotidiennes : veille informationnelle, synthèse de documents, génération de recommandations, aide à la décision ou analyse de contenus. Contrairement aux idées reçues, ce sont souvent les fonctions support (ressources humaines, communication, juridique) qui figurent parmi les plus grandes utilisatrices de ces outils.

Sur la question de l’emploi et des métiers, Nozha Boujemaa adopte une approche nuancée. L’IA générative transforme profondément certaines activités, mais elle ne remplace pas l’expertise humaine là où les enjeux de sécurité, de responsabilité ou de santé sont critiques. Dans des secteurs comme l’ingénierie du transport ou l’urbanisme, par exemple, l’IA peut assister les phases d’étude et de conception, mais ne saurait se substituer aux ingénieurs lors des phases de réalisation et de validation.

Elle alerte toutefois sur un risque majeur : la disruption silencieuse. Si les entreprises historiques tardent à intégrer l’IA de manière stratégique, d’autres acteurs, parfois extérieurs au secteur, peuvent capter des parts de marché, à l’image de ce que l’“ubérisation” a provoqué dans d’autres industries.

Quand la technologie redéfinit la relation entreprise-client

Les échanges ont aussi mis en évidence une vision convergente de l’intelligence artificielle comme outil d’augmentation de l’humain, et non comme substitut à l’expertise. Pour les intervenants, l’IA constitue avant tout un ensemble d’approches destinées à renforcer le travail des professionnels (qu’ils soient médecins, avocats, marketeurs ou ingénieurs) en améliorant à la fois leur capacité d’analyse et leur efficacité opérationnelle.

Deux grandes familles d’apports ont été distinguées. La première concerne l’augmentation cognitive, qui permet de découvrir de nouveaux modèles, usages ou opportunités auxquels l’expert n’aurait pas spontanément pensé. La seconde porte sur l’augmentation opérationnelle, avec des gains concrets en productivité et en efficacité dans les tâches quotidiennes. À ce titre, la notion de sérendipité a été largement mise en avant : l’IA permet de faire émerger des découvertes inattendues, ouvrant de nouvelles pistes d’innovation.

Les intervenants ont également insisté sur les enjeux éthiques, culturels et de confiance, qui doivent être abordés à l’échelle de l’entreprise comme à celle des pays. L’adoption de l’IA s’inscrit nécessairement dans un contexte civilisationnel et culturel donné, où la responsabilité et la transparence deviennent des facteurs clés d’acceptabilité.

Sur le plan des usages concrets, l’impact de l’IA est particulièrement visible dans la relation entreprise-client. Grâce aux technologies d’IA, les organisations peuvent désormais aller vers une personnalisation poussée, en traitant chaque client de manière individualisée, presque en one-to-one. Cette capacité transforme profondément les modèles de service, mais aussi les relations internes, notamment avec les collaborateurs et les ressources humaines.

Des données issues d’études internationales, notamment de McKinsey, confirment ces tendances. Une large majorité d’entreprises utilisent l’IA pour améliorer la productivité bureautique, stimuler l’innovation, renforcer la satisfaction client et collaborateur, et se différencier de leurs concurrents. Les gains se traduisent également par une réduction des coûts et une amélioration de la rentabilité.

Toutefois, un point de vigilance majeur a été souligné : l’optimisation ne doit pas se faire au détriment d’autres objectifs stratégiques. Une focalisation excessive sur un seul indicateur, comme la réduction des coûts, peut entraîner des effets négatifs indirects sur la qualité, les délais, la satisfaction client ou le climat social. D’où l’importance d’une approche multi-objective, capable d’arbitrer entre performance économique, qualité de service et durabilité humaine.

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

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