Perturbations climatiques : Pourquoi sommes-nous étonnés ?
A chaque fois que le climat s’exprime avec violence, des explications de premier degré refont surface, pointant une infrastructure fragile, un manque d’action à l’égard de la propreté et du respect de l’environnement ainsi que face au caractère imprévisible des cycles pluvieux, chauds ou venteux…
La Presse —A la suite des récentes intempéries, touchant plusieurs régions du Nord tunisien et des côtes orientales, les experts de la météo nous ont également dit que l’intensité des pluies n’a pas été enregistrée depuis plus de 50 ans et que les phénomènes extrêmes devraient désormais s’inscrire dans la durée, avec plus de fréquence et éventuellement plus d’intensité. Un discours qui provoque à la fois inquiétudes, étonnement et interrogations : que faire pour composer avec ?
Dans l’immédiat, personne ne dispose d’une réponse ferme et exhaustive, mais le propos implique une remontée dans le temps de plusieurs décennies, pour comprendre, au fait, qu’il ne s’agit nullement d’un phénomène conjoncturel, mais plutôt d’une expression revancharde du climat dont des mises en garde avaient été formulées à l’échelle planétaire depuis plus de trois décennies, précisément en 1992, à l’occasion du Sommet de la terre, dit de Rio, sur le climat.
Des experts du monde entier se sont, en effet, soulevés contre le réchauffement de la planète dû à l’activité humaine, en l’occurrence l’émission et la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, liés notamment à l’utilisation effrénée des énergies fossiles. Il en résulterait, avaient-ils prévenu, des changements climatiques en cascade, dont notamment de fortes précipitations, des sécheresses prolongées, la fonte des glaciers et la perturbation durable de la biodiversité et des processus naturels de la vie.
Paradoxalement, ce seraient les pays les moins développés et les moins pollueurs qui seront affectés, alors que les principaux émetteurs de gaz à effet de serre, seraient plus outillés pour y faire face. Particulièrement, ce seraient les régions côtières et les zones basses qui subiraient les inondations et l’élévation certaine du niveau de la mer, en raison de la fonte de neige au niveau du pôle-nord et du pôle-sud, mais aussi de la neige stockée sur les hauteurs un peu partout à travers le monde.
Cela a été dit et redit sur de nombreux supports de communication, entre autres, ici-même, dans les colonnes de La Presse.
Un fait de mode ?
Au départ, la question climatique a suscité intérêt et sensibilité à travers le monde, à la faveur de politiques favorisant l’utilisation de l’énergie renouvelable et de l’économie verte au détriment de l’énergie fossile fortement polluante. Toutefois, l’élan s’est progressivement relâché à la confrontation avec les besoins de compétitivité et de croissance qui ne peuvent supporter une baisse conséquente d’utilisation des énergies polluantes.
En lieu et place, l’on s’est contenté d’investir dans des actions dépolluantes dans les secteurs industriel et de transport, avec des normes pourtant strictes, mais pas généralisées à travers le monde, certains dirigeants influents ne croient guère au défi climatique.
Aujourd’hui, nous assistons à une phase transitoire où l’on parle de mix énergétique, composé d’énergie fossile, d’énergie renouvelable, d’énergie nucléaire, etc.
C’est ce qui fait que jusqu’à nos jours, l’énergie renouvelable n’a pu prendre le relais de l’énergie fossile et la planète a continué de chauffer, enregistrant des phénomènes inédits dans leur violence à l’image de l’ouragan Catherina, du cyclone Chido, des cycles prolongés de sécheresse et de fortes précipitations provoquant inondations et destructions.
Selon l’Organisation mondiale de la météorologie (OMM) les années 2023, 2024 et 2025 sont des années de chaleur moyenne record dépassant le seuil de + 1,5°c par rapport à l’ère préindustrielle, avec un pic en 2024.
Quid de la Tunisie?
En Tunisie, dont le respect ou non des normes climatiques n’a que peu d’effet à l’échelle planétaire, du fait de la taille de son économie, de sa population et de son activité, à toujours respecté ses engagements vis-à-vis des conventions mondiales sur le climat et, bien que n’étant pas particulièrement visée par l’obligation d’abaisser ses émission de gaz à effet de serre, elle continue de progresser dans l’utilisation des énergies renouvelables, profitant surtout d’un nombre élevé de journées ensoleillées sur l’année.
Au fil des décennies, la Tunisie a également construit des barrages, des lacs collinaires et procédé à des plans d’aménagement spécifiques de prévention des inondations, comme à Sfax ou à Kairouan.
Il s’avère toutefois, au regard des dégâts et des perturbations de l’activité causées par les intempéries de plus en plus fréquentes, que l’action jusque-là menée ne permet pas de faire face à la puissance de Dame nature, surtout dans les zones côtières, visiblement les plus vulnérables.
Des falaises, des ponts et des habitations ont été gravement endommagés. Pour ces zones en particulier, dont la capitale Tunis, les plans d’aménagement urbain conçus et mis en œuvre au lendemain de l’indépendance ne semblent plus adaptés aux nouveaux défis climatiques à long terme et nécessitent une sérieuse révision, voire l’adoption d’un nouvel agenda de développement urbain, en mesure de tenir encore des décennies ou des siècles, par exemple jusqu’en l’an 2100 ou 2200, quitte à déplacer l’activité et l’habitation loin et à l’abri des zones vulnérables.
Certes, un article de presse ne prétend pas donner des solutions exhaustives à un phénomène tout aussi complexe que stratégique, mais des pistes de réflexion pourraient conduire à un débat public, des études approfondies et des schémas de financement combinant l’apport personnel, l’endettement et la coopération internationale, autour d’un projet futuriste pour une Tunisie plus résilente et forcément pérenne.
Y a-t-il un bâtisseur à l’écoute ?