Retour sur la rencontre du président de la République avec la cheffe du gouvernement : Rappel ferme des exigences de performance et de responsabilité
Dans un contexte où les citoyens expriment de plus en plus leurs inquiétudes face aux difficultés du quotidien, l’exigence de résultats concrets s’impose désormais à tous les niveaux de responsabilité. Le passage des promesses aux actes devient ainsi une attente centrale de l’opinion publique, qui scrute avec attention l’action des responsables publics.
La Presse — Dans ce cadre, le Président de la République, Kaïs Saïed, a tenu à adresser un message clair et sans ambiguïté, lors de sa rencontre, lundi, avec la Cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, au palais de Carthage. Il a rappelé que «plusieurs responsables en poste ont été choisis sur la base de leur capacité à honorer leurs engagements, mettant en garde ceux qui sont défaillants et insouciants qu’ils seront relevés de leurs fonctions et remplacés par des compétences plus engagées et patriotes».
Une gouvernance de proximité face aux attentes des citoyens
A cet égard, les déplacements répétés du Chef de l’Etat sur le terrain, ponctués d’échanges spontanés avec des citoyens qui l’interpellent directement pour lui faire part de leurs difficultés et des blocages freinant certains projets essentiels, prennent aujourd’hui une tournure particulière.
Ils révèlent, de manière très concrète, un grand décalage entre les attentes exprimées sur le terrain et le rythme de l’action administrative gangrénée par la bureaucratie. Au-delà de ces constats, c’est aussi une certaine inertie qui transparaît chez quelques responsables, davantage installés dans une logique d’attente que dans une dynamique d’initiative, parfois trop absorbés par les procédures au point de s’éloigner des réalités du quotidien.
Dans cette même logique, la visite de Kaïs Saïed, à l’occasion de la fête des Martyrs, à la Cité Helal, délégation de Sejoumi, traduit incontestablement cette volonté d’ancrer une politique de proximité, fondée sur l’écoute directe des citoyens et la prise en compte de leurs préoccupations réelles. En se rendant sur place et en dialoguant sans intermédiaire, le Chef de l’État envoie aussi un message implicite à ces responsables, celui de sortir des bureaux, de se confronter au terrain et d’agir concrètement, au lieu de se limiter à une gestion administrative souvent perçue comme distante et inefficace.
Au-delà de la dimension symbolique, ces visites montrent un président au contact direct des citoyens, à l’écoute de leurs préoccupations. Lors de ces échanges, beaucoup n’hésitent pas à évoquer les difficultés du quotidien ou les retards dans certains projets, ce qui met en évidence un écart persistant entre ce qui est annoncé et ce qui se concrétise réellement.
Des pratiques en inadéquation avec les ambitions de réforme
Toutefois, et face à l’écart observé entre les annonces et ce que vivent réellement les citoyens sur le terrain, la question est de savoir comment rendre l’action publique plus efficace et plus concrète.
Au cœur du problème, il y a d’abord la manière dont les décisions sont appliquées. Trop souvent, les responsabilités ne sont pas clairement définies et les projets avancent lentement, freinés en particulier par des procédures lourdes et une administration parfois trop prudente. Conséquemment, les attentes s’accumulent et les réponses tardent. D’où la nécessité de revoir en profondeur le fonctionnement administratif, afin qu’il soit plus rapide, plus clair et surtout plus responsable.
«Il n’est pas normal» que la présidence soit amenée à suivre directement des dossiers qui devraient être traités à d’autres niveaux de l’administration, a souligné Kaïs Saïed lors de la rencontre avec la Cheffe du gouvernement. Qualifiant une partie de ces dossiers d’«artificiels», il a pointé du doigt des dysfonctionnements dans la chaîne de décision, où des problèmes qui relèvent normalement des responsables locaux, régionaux ou nationaux remontent jusqu’au sommet de l’État.
Ce n’est pas la première fois que le Chef de l’Etat s’en prend au comportement de certains responsables, au sein du gouvernement comme de l’administration. Pas plus que le 9 février 2026, il s’est entretenu avec la Cheffe du gouvernement, réitérant la nécessité de dépasser la seule production de textes pour instaurer un «nouvel esprit» dans leur application, fondé sur l’intégrité et l’efficacité des responsables publics. Il a également mis en garde contre les effets de la suradministration et d’une bureaucratie lourde, source de gaspillage des deniers publics.
Abordant les blocages liés à l’investissement, le Chef de l’État avait estimé qu’ils ne relèvent pas uniquement des textes, mais aussi de la persistance de réseaux d’influence et de la corruption au sein de l’administration. Il a réaffirmé la poursuite des réformes ainsi que le rôle central des jeunes dans leur mise en œuvre.
Dans les faits, et malgré certaines évolutions, les pratiques administratives demeurent largement inchangées, marquées par la persistance de privilèges matériels accordés à certains responsables, l’absence de contact direct avec les citoyens et le maintien d’une gestion encore cloisonnée et dubitative. Au-delà des structures et des textes, c’est une culture administrative qui semble toujours en décalage avec les ambitions de réforme.
Il suffit, à cet égard, de comparer les véhicules parfois luxueux mis à la disposition de certains responsables, voire de leurs familles, avec ceux destinés au service du citoyen, souvent en piteux état, pour mesurer l’ampleur du fossé qui subsiste entre les pratiques de gestion et les exigences de service public. Une réalité qui illustre, de manière concrète, la contradiction persistante entre les principes affichés et leur mise en œuvre effective sur le terrain.



