Les jardins et crèches d’enfants en Tunisie traversent une crise sans précédent. Lors d’une conférence de presse organisée par la Chambre Syndicale Nationale des Jardins d’Enfants et des Crèches, les professionnels du secteur ont exprimé leur vive inquiétude face à la dégradation des conditions financières et au chaos organisationnel qui menace leur survie.
Une chute brutale du nombre d’établissements
Les chiffres communiqués sont alarmants. Nabiha Kammoun Tlili, présidente de la Chambre nationale, a révélé que le nombre de jardins d’enfants est passé de 6 020 en 2024 à seulement 5 520 aujourd’hui. Cette fermeture massive de 500 établissements est la conséquence directe d’une baisse de l’affluence et de l’alourdissement des charges financières. Plus inquiétant encore, environ 50,5 % des enfants tunisiens évoluent dans des lieux inconnus des autorités. Ce vide profite aux espaces anarchiques qui accueillent des enfants sans aucune licence ni contrôle.
La lutte contre les espaces anarchiques et le soutien financier
Nabiha Kammoun a insisté sur l’urgence de freiner l’expansion de ces structures illégales. Le ministère de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées a d’ailleurs émis 133 décisions de fermeture pour ces espaces chaotiques entre le début de l’année 2025 et octobre dernier.
Pour sauver le secteur, la Chambre syndicale réclame l’accès généralisé à la subvention « Notre jardin d’enfants dans notre quartier ». Elle demande également la création d’une prime spécifique pour les enfants autistes. Le programme national d’intégration a vu le nombre de bénéficiaires grimper à plus de 740 enfants en 2025, grâce à une aide mensuelle de 200 dinars sur deux ans.
Concurrence déloyale et revendications réglementaires
La Chambre interpelle également le ministère de l’Éducation pour renforcer le contrôle des écoles privées. Les professionnels dénoncent l’ouverture de classes pour les enfants de quatre ans au sein de ces écoles, une pratique jugée contraire aux réglementations en vigueur sans conditions strictes. Le 30 octobre 2025, les professionnels du secteur ont manifesté devant l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) sous le slogan : « Entre impôts, loyers et assurances, les jardins d’enfants agonisent ».
Un secteur en péril
Entre la concurrence déloyale des écoles privées et la prolifération des crèches clandestines, l’éducation de la petite enfance en Tunisie nécessite une réforme législative profonde et un soutien financier réel. L’objectif est d’éviter l’effondrement total d’un secteur vital et de garantir aux enfants le droit à des espaces éducatifs sécurisés et conformes aux normes.



