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Editorial

Ramadan, gouvernance et dignité sociale

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  • 20 février 12:32
  • 3 min de lecture
Ramadan, gouvernance et dignité sociale

A l’occasion du mois saint de Ramadan, le gouvernorat de Tunis a pris l’initiative louable de réunir ses différentes structures pour anticiper les besoins organisationnels, sécuritaires et sociaux.

Cette démarche mérite d’être saluée, car elle traduit une volonté d’assurer aux citoyens un climat de stabilité et de sérénité durant une période où la solidarité et la spiritualité doivent primer.

Les mesures annoncées – contrôle des marchés, suivi des prix, entretien des lieux de culte, renforcement des patrouilles de sécurité et rationalisation de la consommation – témoignent d’une approche globale et pragmatique.

Cependant, au-delà de la logistique et de la régulation économique, une question cruciale s’impose : celle de la mendicité. Le communiqué du gouvernorat évoque la nécessité de lutter contre ce phénomène, notamment aux abords des institutions religieuses.

Or, il ne s’agit plus seulement d’actes isolés de détresse sociale.

La mendicité s’est transformée, dans bien des cas, en réseaux organisés exploitant des enfants et recourant à des stratagèmes de plus en plus sophistiqués.

On trouve désormais des mendiants à chaque coin de rue, parfois dirigés par des groupes qui profitent de la vulnérabilité des plus faibles pour générer des revenus illicites.

Cette réalité interpelle la conscience collective et appelle à une révision sérieuse du cadre légal. Les textes actuels, souvent limités à des interdictions municipales ou à des mesures ponctuelles, ne suffisent plus.

Il est urgent de mettre en place une législation adaptée, qui distingue entre la véritable détresse sociale — nécessitant assistance et accompagnement — et les pratiques mafieuses qui instrumentalisent la pauvreté.

Une loi modernisée devrait prévoir des mécanismes clairs de protection des enfants, des sanctions dissuasives contre les réseaux organisés et un dispositif de réinsertion pour les personnes en situation de vulnérabilité réelle.

Le mois de Ramadan, période de piété et de partage, ne doit pas être défiguré par l’amplification de la mendicité organisée. Les fidèles qui se rendent aux mosquées ou aux marchés ne devraient pas être confrontés à des scènes de manipulation de la misère.

La dignité humaine exige que l’État, les municipalités et la société civile conjuguent leurs efforts pour éradiquer ce fléau.

En saluant l’initiative du gouvernorat de Tunis, il convient donc d’élargir le champ de réflexion : la bonne gestion du mois saint ne se limite pas à l’approvisionnement ou à la propreté des lieux de culte.

Elle implique aussi de protéger les citoyens contre l’exploitation de la pauvreté et de garantir que la solidarité, valeur centrale du Ramadan, ne sera pas détournée par des réseaux sans scrupule. C’est à ce prix que la société pourra conjuguer spiritualité, justice et dignité.

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Auteur

Salem Trabelsi

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