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Société

Dar Lasram: un joyau architectural témoin de l’essor de la Tunisie au début du XIXe siècle

  • 26 février 12:23
  • 4 min de lecture
Dar Lasram: un joyau architectural témoin de l’essor de la Tunisie au début du XIXe siècle

Au cœur des ruelles entrelacées de la Médina de Tunis, Dar Lasram se dresse fièrement sur la rue du Tribunal, avec sa haute façade en pierre ornée de marbre fin, racontant en silence près de deux siècles d’histoire tunisienne. Ce palais, considéré comme l’un des plus beaux de la capitale, ne se limite pas à l’histoire d’une grande famille : il incarne aussi une période de prospérité économique et politique à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, sous le règne de Hammouda Pacha et de son grand vizir Youssef Sahib Ettabaâ.

Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1979 au sein de la médina, Dar Lasram est aujourd’hui un haut lieu culturel à Tunis. Propriété de l’État depuis 1968 et siège de l’Association de sauvegarde de la médina depuis 1969, elle accueille chaque année des spectacles du Festival de la Médina durant le mois de Ramadan.

La famille Lasram, d’origine yéménite, compte parmi les plus anciennes familles citadines de Tunis. Installée d’abord à Kairouan avant de rejoindre la capitale, elle s’est distinguée par son engagement au service de l’État husseinite. Le palais actuel est principalement lié à Hammouda Lasram, notable fortuné et haut responsable militaire, qui fit édifier cette demeure entre 1812 et 1819 dans un quartier prisé par les élites.

Sa construction coïncide avec l’une des périodes les plus florissantes de l’histoire de la Tunisie, marquée par un essor commercial notable et l’émergence d’une nouvelle classe de riches négociants. Selon Chadhli Ben Younes, président du Festival de la Médina, l’implantation du palais au cœur de Tunis répondait à une logique de proximité avec les centres du pouvoir et du savoir. Cette époque a également été marquée par une compétition architecturale entre grandes familles, chacune cherchant à afficher son prestige à travers des demeures somptueuses.

Sur le plan architectural, Dar Lasram se distingue par une synthèse harmonieuse de styles andalou, ottoman et tunisien traditionnel, avec des influences italiennes visibles notamment dans les plafonds en bois sculpté et doré. Le palais s’organise sur trois niveaux aux fonctions distinctes : un sous-sol dédié aux activités quotidiennes et au stockage, un rez-de-chaussée surélevé réservé à l’habitation et un étage supérieur destiné aux invités. L’ensemble s’articule autour d’un patio central, véritable cœur de la vie familiale.

L’entrée se fait par une « driba », hall voûté soutenu par des colonnes en marbre, menant progressivement au patio entouré de galeries élégantes. Les sols en marbre italien, les faïences tunisiennes multicolores et les arcs décorés confèrent à l’ensemble une richesse esthétique remarquable.

Le palais comprend également de vastes espaces de réception, dont une grande salle inspirée des palais du Palais du Bardo, ainsi que des dépendances fonctionnelles intégrant entrepôts, écuries et citernes. Cette organisation traduit un mode de vie où fonctions résidentielle et économique coexistaient étroitement.

Transformé en espace culturel après sa restauration, le complexe abrite également un club culturel portant le nom du penseur réformiste Tahar Haddad. Autrefois lieu de vie animé, incluant espaces pour domestiques et activités quotidiennes, le palais reflète aussi les réalités sociales de son époque, marquée notamment par l’existence de l’esclavage, aboli en Tunisie en 1846 sous le règne d’Ahmed Bey.

Préservée grâce à son statut de bien habous, Dar Lasram a conservé son intégrité architecturale. Aujourd’hui encore, elle demeure un témoin vivant du raffinement et du rayonnement de Tunis à une époque charnière de son histoire.

Auteur

S. R

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