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Société

L’horloge de Testour : un défi au temps et un monument à la nostalgie andalouse

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  • 21 avril 2026
  • 4 min de lecture
L’horloge de Testour : un défi au temps et un monument à la nostalgie andalouse

L’horloge à rotation inversée de Testour demeure l’un des joyaux les plus insolites et les plus beaux de l’architecture. Véritable chaînon architectural et patrimoine matériel unique sur la « Route des Andalous », elle est au cœur des célébrations du Mois du Patrimoine 2026, placé sous le slogan « Patrimoine et Architecture ».

Cette horloge, dont les aiguilles tournent à l’envers, mêle les récits populaires de la grande cité andalouse de Testour (gouvernorat de Béja, à environ 70 km de Tunis) aux certitudes des experts : elle documente une histoire de sentiments, une nostalgie du pays perdu et l’espoir d’un retour en arrière pour les Andalous expulsés de force. Ces émotions ont été condensées par l’ingénieur andalou qui a conçu l’horloge, faisant tourner ses aiguilles dans le sens inverse de toutes les montres connues depuis leur invention.

Trônant au sommet du minaret de la Grande Mosquée de Testour, elle attire les regards par son design, son ornementation et son mouvement de droite à gauche, avec une numérotation inversée et inhabituelle. Le Dr Zouhair Ben Youssef, professeur d’histoire des idées à l’Université tunisienne, a souligné que l’horloge de Testour est unique dans le monde islamique. C’est une invention technique qui rappelle aux Andalous le temps passé vécu dans leurs villes du sud de l’Espagne avant la tragédie de leur expulsion. »

Un symbole de résistance culturelle

Faouzia Ben Zahra, ingénieur général à l’Institut National du Patrimoine (INP), a précisé que cette horloge distingue Testour en tant que noyau morisque pur, se différenciant de l’héritage architectural andalou d’autres villes tunisiennes.

Pour Rabeh Akkaz, président de l’Association de préservation de l’horloge andalouse de Testour, l’interprétation la plus répandue du sens de rotation inversé est la nostalgie de la gloire de Cordoue et de Grenade avant l’exil forcé sous le règne du roi Philippe III. D’autres explications évoquent la protection contre le mauvais œil ou l’affirmation d’une identité andalouse et islamique, le sens de rotation rejoignant celui du Tawaf autour de la Kaaba.

Dans son ouvrage « L’horloge de Testour récupère le temps » (2015), Abdelhalim Koundi souligne que cette horloge, construite après la mosquée en 1630 par Mohamed Tagharinou, incarne « un désir désespéré de remonter le temps ».

Vers une inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO

Au-delà de sa rotation inversée, l’horloge se distingue par ses caractéristiques esthétiques : un cadran en marbre blanc intégré à la façade du minaret, entouré de motifs géométriques précis basés sur la symétrie et l’utilisation de la brique locale.

Des efforts sont déployés depuis des années pour inscrire l’horloge et les monuments de Testour sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO. La ville se distingue par son plan en damier et ses toits de tuiles, rappelant les quartiers du sud de l’Espagne.

Le visiteur de la Grande Mosquée remarquera également que le minaret porte, outre l’horloge, une étoile à six branches symbolisant la tolérance religieuse entre musulmans et « Gens du Livre ». L’édifice contient aussi un cadran solaire, des colonnes et des chapiteaux provenant de sites romains, ainsi que des colonnes de style husseinite.

Une pièce unique dans le monde musulman

Selon Abdelhalim Koundi, l’horloge de Testour est l’une des trois seules horloges murales au monde tournant à l’envers (avec des horloges à Prague, Münster et Florence), mais elle reste la seule dans la civilisation islamique.

Testour incarne l’apogée de l’architecture andalouse en Tunisie, née de l’installation d’environ 80 000 Morisques après la chute de Grenade en 1492. La ville a bénéficié de nombreux projets de restauration entre 2002 et 2022.

Grâce à une campagne menée par l’ingénieur Abdelhalim Koundi et l’Association de sauvegarde de la ville, l’horloge, qui s’était arrêtée pendant trois siècles, a repris vie le 11 novembre 2014. Elle continue aujourd’hui de tourner à l’envers, comme l’avait voulu son créateur, symbolisant le pouls d’un peuple et son attachement éternel à ses racines. La Presse avec TAP

 

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La Presse

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