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Hausse du pétrole : la Tunisie face à un trou budgétaire de 6,4 milliards de dinars

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  • 15 mars 20:42
  • 6 min de lecture
Hausse du pétrole : la Tunisie face à un trou budgétaire de 6,4 milliards de dinars

L’escalade militaire actuelle au Moyen-Orient pourrait avoir des conséquences économiques importantes à l’échelle mondiale et particulièrement pour la Tunisie, a averti l’économiste et l’universitaire, Ridha Chkoundali, dans une analyse publiée dimanche 15 mars 2026 sur sa page officielle Facebook.

Les pays du Golfe, premiers perdants d’une guerre prolongée

Selon lui, la flambée récente des prix du pétrole, alimentée par les tensions géopolitiques dans la région, pourrait peser lourdement sur les équilibres budgétaires du pays si elle devait se prolonger.
La situation dans la région est marquée par une escalade militaire impliquant les États-Unis et l’entité sioniste, notamment après une frappe américaine contre l’île iranienne de Khark.

Dans ce contexte, le président américain Donald Trump a appelé à la formation d’une coalition internationale destinée à sécuriser la navigation dans le détroit d’Hormuz, une artère stratégique pour le commerce énergétique mondial.
Le détroit d’Hormuz constitue en effet l’un des points névralgiques de l’économie mondiale. “Plus de 20 % des exportations mondiales de pétrole transitent par cette voie maritime essentielle, principalement à destination de l’Europe et de l’Asie. Or, ce passage reste sous influence iranienne et n’est pas entièrement sécurisé, ce qui laisse planer le risque de développements militaires supplémentaires susceptibles de perturber le marché énergétique international”, explique Chkoundali.

Pour l’heure, la frappe contre l’île de Khark n’a pas visé les infrastructures pétrolières, ce qui a limité son impact immédiat sur les marchés. Les prix du pétrole ont ainsi enregistré une hausse modérée d’environ trois dollars après l’attaque. Toutefois, selon l’économiste, la principale menace réside dans un éventuel élargissement du conflit. L’appel de Washington à constituer une alliance militaire contre l’Iran pourrait, s’il était suivi par d’autres États, transformer les tensions actuelles en un conflit régional plus large. “Jusqu’à présent, aucun pays n’a officiellement répondu à cette initiative, ce qui contribue à éviter un scénario plus grave”, souligne-t-il.

Une aggravation du conflit dans la région aurait toutefois des conséquences directes pour plusieurs pays du Golfe. Selon l’analyse de Ridha Chkoundali, ces États seraient parmi les premiers perdants d’une guerre prolongée. “La production de gaz naturel liquéfié au Qatar aurait déjà été suspendue depuis plusieurs jours, tandis que d’autres pays auraient interrompu l’exploitation de certains champs pétroliers en raison des difficultés de transit dans le détroit. Les économies de l’Arabie saoudite, du Koweït, du Qatar et de Bahreïn reposent largement sur les revenus des hydrocarbures pour financer leurs dépenses publiques et assurer le niveau de vie de leurs populations. Quant aux Émirats arabes unis, ils dépendent également du tourisme et des investissements étrangers, notamment dans le secteur immobilier, qui pourraient eux aussi être fragilisés par une instabilité régionale prolongée”, explique-t-il.

Dans le même sillage, il ajoute que les répercussions ne se limiteraient pas aux pays producteurs. “Les États-Unis et l’Europe subissent déjà l’impact de la hausse des prix de l’énergie sur l’inflation, un phénomène qui se répercute directement sur les prix des carburants et sur le coût de la vie dans plusieurs économies occidentales”.

Quels scénarios pour la Tunisie ?

Pour la Tunisie, l’enjeu est particulièrement sensible. Le prix du pétrole sur les marchés internationaux atteignait environ 103 dollars le baril dimanche 15 mars 2026, alors que la loi de finances en Tunisie pour l’année 2026 repose sur une hypothèse de 63,3 dollars.
“L’écart dépasse ainsi 40 dollars par baril. Si ce niveau de prix devait se maintenir jusqu’à la fin de l’année, les finances publiques tunisiennes pourraient enregistrer un manque à gagner estimé à près de 6,4 milliards de dinars, soit un montant équivalent à l’ensemble des dépenses de développement prévues dans le budget de l’État”, affirme-t-il.

Dans un tel scénario, les autorités tunisiennes seraient confrontées à des choix budgétaires particulièrement difficiles. “L’État pourrait être contraint de reporter plusieurs projets d’investissement programmés pour l’année 2026. Une autre option consisterait à retarder les recrutements dans la fonction publique, alors que le gouvernement s’est engagé à intégrer environ 53 000 nouveaux agents. Les autorités pourraient en outre être amenées à augmenter les prix des carburants en réduisant les mécanismes de compensation, ou encore à reporter les augmentations salariales prévues pour l’année prochaine”n indique-t-il.

Au-delà des finances publiques, la hausse durable des prix du pétrole pourrait également provoquer une série d’effets macroéconomiques. “L’inflation pourrait augmenter d’environ un point supplémentaire, ce qui pourrait pousser la Banque centrale à relever à nouveau son taux directeur afin de contenir les pressions inflationnistes. Par ailleurs, l’augmentation de la facture énergétique risquerait d’élargir le déficit commercial et d’affecter la balance des paiements, notamment si les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger et les recettes touristiques venaient à diminuer dans un contexte international incertain”, explique encore l’universitaire.

Une telle situation pourrait aussi entraîner une diminution des réserves en devises et exercer une pression supplémentaire sur la valeur du dinar.
Face à ces risques, Ridha Chkoundali estime que le scénario le plus favorable pour la Tunisie demeure un retour rapide au calme dans la région grâce aux efforts diplomatiques internationaux. Une désescalade permettrait d’éviter un choc économique et financier majeur pour le pays.

Dans cette perspective, l’économiste appelle les autorités tunisiennes à anticiper les évolutions possibles en mettant en place une cellule d’urgence économique réunissant les meilleures compétences nationales. Une telle structure pourrait, selon lui, proposer des mesures adaptées à intégrer dans une éventuelle loi de finances complémentaire afin de limiter les effets d’un choc pétrolier prolongé et d’éviter des conséquences économiques et sociales plus graves.

 

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

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