Les Tunisiens apparaissent profondément partagés sur les questions de commerce international, tout en exprimant une perception largement négative de l’influence des puissances occidentales, selon les résultats d’une récente enquête du réseau Afrobaromètre. Cette étude, publiée le 31 mars 2026, met en lumière une opinion publique nuancée, oscillant entre ouverture économique, préoccupations protectionnistes et redéfinition des partenariats internationaux.
Réalisée en mars 2024 auprès d’un échantillon représentatif de 1 200 adultes, avec une marge d’erreur de plus ou moins 3 points, l’enquête s’inscrit dans la dixième vague d’Afrobaromètre, un réseau panafricain indépendant spécialisé dans les sondages d’opinion sur la gouvernance, la démocratie et les conditions de vie en Afrique. En Tunisie, l’étude a été conduite par le cabinet One to One for Research and Polling.
Premier enseignement majeur, les Tunisiens sont divisés quant à l’ouverture du pays au commerce international. Une majorité relative de 54 % des personnes interrogées estime que le gouvernement devrait favoriser la croissance économique en facilitant les échanges internationaux, tandis que 44 % préfèrent limiter les importations afin de protéger les entreprises locales. Cette fracture traduit une tension persistante entre les impératifs d’intégration dans l’économie mondiale et la crainte de fragiliser le tissu productif national.
Cependant, lorsqu’il est question des modalités d’ouverture, une nette majorité de Tunisiens se montre favorable à une approche globale. Près de 72 % des répondants déclarent qu’en cas de facilitation du commerce, ils privilégieraient des échanges avec l’ensemble des pays du monde, contre seulement 15 % en faveur d’un recentrage sur l’Afrique et 7 % sur l’espace maghrébin. Ce résultat souligne une volonté d’ouverture diversifiée, au-delà des cadres régionaux traditionnels.
Paradoxalement, cette disposition à l’ouverture s’accompagne d’une méconnaissance marquée des initiatives africaines en matière de commerce. Seuls 5 % des Tunisiens affirment avoir entendu parler de la Zone de libre-échange continentale africaine, pourtant ratifiée par la Tunisie en 2018 et présentée comme un levier majeur d’intégration économique du continent.
Perception contrastée des partenaires étrangers
L’étude met en outre en évidence une perception contrastée des partenaires internationaux. L’influence économique et politique de la Chine, de l’Union africaine, de l’Union du Maghreb arabe et de la Russie est globalement jugée plus positivement que négativement. Ainsi, 43 % des répondants considèrent l’influence chinoise comme positive, contre 22 % qui la jugent négative. Des tendances similaires sont observées pour les organisations africaines et pour la Russie.
En revanche, les puissances occidentales suscitent une perception largement défavorable. Seuls 11 % des Tunisiens estiment que l’influence des États-Unis est positive, tandis que 12 % expriment la même opinion à propos de la France. À l’inverse, environ six répondants sur dix jugent cette influence négative. L’Union européenne elle-même, pourtant premier partenaire commercial de la Tunisie, n’échappe pas à cette défiance relative, avec seulement 22 % d’opinions positives contre 42 % d’opinions négatives.
Ces perceptions s’inscrivent également dans le souvenir des aides internationales durant la pandémie de Covid-19. Interrogés sur les partenaires ayant le plus soutenu la Tunisie durant cette période, 34 % des répondants citent la Chine, loin devant l’Europe, mentionnée par 17 % des personnes interrogées, et les États-Unis, cités par seulement 7 %.
Sur le plan géopolitique, les Tunisiens expriment une préférence marquée pour une position de neutralité. Parmi les 88 % de citoyens informés du conflit entre la Russie et l’Ukraine, près de 65 % estiment que la Tunisie devrait adopter une posture neutre, contre environ 29 % favorables à un alignement. Parmi ces derniers, le soutien à la Russie dépasse celui à l’Ukraine.
L’enquête révèle par ailleurs une aspiration forte à un rééquilibrage des rapports de force au niveau international. Plus de huit Tunisiens sur dix, soit 82 %, considèrent que les pays africains devraient disposer d’une plus grande influence au sein des instances internationales, notamment aux Nations unies. Dans le même temps, une courte majorité estime que l’Union africaine et l’Union du Maghreb arabe prennent relativement en compte les intérêts de la Tunisie dans leurs décisions.
Au total, ces résultats dressent le portrait d’une opinion publique en transition, tiraillée entre ouverture économique et réflexes de protection, mais aussi de plus en plus attentive à la nature et à l’équilibre des partenariats internationaux. Si les Tunisiens restent globalement favorables à la coopération internationale, ils semblent également exprimer une volonté croissante de diversification de leurs alliances et de redéfinition de leur position dans un monde en mutation.



