Inflation en baisse à 5 % : une amélioration sans effet sur le quotidien des ménages
Les dernières statistiques économiques révèlent que la Tunisie enregistre un ralentissement relatif de l’inflation, avec une stabilisation de l’indice général des prix à la consommation aux alentours de 5%, en mars 2026, contre 7% au cours de la même période de l’année précédente. Toutefois, cette amélioration statistique n’a pas eu un impact palpable sur le pouvoir d’achat du citoyen.
Le panier de consommation révèle la persistance des pressions sur les secteurs essentiels (biens et services qui répondent aux besoins primaires du consommateur).
Les prix des denrées alimentaires ont ainsi enregistré une hausse de l’ordre de 7,8 % en mars, contre 7 % en février, tandis que les services de restauration, de cafés et d’hôtels ont continué d’afficher des taux élevés atteignant 11,7 %, restant ainsi parmi les composantes les plus inflationnistes de l’indice général.
En revanche, la stabilité des prix enregistrée dans d’autres groupes de biens et de services a contribué à freiner l’accélération du taux d’inflation, ce qui reflète une amélioration globale, sans, toutefois, alléger concrètement les couts de la vie supporté par les ménages.
Selon les experts, le ralentissement du rythme ascendant des prix ne signifie pas leur baisse, mais traduit plutôt un rythme de hausse plus lent, ce qui limite l’impact de l’amélioration enregistrée au niveau des indicateurs globaux sur le vécu quotidien des citoyens.
Dans ce cadre, l’expert économique Maher Belhadj a estimé que ce paradoxe provient essentiellement de la perception du consommateur. Celui-ci ne compare pas la situation actuelle aux variations mensuelles ou annuelles récentes, mais aux niveaux de prix pratiqués il y a des années.
La vague inflationniste précédente a fait accumuler des hausses massives, de sorte que tout ralentissement du taux d’inflation reste peu perceptible tant que les prix restent élevés.
En plus, l’amélioration de l’inflation ne se traduit pas automatiquement par une amélioration du pouvoir d’achat, en l’absence d’une hausse parallèle des salaires, d’où l’importance d’assurer un équilibre entre les prix et les revenus, l’un des défis socio-économiques
Dans une déclaration à l’agence TAP, Belhadj a estimé que l’amélioration du pouvoir d’achat ne passe pas uniquement par la maitrise de l’inflation, mais nécessite également une série de réformes parallèles, parmi lesquelles figurent la réduction de la pression fiscale exercée sur les différentes catégories de consommateurs, particulièrement la classe moyenne et les salariés, dont le taux de prélèvement sur les revenus annuels bruts atteint dans certains cas les 40 %, ce qui limite leur capacité de consommation et d’épargne.
L’absence de perception d’une stabilisation de l’inflation chez les citoyens est due à l’absence d’augmentations salariales notables au cours des années 2025 et 2026, a-t-il encore fait savoir.
Sur un autre plan, les circuits de distribution demeurent l’un des principaux facteurs contribuant à la hausse des prix en raison de la multiplication des intermédiaires entre le producteur et le consommateur, ainsi que des pratiques de monopole et de spéculation qui l’accompagnent.
La prédominance des paiements en espèces (cash) aggrave la difficulté de suivre les opérations commerciales et d’imposer un contrôle, en l’absence d’une transparence suffisante.
Par conséquent, l’expert a estimé que la période à venir exige d’accélérer le rythme de révision des salaires à un niveau supérieur à l’inflation, parallèlement à la réforme du système de distribution, tout en allégeant la charge fiscale sur les ménages, afin de contribuer à une amélioration tangible et durable du pouvoir d’achat.
Dans ce contexte, le chef de l’État Kais Saed a souligné que l’amélioration des conditions de vie des citoyens constitue une priorité nationale absolue, insistant sur la nécessité d’adopter des mesures concrètes pour soutenir le pouvoir d’achat des citoyens.
Lors de la cérémonie, tenue le 6 avril courant, commémorant le 26eme anniversaire du décès de l’ancien président Habib Bourguiba, Saed a annoncé la revalorisation des salaires dans les secteurs public et privé ainsi que des pensions de retraites.
Le président de la République a souligne que ces augmentations visent à permettre aux citoyens de faire face à la hausse du cout de la vie et à répondre à leurs besoins de base . Il a également réitéré la volonté de l’État de mobiliser les ressources financières nécessaires afin de concrétiser ces décisions dans le cadre d’une politique sociale visant à atténuer la pauvreté .
Politique monétaire prudente …
Sur le plan monétaire, la BCT a poursuivi l’adoption d’une politique monétaire prudente, en maintenant le taux directeur à 7%, afin de préserver l’équilibre entre la maîtrise de l’inflation et le soutien à l’activité économique.
Cependant, la marge de manœuvre pour contrôler les prix reste limitée, compte tenu du caractère importé d’une part importante de l’inflation, notamment, en ce qui concerne l’énergie et les denrées alimentaires de base, ce qui rend l’économie tunisienne vulnérable aux fluctuations des marchés mondiaux.
Ces évolutions signifient pour la Tunisie qui dépend fortement des importations de denrées alimentaires et d’énergie, que la trajectoire de l’inflation intérieure reste largement liée aux variables externes.
De plus, les données internationales indiquent la persistance des pressions sur les prix alimentaires mondiaux. L’indice des prix alimentaires de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture(FAO) a atteint environ 127,1 points en mars 2026, soit une augmentation annuelle d’environ 6,9%, principalement, en raison de la hausse des prix du blé, des produits laitiers et de la viande.
Les marchés de l’énergie restent, également, exposés aux fluctuations géopolitiques, avec des prévisions indiquant une stabilité relative des prix du pétrole en 2026 contre des risques élevés liés à l’évolution de l’approvisionnement mondial.
Ces évolutions signifient pour la Tunisie qui dépend fortement des importations de denrées alimentaires et d’énergie, que la trajectoire de l’inflation intérieure reste largement liée aux variables externes, estime la BCT dans un communiqué publié à l’issue de la réunion de son conseil d’administration tenu le 30 mars 2026.
Dans l’ensemble, les indicateurs révèlent que la Tunisie est passée d’une phase d’accélération de l’inflation à une phase de ralentissement, mais elle n’a pas encore atteint la phase de stabilité des prix jugé convenable.
Selon Belhaj, le défi principal de la prochaine étape ne se limitera pas à la poursuite de la réduction de l’inflation, mais à la transformation de ce ralentissement en une amélioration réelle du pouvoir d’achat.
Soutenir le pouvoir des citoyens et maitriser les prix, priorités de la prochaine étape
Le gouvernement poursuit la mise en œuvre de son programme économique axé sur le contrôle des prix et la garantie de la stabilité du marché. Cette approche est essentiellement basée sur l’approvisionnement régulier en produits de base à travers la constitution de stocks stratégiques, outre le renforcement des opérations de contrôle pour lutter contre la spéculation, ainsi que la réforme et l’organisation des circuits de distribution.
Le gouvernement œuvre également à renforcer la coordination entre les politiques économiques et sociales, afin d’améliorer leur efficacité face aux pressions inflationnistes et d’assurer un équilibre durable entre croissance économique et justice sociale. Dans ce cadre, l’amélioration de la production agricole devra permettre d’atténuer la pression sur les prix au cours de la prochaine étape.
La réalisation de ces objectifs nécessite, selon le programme gouvernemental, la consécration du principe de complémentarité et de cohérence entre les politiques économiques , sociales et les stratégies sectorielles afin de garantir un gestion optimale des ressources existantes.
Il s’agit également de mettre en place des mécanismes efficaces de suivi et d’évaluation des mesures et des programmes dans les délais impartis.
L’ensemble de ces mesures devrait contribuer à renforcer la compétitivité de l’économie tunisienne et à garantir les bases d’une croissance inclusive consacrant la justice dans ses dimensions sociale, économique et environnementale.

