gradient blue
gradient blue
Economie

Réunions de printemps du FMI et de la BM : Nouvel ordre économique mondial en gestation ?

  • 16 avril 2026
  • 7 min de lecture
Réunions de printemps du FMI et de la BM : Nouvel ordre économique mondial en gestation ?

À peine remise d’un choc tarifaire inédit en 2025, l’économie mondiale s’est retrouvée face à une secousse sécuritaire sans précédent depuis le Seconde Guerre mondiale, centrée sur un nouveau conflit armé au Moyen-Orient, lui-même axé sur les flux énergétiques transitant par le détroit d’Ormuz. Ce détroit, qui était épargné par les conflits pendant de nombreuses décennies, se retrouve brusquement et douloureusement au centre des préoccupations économiques mondiales.

Le mal est déjà fait, malgré le cessez-le-feu précaire en cours, constate-t-on à l’ouverture des Réunions de printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale (13-18 avril), dans la mesure où les corrections entreprises par les gouvernements, pour amortir les effets des nouvelles obligations tarifaires décidées l’année dernière par les Etats-Unis de Donald Trump, ont été stoppées net, fin février, avec le déclenchement des hostilités dans une région réputée être l’une des principales sources d’approvisionnement énergétique de la planète.

Le FMI, dans ses «Perspectives de l’économie mondiale», établit des hypothèses variables selon les scénarios d’évolution de la situation au Moyen-Orient et annonce la naissance de nouveaux partenariats économiques et commerciaux, pas forcément les anciennes frontières géopolitiques…

La Presse — Les conséquences de la guerre des Etats-Unis et de son allié israélien contre l’Iran sur la croissance, la production et les échanges mondiaux n’étaient pas à démontrer à l’occasion de la présentation du nouveau rapport sur les «Perspectives de l’économie mondiale», mardi 14 avril au siège du FMI à Washington, tellement la hausse des prix a été ressentie çà et là à travers le monde, tellement la perturbation de l’approvisionnement en énergie est devenu un casse-tête quotidien depuis le 28 février dernier, date du début des hostilités.

Trois scénarios

Le FMI qui avait l’habitude de fournir des mises à jour des prévisions de la croissance mondiale au moins deux fois par an, à l’occasion des assemblées annuelles et celles du printemps, a, cette fois-ci, établi trois scénarios, adossés directement à l’évolution de la guerre au Moyen-Orient. «La durée et l’envergure du conflit influenceraient les perspectives mondiales », affirme le FMI.

Le scénario le plus plausible table sur un conflit de courte durée assorti d’une hausse modérée des produits de base énergétiques de 19 %. Dans ce cas, la croissance mondiale ne dépassera pas les 3,1 %, contre 3,4 % soutenus avant le conflit. L’inflation mondiale, elle, ne devrait pas dépasser les 4,4 %, quoique cela constitue «un écart très net par rapport à la tendance observée ces dernières années».

Deuxième scénario, en cas de fermeture prolongée du détroit d’Ormuz doublée d’une destruction des infrastructures de forage et raffinage et, en conséquence, des incidences plus sérieuses et plus prolongées sur l’économie mondiale, la croissance mondiale pourrait tomber à 2,5 % et l’inflation augmenter à 5,4 %. Un troisième scénario plus catastrophique réduirait encore la croissance à 2 % et boosterait l’inflation à 6 %. Et le FMI n’ira pas par quatre chemins pour dire que «Malgré l’annonce récente d’un cessez-le-feu temporaire, le tort est fait et les risques de détérioration demeurent élevés».

Dans son analyse des impacts, le FMI fait état de trois vecteurs tout en précisant que les conséquences seront ressenties différemment d’un pays à l’autre, selon la dépendance de l’énergie et des chemins d’approvisionnement. D’abord, «le renchérissement des produits de base constitue un parfait exemple de choc d’offre négatif : il fait grimper le coût des biens et services à forte intensité énergétique, perturbe les chaînes d’approvisionnement, attise l’inflation globale et entame le pouvoir d’achat».

Ensuite, «ces effets pourraient être amplifiés alors que travailleurs et entreprises cherchent à compenser leurs pertes de revenus, ce qui risque de provoquer des spirales prix-salaires, en particulier lorsque les anticipations d’inflation sont mal ancrées». Enfin, «l’augmentation des risques macro-économique et la perspective d’un resserrement des politiques monétaires pourraient déclencher une réévaluation soudaine sur les marchés financiers, comprimant la valeur des actifs, gonflant les primes de risque, provoquant un exode des capitaux et une appréciation du dollar, ce qui durcirait les conditions financières et freinerait la demande globale».

Comment limiter les dommages ?

Face à une situation aussi compliquée, le FMI prévoit des pistes de réflexion en termes de politiques publiques, afin que cette guerre ait l’impact le plus limité sur les économies, avec une préférence avérée de cessation rapide de la violence et de la destruction. «La constatation la plus évidente est qu’une fin rapide et ordonnée de la guerre est le meilleur moyen de limiter les dommages pour l’économie», souligne l’institution de Bretton Woods ! Le FMI reconnaît, par ailleurs, que les banques centrales ne pourraient pas à elles seules remédier aux fluctuations des prix de l’énergie pour réduire les pressions inflationnistes.

Aussi, au niveau budgétaire, le plafonnement de prix ou les politiques de subvention risquent de s’avérer aussi périlleux que coûteux. «Toute mesure de soutien doit être bien ciblée, temporaire, assortie de clauses de caducité automatique claires et conformes aux plans budgétaires à moyen terme pour que les réserves puissent être reconstituées», recommandent les experts du FMI. Il faut également «s’abstenir de mener une relance budgétaire en période d’accélération de l’inflation afin de ne pas compliquer la tâche de la Banque centrale». Pour les catégories les plus vulnérables parmi les ménages et les entreprises, il serait préférable de recourir à des transferts directs et ponctuels plutôt qu’à des subventions généralisées, ce qui serait plus efficace et moins coûteux pour les budgets.

La quête d’une croissance durable

Bien que la guerre au Moyen-Orient n’ait pas atteint, jusqu’ici, l’ampleur et les dégâts de la Seconde Guerre mondiale, le FMI constate que « les tensions géopolitiques dessinent un monde de plus en plus multipolaire, dans lequel des vagues de restrictions commerciales imposées par tous les grands blocs économiques qui portent atteinte à la coopération internationale et à la croissance». Il en résulte des politiques de repli sur soi, mais aussi des réorientations vers de nouveaux partenariats et des accords régionaux «qui ne coïncident pas nécessairement avec les anciennes frontières géopolitiques».

Certes, la composante défense pourrait être au cœur des priorités, tout comme l’énergie et les matières premières. Toutefois «les avancées en matière d’intelligence artificielle (IA) laissent espérer d’importants gains de productivité, lesquels constituent le facteur déterminant de l’amélioration des niveaux de vie».  Aussi est-il vrai que telle guerre pourrait accélérer l’investissement dans les énergies renouvelables, ce qui se traduirait, à terme, par de nouveaux vecteurs d’approvisionnement et de croissance plus stable et plus durable…

Auteur

Lassâad BEN AHMED

You cannot copy content of this page