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Réserves faibles, dette élevée, risques énergétiques : un économiste appelle à un accord avec le FMI

  • 11 avril 12:48
  • 5 min de lecture
Réserves faibles, dette élevée, risques énergétiques : un économiste appelle à un accord avec le FMI

L’économiste Larbi Benbouhali a publié une nouvelle analyse sur sa page officielle Facebook dans laquelle il alerte sur la vulnérabilité financière de la Tunisie face à un environnement international qu’il décrit comme particulièrement instable, marqué notamment par les tensions géopolitiques et leurs répercussions potentielles sur les marchés énergétiques mondiaux.

Dans ce texte dense, il interroge la capacité des autorités tunisiennes, en particulier le président Kaïs Saïed et la Banque centrale de Tunisie, à protéger l’économie nationale contre ce qu’il qualifie de chocs externes majeurs.

Une alerte sur la vulnérabilité financière et externe de la Tunisie

Selon cette analyse, la Tunisie disposerait actuellement de réserves de change limitées, équivalentes à environ 101 jours d’importations en devises étrangères. L’économiste estime que cette marge de sécurité reste fragile dans un contexte où les besoins en devises demeurent élevés, notamment pour financer les importations énergétiques et alimentaires.

Il souligne également que les sorties de capitaux liées aux dividendes versés aux entreprises étrangères opérant en Tunisie, ainsi qu’aux investisseurs offshore relevant du régime de la loi 72, auraient atteint environ 3 milliards de dinars en 2025, ce qui accentuerait la pression sur les équilibres extérieurs du pays.

Dans ce contexte, Larbi Benbouhali met en garde contre toute tentative de financement monétaire du déficit par la Banque centrale de Tunisie. Une telle option, selon lui, risquerait d’entraîner une dépréciation du dinar et une accélération de l’inflation, avec des conséquences directes sur le pouvoir d’achat des ménages, en particulier les classes moyennes et les catégories les plus vulnérables. Il insiste sur le fait que la stabilité monétaire constitue un pilier essentiel dans un contexte de dépendance aux importations et de fragilité des réserves en devises.

L’économiste avance par ailleurs que la Tunisie aurait besoin d’une injection de liquidités en devises, estimée à environ 2,5 milliards de dollars, afin de faire face aux surcoûts liés à une possible flambée des prix de l’énergie et à l’aggravation des déséquilibres budgétaires et commerciaux.

Il affirme également que l’État tunisien devra faire face en 2026 à des besoins d’emprunt importants, estimés à 27 milliards de dinars, soit plus de la moitié des recettes fiscales projetées, dans un contexte où le déficit budgétaire est évalué à environ 11 milliards de dinars.

Risques économiques identifiés

Dans son analyse, il met en avant plusieurs risques économiques potentiels. Il évoque d’abord l’impact sur l’emploi des Tunisiens travaillant à l’étranger, notamment dans les pays du Golfe, où plus de 100 000 travailleurs pourraient être affectés en cas de ralentissement économique régional, entraînant une baisse des transferts de devises vers la Tunisie.

Il anticipe également une pression inflationniste liée à la hausse des prix de l’énergie et des produits alimentaires, ce qui pourrait pousser les taux d’intérêt à rester élevés plus longtemps et freiner l’investissement privé.

Sur le plan macroéconomique, il estime que la dette totale par ménage atteint environ 21 763 dinars, répartie entre dette publique et dette privée, un niveau qu’il juge élevé et représentatif d’un endettement global important de l’économie tunisienne. L’économiste prévoit en outre un ralentissement de la croissance, avec une contraction du produit intérieur brut nominal estimée à 0,5 %, ainsi qu’un chômage des jeunes dépassant les 30 %, ce qui témoignerait selon lui d’une persistance des déséquilibres structurels.

Le texte évoque également l’impact de la hausse des prix du carburant sur le secteur du transport aérien et du tourisme, un secteur stratégique pour l’économie tunisienne. Selon l’économiste, la réduction des vols et l’augmentation des tarifs pourraient affecter les flux touristiques mondiaux et, par conséquent, les recettes touristiques de la Tunisie.

Comparaison internationale et recommandations

Pour illustrer ses propos, Larbi Benbouhali cite plusieurs expériences internationales de gestion de crises similaires. Il mentionne notamment les interventions de banques centrales et de gouvernements, comme les mesures de soutien des Émirats arabes unis, de l’Australie, de la France ou encore de la Turquie, qui aurait mobilisé une partie de ses réserves d’or pour renforcer sa position extérieure.

Il évoque également les dispositifs de soutien mis en place par la Banque centrale du Qatar ainsi que les interventions du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, destinées à amortir les chocs économiques liés à la volatilité des prix de l’énergie.

En conclusion de son analyse, l’économiste estime que la Tunisie devrait envisager un renforcement de sa coopération avec les institutions financières internationales. Il considère qu’un nouvel accord avec le Fonds monétaire international (FMI) pourrait permettre de mobiliser environ 2,5 milliards de dollars sur plusieurs années à des conditions de financement jugées favorables.

Selon lui, un tel partenariat contribuerait à renforcer les réserves de change, stabiliser le taux de change du dinar, réduire le coût de la dette extérieure et restaurer la confiance des investisseurs locaux et étrangers.

Il affirme enfin que la Tunisie a déjà engagé plusieurs réformes structurelles au cours des dernières années, notamment en matière de subventions, de fiscalité et de gouvernance des entreprises publiques. Dans cette perspective, il estime qu’un nouvel accord avec le FMI pourrait constituer une opportunité pour sortir l’économie tunisienne d’une phase de stagnation et soutenir la création d’emplois dans un contexte de chômage élevé.

Lire aussi:  Tunisie : les réserves en devises reculent à 101 jours d’importation
Auteur

R. I

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