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Economie

Intelligence stratégique : Ces villes qui réinventent leur économie

  • 21 mars 19:25
  • 5 min de lecture
Intelligence stratégique : Ces villes qui réinventent leur économie

Entre héritage industriel et nouvelles ambitions locales, certaines villes tunisiennes expérimentent des voies innovantes pour relancer leur économie. De Sfax à Djerba en passant par Bizerte, entrepreneurs, start-up et acteurs du tourisme tentent de repenser leurs modèles, en misant sur l’innovation, la diversification et la valorisation des ressources locales. Selon l’économiste Tarek Brahmi, ces initiatives témoignent d’une dynamique régionale capable, si elle est consolidée, d’inspirer un nouveau modèle de développement pour le pays.

La Presse — Entre héritage industriel, audace locale et nouvelles promesses de développement et par- delà une conjoncture économique difficile, certaines villes tunisiennes ne cessent d’expérimenter de nouvelles voies de développement. Ici, un ancien bastion industriel se reconvertit dans l’innovation. Là, une cité côtière cherche à rompre avec un tourisme de masse en perte de vitesse. Ailleurs encore, des entrepreneurs tentent de bâtir des écosystèmes technologiques capables de retenir une jeunesse tentée par l’exil.

Approché par La Presse, l’expert économiste, Tarek Brahmi, évoluant en France, note que ces initiatives témoignent d’une dynamique locale et pourraient être annonciatrices de lendemains meilleurs pour l’économie nationale.

Sfax, l’ambition d’un pôle technologique

Pour l’universitaire, longtemps considérée comme la capitale économique du sud tunisien, Sfax a bâti sa prospérité sur l’industrie, le commerce et l’huile d’olive. Mais la ville a été confrontée, ces dernières années, à l’essoufflement de son modèle industriel traditionnel et à des défis environnementaux persistants.

Pourtant, dans les zones universitaires et les incubateurs qui essaiment autour de la ville, un nouvel écosystème se dessine. Des startups spécialisées dans les technologies numériques, l’intelligence artificielle ou les services informatiques exportables émergent progressivement.

« Des ingénieurs formés dans les écoles locales choisissent désormais de créer leur entreprise plutôt que de partir à l’étranger. L’objectif est clair : faire de Sfax un pôle technologique régional capable de s’inscrire dans l’économie numérique globale », explique notre interlocuteur.

Les obstacles restent, toutefois, nombreux, nuance-t-il, citant l’accès au financement, bureaucratie, infrastructures. Mais les acteurs locaux misent sur la densité du tissu entrepreneurial sfaxien, réputé pour son pragmatisme.

Djerba, l’expérience du tourisme alternatif

Sur l’île de Djerba, le tourisme a longtemps reposé sur un modèle de grands complexes hôteliers destinés au marché européen. Ce modèle, fragilisé par l’instabilité régionale et l’évolution des attentes des voyageurs, a montré ses limites, ces dernières années.

Face à cette réalité, certains acteurs du secteur tentent de promouvoir une approche différente : tourisme culturel, expériences locales, maisons d’hôtes et circuits patrimoniaux.

« La mise en valeur de la médina de Houmt Souk, la restauration de maisons traditionnelles et la promotion de l’artisanat participent à cette stratégie.

L’inscription de la région sur la carte des destinations culturelles méditerranéennes s’appuie aussi sur son héritage pluriel, mêlant traditions berbères, arabes et juives », relève l’économiste.

Cette transformation reste progressive, mais elle témoigne d’une volonté de diversifier une économie trop dépendante des flux touristiques de masse, tel qu’il le pense.

Bizerte et la reconversion industrielle

Plus au nord, la ville portuaire de Bizerte tente, elle aussi, d’imaginer un nouvel avenir économique, de l’avis de l’universitaire.

Historiquement liée aux activités portuaires, navales et industrielles, la région cherche aujourd’hui à attirer des investissements dans des secteurs à plus forte valeur ajoutée. Les zones industrielles accueillent désormais des entreprises tournées vers l’export, notamment dans les composants automobiles et les technologies industrielles.

« Cette stratégie s’appuie sur plusieurs atouts : proximité avec l’Europe, main-d’œuvre qualifiée et infrastructures portuaires stratégiques», explique-t-il.

Pour les autorités locales, l’enjeu est de transformer l’héritage industriel de la ville en moteur d’une économie plus moderne et mieux intégrée aux chaînes de valeur inter- nationales.

L’échelle locale comme laboratoire économique

Ces expériences locales ne suffisent néanmoins pas à résoudre les défis structurels de l’économie tunisienne : chômage élevé, croissance faible et déséquilibres régionaux persistants, de l’avis du même analyste.

Bien qu’elles révèlent une tendance significative : la transformation économique du pays pourrait venir, au moins en partie, des territoires eux-mêmes, elles devraient être consolidées par une feuille de route nationale privilégiant l’autonomisation des régions et leur ouverture sur les expériences réussies dans d’autres coins de la planète.

Les villes tunisiennes semblent avoir, au demeurant, les moyens de devenir des laboratoires d’innovation économique, où se testent de nouvelles formes d’entrepreneuriat, de tourisme et d’industrialisation. Reste à savoir si ces initiatives isolées pourront, demain, converger pour dessiner les contours d’un nouveau modèle de développement pour la Tunisie.

Auteur

Mohamed Hedi ABDELLAOUI

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