Pain tunisien : un nouveau prix pour réduire le gaspillage ?
Près de 900 000 pains sont jetés chaque jour en Tunisie, soit environ 320 millions par an, représentant une perte estimée à 100 millions de dinars en subventions publiques.
C’est ce qu’a indiqué, lundi 23 février 2026, le député Marwan Zayan, membre du Conseil national des régions et des districts, qui a dénoncé un niveau de gaspillage particulièrement élevé, notamment durant le mois de Ramadan.
Intervenant sur Express Fm, le député a estimé que l’augmentation de la consommation de pain pendant Ramadan s’accompagne d’une mauvaise gestion, transformant une partie importante de cette consommation en gaspillage.
Selon lui, cette situation constitue un crime économique envers les générations futures, en raison du coût élevé du système de subventions supporté par l’État.
Marwan Zayan a aussi précisé que le coût réel d’une baguette est estimé à environ 430 millimes, alors qu’elle est vendue au consommateur à 190 millimes, la différence étant compensée par les finances publiques.
Il a en outre souligné que le manque de certaines pièces de monnaie conduit souvent les consommateurs à payer le pain 200, voire 250 millimes, ce qui complique davantage la question de la tarification.
Face à cette situation, le député a annoncé une proposition de loi visant à réformer le système actuel en supprimant la dualité entre la baguette et le gros pain, au profit d’un produit unique standardisé d’environ 300 grammes, proposé à un prix unifié de 250 millimes.
Ce nouveau pain serait fabriqué à partir de farine complète à taux d’extraction élevé (environ 80 %), afin d’améliorer la qualité nutritionnelle, d’augmenter la durée de conservation et de réduire le gaspillage.
Selon lui, cette réforme permettrait de diminuer les quantités de pain jetées quotidiennement, de réduire la pression sur la caisse de compensation, de limiter les importations de blé tendre et d’améliorer l’équilibre économique des boulangeries.
Sur un autre plan, le député a proposé la création d’un fonds dédié à la souveraineté alimentaire, qui serait financé par les économies réalisées grâce à la réduction du gaspillage et par un ajustement modéré du prix du pain.
“Ce fonds servirait notamment à soutenir les agriculteurs tunisiens, à encourager la production locale de céréales, à moderniser les infrastructures de stockage et à accompagner la transition énergétique des boulangeries.
Une partie des ressources pourrait également être destinée à soutenir les familles à faible revenu à travers un dispositif d’aide ciblée pour l’achat de produits alimentaires de base”, a-t-il expliqué.
Marwan Zayan a par ailleurs suggéré de soumettre cette réforme à un référendum populaire qui pourrait se tenir en même temps que les prochaines élections municipales, afin de garantir une large adhésion citoyenne et de renforcer la légitimité du projet.
Il a enfin souligné que la réforme du système du pain et des subventions nécessite un dialogue national associant pouvoirs publics, experts, organisations professionnelles et société civile, afin de parvenir à une solution équilibrée conciliant impératifs économiques, sociaux et sanitaires, tout en préservant les finances publiques.