Face à la corruption systémique : Kaïs Saïed insiste sur la justice et la réforme
Plus d’un milliard de dinars sont partis en fumée dans onze établissements publics. La Cour des comptes dévoile l’ampleur de la corruption. Kaïs Saïed exige la reddition des comptes pour protéger les droits du peuple.
La Presse — Depuis le début du nouveau quinquennat, le Président Kaïs Saïed a placé la lutte contre la corruption et la reddition des comptes au cœur de son action. S’appuyant sur les rapports de la Cour des comptes, il vise à restaurer transparence et rigueur dans le secteur public, tout en dénonçant les dérives du système partisan et les blocages institutionnels du passé.
La bonne gouvernance dans le secteur public se renforce aujourd’hui grâce à des contrôles accrus, des sanctions effectives et une reddition des comptes quasi systématique. La Cour des comptes occupe désormais un rôle central dans ce processus, assurant transparence, contrôle et réforme. Avant le 21 juillet 2021, l’institution avait subi d’importantes pressions allant jusqu’à la menace de ses membres, notamment durant les élections, et ses rapports n’étaient que partiellement appliqués, parfois neutralisés par des textes adaptés aux intérêts des partis au pouvoir.
Des pertes financières alarmantes
Dans ce contexte, la remise du rapport annuel et de plusieurs rapports sectoriels à Carthage, vendredi 9 janvier 2026, par Mme Fadhila Gargouri, première vice-présidente de la Cour, souligne l’importance de l’institution comme pilier de la reddition des comptes et de la transparence dans la gouvernance.
Les travaux de contrôle ont révélé des défaillances majeures dans la gestion de plusieurs établissements publics. Pour seulement onze structures, les pertes cumulées ont été estimées à près de 1.070 millions de dinars. Parmi les cas les plus marquants figurent la compagnie Tunisair, avec des pertes dépassant 316 millions de dinars, et l’Office de la marine marchande et des ports, dont les pertes avoisinent 291 millions de dinars. Les rapports mettent en évidence le versement de salaires, de primes et d’indemnités sans base légale, ainsi qu’une faiblesse structurelle des mécanismes de contrôle et de suivi.
A cette occasion, le Chef de l’État a mis en avant l’étendue des malversations. Ces chiffres alarmants reflètent «l’ampleur de la dévastation et du sabotage systématique qu’a connus le pays», soulignant la nécessité d’en tirer toutes les conséquences juridiques face à une corruption systémique. «Le peuple est en droit de récupérer l’intégralité de ses fonds.
Les rapports sont importants, mais ce qui l’est davantage encore, ce sont les mesures, effets et résultats juridiques qui doivent en découler», a-t-il martelé. La mise en œuvre concrète de ces mesures dépasse le simple constat, visant une reddition des comptes réelle avec des effets tangibles et durables pour l’ensemble de la nation.
Une refondation institutionnelle en marche
Ces pertes financières ne sont pas de simples erreurs de gestion. Elles reflètent un système politique où les partis ont traité le pays comme une foire d’empoigne, un gâteau à se partager, favorisant réseaux d’intérêts et culture de l’impunité au détriment de l’État et des citoyens, comme l’avait confirmé le Président de la République.
Face à ce constat, il a réaffirmé la nécessité de traduire ces dépassements en décisions judiciaires effectives, rappelant que «les rapports de contrôle, aussi importants soient ils, n’ont de sens que s’ils débouchent sur des mesures concrètes et des décisions judiciaires effectives».
En fait, cette insistance sur les suites judiciaires s’inscrit dans la logique de rupture que Kaïs Saïed défend depuis le 21 juillet, affirmant la cohérence de sa démarche visant la dissolution de l’ARP, institution qui «n’a fait que bloquer et paralyser l’action de la justice et des organes de contrôle».
Le Président a également souligné la nécessité de réviser plusieurs textes législatifs et de s’attaquer aux causes profondes de cette situation, précisant que sa démarche ne vise pas l’instauration de tribunaux d’exception ni de règlements de comptes politiques, mais la consolidation d’une Cour des comptes efficace et d’une justice rapide et équitable dans l’ensemble des juridictions.
En affirmant son attachement à une justice ferme et indépendante, le Chef de l’État inscrit sa démarche dans une logique de refondation institutionnelle plutôt que de confrontation politique, tout en affirmant une rupture nette avec l’ancien système parlementaire et partisan. Depuis le 21 juillet 2021, Kaïs Saïed a placé la lutte contre la corruption et la mise en lumière des dysfonctionnements de l’État au cœur de son projet politique.
La valorisation du rôle de la Cour des comptes traduit en toute logique sa volonté de s’appuyer sur les institutions de contrôle pour démontrer, chiffres à l’appui, l’étendue des dérives de l’ancien système politique.