Un jeune garçon de 13 ans s’est noyé dans les eaux du barrage de Sidi Barrak. L’adolescent s’est rendu sur les lieux avec quelques-uns de ses camarades et ils ont décidé de faire trempette.
Il a plongé et n’est plus remonté. C’est sans doute la première noyade de la saison.
La Presse — Dans la même journée, la municipalité de Sfax a annoncé l’ouverture d’un recrutement par voie contractuelle de 38 maîtres nageurs sauveteurs, hommes et femmes, afin d’assurer la surveillance des plages relevant de son périmètre territorial durant la saison estivale 2026.
Selon un communiqué publié lundi 20 avril, les candidats retenus exerceront leur mission durant la période allant du 15 juin 2026 au 15 septembre 2026.
S’agissant des conditions de candidature, la municipalité précise que les postulants doivent être âgés d’au moins 18 ans à la date de clôture des candidatures, disposer des aptitudes physiques nécessaires à l’exercice des tâches de sauvetage et réussir les épreuves physiques et pratiques organisées par les services de l’Office national de la protection civile.
Mais ce « recrutement » est-il dans les normes d’un pays qui possède 2290 kilomètres de côtes ? En effet, jusqu’à ce jour, tout un chacun aurait affirmé que la longueur du littoral tunisien est de 1300 kilomètres. Toutefois, une nouvelle étude indique qu’il n’en est rien et que le littoral tunisien n’est pas d’une longueur de 1300 kilomètres mais d’une longueur totale de 2290 kilomètres, soit mille de plus !
Le nouveau calcul tient compte, en plus du rivage du continent, des rivages, des îles et îlots, ainsi que des rivages des lagunes littorales et des rivages ajoutés par les ouvrages artificiels tels que les ports, les plages aménagées, etc.
Bien entendu, il n’est nullement question de surveiller tout cet espace, mais d’améliorer la batterie de précautions que l’on prend, au moins sur les plages que l’on fréquente, les piscines publiques et privées, les ports de plaisance, etc.
D’ailleurs les communiqués tels que celui de la Municipalité de Sfax seront bientôt affichés ou paraîtront sur les réseaux sociaux en vue de recruter des maîtres nageurs.
Une profession
Malheureusement, en dépit des multiples accidents qui ont coûté des vies, on n’a pas encore compris que le sauvetage est un métier. Il ne suffit pas de savoir nager, pratiquer des mouvements enseignés dans les cours de formation, pour s’afficher « maître nageur sauveteur ».
Il y a en plus de ces qualités, une expérience qui ne s’acquiert que par l’entraînement régulier et surtout par l’expérience. Il y a une condition physique à entretenir, des mouvements à s’exercer à faire de plus en plus vite, des techniques de réanimation à appliquer en attendant l’arrivée de la Protection civile. C’est la raison pour laquelle, ces occasionnels sont loin de pouvoir effectuer ce travail qui n’est nullement un moyen d’arrondir les fins de mois.
On semble oublier que ce sauveteur expose sa propre vie au danger lorsqu’il s’élance pour sauver un individu en danger de mort. Il faut savoir comment mettre en confiance une personne qui a perdu pied, l’aborder, la contourner, ne pas se laisser enlacer, bref, c’est toute une technique, fruit d’un long travail régulier et en constante progression au niveau des techniques.
Indépendamment de cet aspect, le recrutement devrait se faire au moins trois mois à l’avance pour mettre en condition les candidats retenus, affiner leur technique, affûter leur rapidité d’exécution, etc. Les jeter presque directement dans le bain est un risque qu’il ne faudrait pas prendre. Un maître nageur est un homme. Il sent le danger et dans ces cas, seuls ceux qui ne calculent pas se rendent utiles, forts de leurs capacités, de leur formation et de leur sens du devoir. Il y a ceux qui hésitent alors que la vie tient à un fil…
C’est la différence entre un professionnel et un occasionnel.
En France par exemple, le maître-nageur sauveteur (MNS) est avant tout un professionnel qualifié. Il s’agit d’une profession réglementée qui ne doit pas être confondue avec celle de « surveillant de baignade occasionnel » même si les deux assurent la sécurité. Les MNS doivent valider un certificat de recyclage (Caep-MNS) tous les 5 ans pour maintenir leur aptitude à exercer. Le MNS est un professionnel, souvent fonctionnaire territorial (80% des cas), garant de la sécurité et de l’enseignement aquatique.
Nous en sommes loin et à part ceux qui exercent dans les piscines on a le plus souvent recours à des occasionnels.
Nous savons que quelques municipalités ont adopté ce système et que les maîtres nageurs recrutés ont d’autres occupations hors saisons. Mais il faudrait que cela deviennent automatique dans l’intérêt ….d’un pays touristique qui reçoit des millions de visiteurs. Nos hôtes aussi pourraient commettre la bêtise de vouloir se baigner, sans savoir nager. Avec les courants marins, les dénivellements, on perd facilement pied. Demandez aux spécialistes du tourisme ce que représente la noyade d’un étranger sur une de nos plages, sur les colonnes d’un journal à scandale!
Dans le communiqué, l’âge est fixé au minimum à 18 ans ! Que peut faire un sauveteur à cet âge et quelle expérience possède t-il pour exercer un métier aussi dangereux que sensible, où la responsabilité de bien des parties prenantes est engagée ? Et par voie de conséquence, le tout retombe sur les agents de la protection civile qui ne savent pas où donner de la tête.
Aménager des zones protégées
Nous avions suggéré que pour limiter le risque encouru par les enfants, il faudrait aménager des zones protégées (cela ne coûte rien) où obligatoirement les enfants devraient se rendre pour barboter. On leur apprendra à nager. Il y a des centaines de spécialistes de la natation en chômage qui attendent un poste. En recruter quelques-uns ne constitue en rien un fardeau. Bien au contraire c’est une action sociale et humaniste, surtout que l’objectif est de protéger des enfants.
Ces zones faciles à installer (elles existaient avant l’indépendance !) entourées de simples cordes et étroitement surveillées sont utiles. Des champs d’eau pour éviter des alertes inutiles et pour conforter les moyens de lutte contre les noyades.
Préparer les plages ce n’est nullement se cantonner à les nettoyer. C’est un ensemble de mesures et précautions à prendre pour les transformer en zones protégées, où l’estivant est en sécurité à tous les points de vue.
Nous venons, malheureusement, d’enregistrer assez tôt une noyade. Comme il ne s’agit pas de battre des records, les département ou services intéressés ont intérêt à prendre les décisions qui s’imposent, pour….limiter les dégâts et faire évoluer ce métier.



