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Institutions de paiement en Tunisie : ce qu’il faut savoir sur ce système

  • 25 mars 12:45
  • 5 min de lecture
Institutions de paiement en Tunisie : ce qu’il faut savoir sur ce système

La Tunisie renforce son écosystème des transactions numériques avec l’arrivée d’un nouvel acteur dans le secteur des institutions de paiement.

La Banque centrale de Tunisie (BCT) a récemment accordé une licence définitive à un opérateur de téléphonie mobile pour exercer en tant qu’institution de paiement, portant à seize le nombre d’établissements opérant aujourd’hui sur le marché. Cette évolution illustre la volonté des autorités de développer l’inclusion financière, encore limitée à 40 % de la population, et de faciliter l’accès aux services financiers dans les zones non urbaines.

Des signaux positifs

Les chiffres de l’activité des institutions de paiement en 2025 envoient des signaux positifs sur le développement du paiement numérique. Les transactions réalisées via smartphones ont connu une hausse spectaculaire de 81 %, tandis que la valeur des fonds transférés a augmenté de 59 %, témoignant d’un recours croissant des Tunisiens aux services financiers numériques pour leurs opérations quotidiennes.

Ces institutions opèrent dans un cadre légal précis, défini par la note n°16 de 2018 de la Banque centrale, qui fixe les conditions et les règles de fonctionnement. Elles servent d’intermédiaires entre les commerçants, les prestataires de services et les clients, offrant des services proches de ceux des banques traditionnelles mais avec davantage de flexibilité et un périmètre opérationnel plus large. Leur objectif est double : faciliter les transactions du quotidien et intégrer financièrement les populations qui ne disposent pas de comptes bancaires classiques.

Leur activité repose principalement sur les services de paiement et de transfert, générant la majorité de leurs revenus, ainsi que sur le paiement de factures et le dépôt ou retrait d’argent. Ces opérations se déroulent majoritairement via des applications mobiles, mais les personnes sans smartphone peuvent également accéder aux services en se rendant dans les agences physiques des institutions. Ce système permet un lien direct entre prestataires et clients, tout en posant des questions sur le modèle optimal de régulation : faut-il centraliser les services via un agrégateur de paiement ou laisser chaque institution signer des accords indépendants avec les commerçants ?

Au cœur du dispositif se trouvent les portefeuilles électroniques, qui permettent aux utilisateurs de réaliser l’ensemble de leurs opérations financières depuis leur téléphone ou via des points de vente agréés. L’ouverture de ces portefeuilles repose sur un système de connaissance du client, pouvant être effectué à distance ou en présence physique selon la nature des opérations et les plafonds financiers définis. Cette approche graduelle vise à gagner la confiance des utilisateurs et à les inciter à adopter ces solutions numériques. Les portefeuilles peuvent être alimentés soit par transfert depuis un compte bancaire, soit par dépôt en espèces dans des points agréés, contribuant à une transition progressive vers le paiement électronique et à la réduction de l’usage de l’argent liquide.

Selon les experts en solutions financières digitales, le système contribue à intégrer de nouvelles populations dans l’économie formelle, tout en permettant de réinvestir les fonds conservés dans le circuit électronique, ce qui favorise l’activité économique et la création de nouvelles opportunités. Plus l’argent reste actif dans ces systèmes, plus il peut générer des revenus et soutenir l’investissement.

Trois grandes catégories

Les institutions de paiement se répartissent en trois grandes catégories. La première regroupe celles liées aux banques, utilisant la base client existante et attirant de nouveaux utilisateurs. La seconde concerne les structures orientées vers le microcrédit, qui ciblent artisans et petites entreprises exclues des services bancaires traditionnels, offrant ainsi une porte d’entrée vers l’inclusion financière. La troisième catégorie inclut les opérateurs de téléphonie mobile, bénéficiant d’un avantage concurrentiel grâce à une base de clients préexistante, leur permettant d’acquérir plus facilement de nouveaux utilisateurs.

Malgré ce potentiel prometteur, des défis subsistent, notamment en matière de tarification. Les transactions inférieures à 15 dinars sont exonérées de frais afin d’encourager l’usage du mobile, mais cela limite les revenus des institutions, surtout lorsque les utilisateurs fractionnent leurs paiements pour éviter les frais. Néanmoins, les avantages pour les commerçants restent significatifs : moins de manipulation d’argent liquide, sécurisation des fonds et simplification des dépôts bancaires.

Il est aussi à noter que le secteur des transferts d’argent reste le plus rentable, en particulier grâce à la rétention des fonds dans les portefeuilles électroniques, qui permet de générer des revenus proportionnels au volume des transactions. En 2025, plus de 8,4 millions d’opérations ont été effectuées, pour une valeur totale de 1 769 millions de dinars. La répartition des transactions montre que 62 % concernent les paiements, 21,2 % les transferts, 11,7 % les dépôts et 4,7 % les retraits. À ce jour, 469 000 portefeuilles électroniques ont été ouverts, un chiffre encore faible par rapport au potentiel du marché, soulignant les défis à relever pour stimuler l’adoption et renforcer l’inclusion financière.

Ainsi, si les institutions de paiement se développent rapidement, leur impact sur l’économie tunisienne pourrait être majeur : elles favorisent l’accès au numérique, sécurisent les transactions et intègrent de nouvelles populations dans le circuit économique officiel, tout en créant des opportunités d’investissement et en renforçant la stabilité financière nationale.

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Auteur

R. I

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