Longtemps considéré comme un simple héritage culturel, le patrimoine alimentaire tunisien est aujourd’hui identifié par les experts comme un levier économique sous-exploité. Du makroud de Kairouan au kaak de Zaghouan, en passant par l’huile d’olive et les recettes traditionnelles, ces produits combinent histoire, savoir-faire artisanal et ingrédients naturels de qualité, offrant un potentiel commercial et touristique considérable.
Dans le monde moderne, la consommation ne se limite plus aux calories : les consommateurs occidentaux recherchent des expériences, des histoires et des identités culturelles. À ce titre, des produits comme le Makroud ou la Jebba tunisienne peuvent devenir des marques premium à l’export si elles sont accompagnées d’un marketing efficace et d’une narration solide sur leur origine.
L’Italie fournit un exemple concret de cette stratégie. La pizza napolitaine, inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, génère plusieurs milliards d’euros par an, accompagnée de produits connexes tels que la mozzarella et les pâtes. Ce succès repose autant sur la qualité du produit que sur la valorisation de son histoire et de son identité. De son côté, la Tunisie possède l’ingrédient historique : le blé dur et l’olivier, cultivés depuis l’époque carthaginoise et transmis dans la Méditerranée, ont contribué aux bases de la gastronomie italienne.
Aujourd’hui, les ingrédients utilisés dans les spécialités tunisiennes traditionnelles, comme la datte, le sésame, l’huile d’olive et le semoule, sont considérés comme des super-aliments par les marchés occidentaux. Cette tendance offre une opportunité unique de positionner les produits tunisiens comme des articles de luxe, au même titre que le chocolat suisse ou les pâtisseries françaises, tout en mettant en avant leur authenticité culturelle.
Pour transformer ce potentiel en valeur économique tangible, les experts recommandent plusieurs axes : un packaging haut de gamme, des récits historiques et culturels intégrés, et la création de marques fortes à l’international. L’exemple de marques comme Lindt, qui ne vend pas seulement du chocolat mais une histoire et un style de vie, démontre que la valeur ajoutée réside autant dans la narration que dans le produit lui-même.
Le défi, selon les spécialistes, n’est pas technique mais mental : il s’agit de changer la perception des produits traditionnels. Plutôt que de les voir comme des articles bon marché ou artisanaux, la Tunisie pourrait les promouvoir comme des produits luxueux, exportables et culturellement authentiques. Imaginez un Makroud de Kairouan vendu dans des rues prestigieuses comme l’avenue des Champs-Élysées ou Oxford Street, accompagné de son histoire et de sa valeur nutritionnelle.
Le patrimoine culinaire tunisien peut ainsi devenir un actif économique stratégique, générant des revenus significatifs et renforçant l’identité culturelle du pays. Le potentiel est là ; il ne reste qu’à mobiliser les investisseurs, les marketeurs et les artisans autour d’une vision commune : transformer l’histoire et le goût en succès économique.



