Ce n’est pas encore une vague, mais c’est désormais une tendance mesurable. Parmi les indicateurs qui ressortent d’une étude publiée par Anthropic, laboratoire américain d’intelligence artificielle, l’un retient particulièrement l’attention : dans les secteurs les plus exposés à l’automatisation, le recrutement des 22-25 ans a reculé d’environ 14 %.
Aucune montée du chômage n’est pour autant enregistrée aux États-Unis depuis l’irruption de l’IA générative fin 2022, mais les signaux d’une adaptation silencieuse des employeurs se font jour.
Pour parvenir à ces conclusions, la société, qui développe des modèles génératifs en concurrence directe avec OpenAI et Google DeepMind, a construit un outil de mesure inédit baptisé « observed exposure ».
Plutôt que d’évaluer ce que l’IA pourrait théoriquement prendre en charge, cet indicateur quantifie ce qu’elle accomplit réellement dans des environnements professionnels.
L’écart entre les deux dimensions est considérable : dans le domaine de l’informatique et des mathématiques, 94 % des tâches sont jugées automatisables en théorie, mais seules 33 % le sont dans les faits.
Le classement des professions les plus touchées place les développeurs informatiques en tête, avec 74,5 % de leurs tâches déjà couvertes par des modèles d’IA. Ils devancent les agents de service client, dont 71,1 % des activités relèvent du même constat.
À l’autre extrémité du spectre, les métiers exigeant une présence physique, à l’image des maîtres-nageurs, mécaniciens ou cuisiniers, demeurent structurellement à l’écart de cette dynamique.
Les emplois les mieux rémunérés, paradoxalement les plus exposés
L’étude dessine par ailleurs un profil socio-économique précis des catégories les plus concernées : des actifs généralement plus qualifiés, à prédominance féminine, dont les rémunérations dépassent en moyenne de 47 % celles des professions les moins touchées.
Ce sont donc, paradoxalement, les emplois les mieux dotés qui concentrent aujourd’hui l’essentiel de l’exposition à l’automatisation.