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Sevrage tabagique : le Ramadan, un « mois magique » pour arrêter de fumer

  • 15 janvier 18:02
  • 5 min de lecture
Sevrage tabagique : le Ramadan, un « mois magique » pour arrêter de fumer

Le mois de Ramadan représente une occasion unique pour entamer un sevrage tabagique, affirme Dr Donia Gharbi, médecin en santé publique et tabacologue, qui intervenait sur les ondes de RTCI le 15 janvier 2026.

Lors de son intervention radiophonique, la spécialiste a présenté l’approche adoptée dans sa consultation, qu’elle décrit comme particulièrement efficace auprès de tous les publics, jeunes comme moins jeunes, hommes comme femmes. La consultation repose sur deux piliers complémentaires. D’abord, le volet thérapeutique avec les substituts nicotiniques, mis à disposition par le ministère de la Santé. Ensuite, et surtout, le suivi cognitivo-comportemental, qui constitue le cœur de la démarche.

« Le but, c’est comment changer, modifier nos habitudes. L’habitude est une deuxième nature, c’est sortir de sa zone de confort », explique Dr Gharbi. La difficulté majeure réside dans la rupture avec les gestes automatiques : « Cette façon de ramener la main et de tirer la cigarette, ça prend des mois pour ne pas dire des années. »

Une addiction tenace

Pour illustrer la persistance de cette dépendance, la médecin relate l’anecdote d’un patient venu la voir après deux ans de sevrage complet. « Il m’a raconté qu’il cherchait encore dans ses poches son paquet de cigarettes et son briquet, par réflexe », témoigne-t-elle. Cette histoire démontre à quel point le tabagisme reste « bien ancré dans le cerveau ».

Dr Gharbi compare la relation au tabac à « une relation d’amour très intense ». « Arrêter le tabac, c’est comme faire le deuil de quelque chose. On y va, on y revient, ça vient, ça va », souligne-t-elle.

La volonté et l’entourage, clés du succès

La tabacologue insiste sur l’importance de la volonté personnelle, mais recommande vivement de ne pas affronter seul cette épreuve. « Commencez le sevrage avec quelqu’un de votre entourage : un proche, un collègue, votre conjoint. C’est bien d’être ensemble, de se motiver », conseille-t-elle. Les enfants jouent également un rôle crucial dans la motivation de leurs parents, car « ils apprennent à l’école et jouent un rôle très important ».

Dr Gharbi explique que « la mémoire retient tout, elle n’efface rien. Elle s’habitue juste, elle s’adapte, et le temps fait le reste. »

Un appel aux fumeurs et aux professionnels de santé

S’adressant directement aux fumeurs, la médecin lance un message d’encouragement : « On est là pour vous épauler, pour vous conduire sur cette longue voie qu’est le tabagisme. » Elle invite ceux qui n’ont jamais entendu parler des structures spécialisées à se renseigner auprès de leur médecin ou de tout professionnel de santé rencontré.

Dr Gharbi adresse également un appel pressant à ses collègues du secteur médical : « Il faut que toute notre grande famille de la santé, pas seulement les médecins mais tous les professionnels, pose systématiquement la question : est-ce que vous fumez ? Si oui, est-ce que vous voulez arrêter ? » Selon elle, chaque patient représente « un fumeur potentiel » à qui transmettre cette information vitale.

Sept idées reçues démontées

Dr Gharbi a déconstruit plusieurs mythes tenaces sur le tabagisme. Elle affirme que la chicha est tout aussi dangereuse que la cigarette, puisqu’elle équivaut à deux paquets de cigarettes et que la fumée n’est nullement filtrée par l’eau. Concernant la prise de poids après l’arrêt, la spécialiste considère cette crainte comme une excuse fréquente, l’arrêt permettant au contraire de pratiquer du sport et de retrouver une meilleure santé globale.

Elle réfute également l’idée selon laquelle arrêter ne servirait plus à rien après des décennies de tabagisme, insistant sur le fait qu’il vaut mieux vivre moins longtemps en bonne santé que de nombreuses années avec des maladies et un handicap. La médecin met en garde contre la croyance que fumer uniquement le soir pendant le Ramadan serait inoffensif, les fumeurs consommant en réalité davantage après la rupture du jeûne.

Sur la cigarette électronique, Dr Gharbi rappelle que l’Organisation mondiale de la santé a confirmé sa dangerosité, tous les produits du tabac partageant la nicotine comme dénominateur commun et contenant des substances nocives pour la santé cardiovasculaire et pulmonaire. Si la volonté personnelle peut parfois suffire pour arrêter, l’accompagnement médical reste préférable pour un sevrage serein.

Enfin, la tabacologue souligne que réduire simplement le nombre de cigarettes ne protège pas la santé, la dangerosité résidant dans la durée d’exposition : fumer peu mais longtemps serait plus nocif que fumer beaucoup sur une courte période, le facteur temps étant déterminant.

Le Ramadan, une opportunité à saisir

Dr Gharbi y voit « un rendez-vous, un cadeau que la providence a mis sur notre chemin. C’est un mois magique. Profitez-en pour entamer un sevrage. Négociez bien ces 6, 7, 8 heures de jeûne. Venez vers nous, on vous guide. »

La médecin conclut en rappelant l’enjeu financier du tabagisme et le fait que « la nicotine est puissante, même plus puissante que le reste des facteurs addictifs », mais que des solutions médicales existent pour accompagner les fumeurs dans leur démarche.

Auteur

S. M.

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