La violence en Tunisie a franchi un seuil critique et ne peut plus être considérée comme un simple phénomène passager. C’est l’alerte lancée par le chercheur en sociologie Sami Nasr, mardi. Selon lui, le pays est entré dans une phase plus dangereuse, marquée par l’émergence d’une véritable culture de la violence.
Le sociologue explique, lors de son passage sur Diwan Fm, que la violence s’est généralisée à l’ensemble des espaces de la vie sociale et concerne désormais toutes les catégories sociales, sans distinction. “Elle ne se limite plus aux comportements physiques, mais s’est étendue à notre langage, à nos expressions quotidiennes et à nos rapports sociaux”, souligne-t-il, estimant que cette normalisation constitue l’un des signaux les plus alarmants.
Une violence ancienne mais insuffisamment prise en charge
Évoquant le récent drame survenu dans un établissement scolaire du gouvernorat de Monastir, où un élève a perdu la vie après avoir été poignardé, Sami Nasr rappelle que ce type d’incident n’est pas inédit. “Ce genre de faits s’est déjà produit à plusieurs reprises par le passé”, affirme-t-il, regrettant l’absence de réponses structurelles à la hauteur de la gravité du phénomène.
Selon le chercheur, l’alerte aurait dû être donnée depuis longtemps. Dès 2004, des chiffres qualifiés de “très préoccupants” faisaient état d’une montée des agressions et des violences en milieu scolaire. Pourtant, ajoute-t-il, ces indicateurs n’ont pas été suivis de politiques publiques durables capables d’endiguer la spirale de la violence.
Pour Sami Nasr, des solutions existent néanmoins. Il estime que la maîtrise de la violence passe en grande partie par le renforcement des institutions de proximité, telles que les maisons de la culture, les maisons de jeunes, les établissements scolaires, les mouvements scouts et les structures éducatives et associatives locales.
Toutefois, il déplore que ces institutions aient progressivement perdu leur rôle d’encadrement et de prévention. “Elles ne sont plus proches de nos enfants”, affirme-t-il, pointant du doigt un mode de fonctionnement dépassé, encore marqué par une mentalité héritée des années 1970, peu adaptée aux réalités sociales et culturelles actuelles.
Face à l’ampleur du phénomène, le sociologue appelle implicitement à une refonte profonde des politiques éducatives, culturelles et sociales afin de freiner l’ancrage durable de la violence dans la société tunisienne.