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Patrimoine en lumière – La charfiya : Une technique de pêche traditionnelle qui défie le temps

  • 16 avril 2026
  • 3 min de lecture
Patrimoine en lumière – La charfiya : Une technique de pêche traditionnelle qui défie le temps

À quelques milles au large de Sfax, à environ 20 kilomètres des côtes, l’archipel de Kerkennah s’éveille lentement. À l’aube, la mer est presque vide. Seules quelques silhouettes de pêcheurs viennent troubler la quiétude du paysage.

Au loin, des alignements de palmes émergent de l’eau : les charfiyas, discrètes mais profondément ancrées dans l’histoire de l’île.

La PresseÀ Kerkennah, la charfiya ne se contente pas de capturer le poisson. Elle raconte une manière d’être au monde, fondée sur l’équilibre, la patience et le respect de la mer. Un patrimoine discret, mais profondément enraciné, qui continue de défier le temps.

Derrière ces lignes fragiles se cache un savoir-faire ancien, façonné par des générations de pêcheurs. La charfiya est un héritage de père en fils. Elle commence sur la terre ferme, bien avant de prendre forme en mer.

Les palmes de palmier, soigneusement sélectionnées, sont séchées puis assemblées pour constituer de longues cloisons végétales. Ce matériau, à la fois souple et résistant, est au cœur de cette architecture maritime.

Une fois en mer, le travail prend une autre dimension. Les pêcheurs, souvent en groupe, procèdent à l’installation des pieux qu’ils enfoncent dans les fonds marins. Ce patient chantier peut durer plusieurs jours, parfois davantage, selon l’étendue de la charfiya et les conditions météorologiques. Chaque palme est fixée avec précision, chaque alignement est réfléchi. L’ensemble forme un dispositif en éventail qui guide naturellement les poissons vers des zones de capture.

L’orientation de la charfiya est un élément déterminant. Elle dépend des courants marins, des vents dominants et des habitudes des espèces. Ici, l’expérience remplace les instruments modernes.

Les pêcheurs lisent la mer comme un livre ouvert, interprétant ses signes pour adapter leurs installations.

Le calendrier d’installation répond lui aussi à une logique bien établie. Traditionnellement, les charfiyas sont mises en place à la fin de l’été ou au début de l’automne, lorsque la mer devient plus stable.

Elles restent actives durant toute la saison de pêche, jusqu’au printemps. Ce rythme saisonnier permet de préserver les ressources halieutiques, en respectant les périodes de reproduction.

Ce mode de pêcherie fixe est reconnu à l’échelle internationale et inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. La charfiya demeure avant tout une pratique vivante.

Elle continue de structurer la vie sociale de l’archipel, mobilisant familles et communautés autour d’un héritage commun. Espérons que les jeunes pêcheurs de l’archipel protégeront et sauvegarderont cette méthode traditionnelle.

 

Auteur

Samira Hamrouni

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