L’Indice de perception de la corruption (IPC), publié chaque année par l’ONG Transparency International, demeure la référence mondiale pour évaluer la corruption dans le secteur public. Cet indicateur classe les pays sur une échelle de 0 à 100, allant de « très corrompu » à « très transparent ».
Dans son dernier classement, la Tunisie occupe la 91e place sur près de 180 pays, un positionnement qui la situe dans la moyenne basse à l’échelle mondiale. Le pays se retrouve ainsi derrière plusieurs États du Golfe et certaines démocraties, tout en conservant une avance sur plusieurs pays africains et arabes.
Au-delà du classement, la tendance des dernières années interpelle. Le score tunisien stagne autour de 39 à 40 points, traduisant une absence de progrès significatif. Cette situation met en évidence des efforts encore insuffisants dans la lutte contre la corruption et souligne la persistance de défis structurels qui freinent toute amélioration durable.
S’exprimant sur ce sujet, le député à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) et membre de la commission de l’organisation de l’administration, de la numérisation et de la lutte contre la corruption, Badreddine Gammoudi, a affirmé ce vendredi 20 février 2026 que le maintien de la Tunisie au même rang dans l’Indice de perception de la corruption (IPC) pour 2025 traduit une stagnation réelle dans la lutte contre ce fléau. Il a plaidé pour une révision en profondeur du cadre législatif et institutionnel.
Lors de son intervention dans l’émission Expresso, il a rappelé que l’indice publié par Transparency International repose sur plusieurs critères clés, notamment la propagation des pots-de-vin, le détournement de fonds publics, l’abus de pouvoir, le népotisme dans les nominations ainsi que le niveau de protection juridique accordé aux lanceurs d’alerte. Il a jugé inacceptable l’absence de progression de la Tunisie, malgré un arsenal juridique étoffé depuis 2011, censé améliorer le classement du pays.
Le député a également pointé du doigt la fermeture de Instance Nationale de Lutte contre la Corruption, estimant qu’aucune alternative crédible n’a été mise en place. Selon lui, cette instance, malgré ses limites, offrait une protection minimale aux lanceurs d’alerte. Sa disparition aurait entraîné une baisse notable des signalements, dans un contexte où les dénonciateurs s’exposent désormais à des poursuites judiciaires ou à des formes d’exclusion professionnelle.
Sur le plan des solutions, Badreddine Gammoudi considère que le problème ne réside pas tant dans l’absence de lois que dans leur faible application. Il s’est interrogé sur l’effectivité de la loi sur l’enrichissement illicite et a appelé à une révision de textes majeurs, notamment le code des marchés publics.
Il a en outre insisté sur le rôle central de la numérisation, qu’il considère comme un levier concret pour réduire la corruption en limitant les interactions directes entre usagers et l’administration. Toutefois, il relève l’existence de résistances au sein de certaines structures administratives, où la digitalisation est perçue comme une menace pour des réseaux d’influence informels.