La question du pain subventionné s’impose de nouveau au cœur du débat public en Tunisie, alimentant une réflexion plus large sur la crédibilité des politiques publiques et la relation entre l’État et les citoyens.
Dans une publication largement relayée sur les réseaux sociaux, le politologue et analyste, Sami Jallouli, estime que la réforme envisagée de la composition du pain illustre un “désordre structurel” dans la conduite des politiques économiques et sociales.
Selon lui, plusieurs réformes récentes, allant de la réglementation des chèques à la facture électronique, en passant par les mécanismes de paiement et les subventions, souffriraient d’un manque de concertation et de maturité dans leur conception, générant une perte de confiance entre décideurs et citoyens.
Une réforme perçue comme économique plus que sanitaire
Au cœur de la polémique figure la décision de modifier la composition du pain en y ajoutant du son, officiellement justifiée par des considérations de santé publique. Si cette justification n’est pas remise en cause sur le plan scientifique, Sami Jallouli estime toutefois que les motivations économiques liées à la réduction du coût des subventions seraient déterminantes.
Dans son analyse, il considère que l’État agit davantage comme un gestionnaire de dépenses publiques cherchant à réduire la charge des subventions que comme un acteur exclusivement guidé par des impératifs sanitaires. Il critique également une communication publique qui, selon lui, chercherait à “dresser une contrainte financière sous un discours sanitaire”.
L’analyste estime par ailleurs que le débat ne porte pas uniquement sur la composition du produit, mais sur l’équilibre global entre prix, qualité et accessibilité. Il soutient qu’une partie des consommateurs serait prête à payer un prix plus élevé pour un pain de meilleure qualité, à condition que le système garantisse transparence et régularité d’approvisionnement.
Il met en outre en avant une contradiction du système actuel, estimant que de la farine subventionnée est parfois utilisée dans des produits de pâtisserie vendus à des prix élevés, ce qui alimente, selon lui, un sentiment d’iniquité.
Trois pistes de réforme avancées
Dans sa publication, Sami Jallouli propose plusieurs pistes de réforme structurelle du système du pain et des subventions. Il recommande notamment : un meilleur ciblage de la farine subventionnée, avec une identification claire et un renforcement du contrôle numérique de la chaîne de production, du moulin jusqu’à la boulangerie, une réorientation des ressources publiques vers le soutien à la production agricole locale, notamment le blé tendre et dur, afin de renforcer la souveraineté alimentaire et une revalorisation culturelle du pain, qu’il propose de considérer comme un élément du patrimoine culinaire, incluant la création d’une école nationale des métiers du pain et l’organisation de concours dédiés à la baguette tunisienne.
Au-delà des aspects techniques et économiques, l’analyste conclut que la crise du pain en Tunisie reflète avant tout une “crise de confiance” entre l’État et les citoyens. Il estime que toute réforme durable devra reposer sur la transparence, la concertation et une reconnaissance accrue du rôle du consommateur dans les choix publics.
Selon lui, seule une approche fondée sur la clarté des décisions, la qualité des produits et le respect du citoyen pourrait permettre de dépasser les tensions récurrentes autour des politiques de subvention.



