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Société

De l’assistance sociale à l’Intelligence Artificielle : Le nouveau visage de la solidarité tunisienne en France

  • 7 avril 21:53
  • 4 min de lecture
De l’assistance sociale à l’Intelligence Artificielle : Le nouveau visage de la solidarité tunisienne en France

Lors de son intervention sur les ondes de la radio nationale, Mohamed Ben Khaled, président de la section Aquitaine de l’Association des Tunisiens en France (ATF), revient sur plus de quarante ans d’action associative. Entre aide à la régularisation, médiation sociale et mobilisation de l’élite scientifique de la diaspora, il dessine les contours d’une structure qui refuse l’assistanat au profit d’un accompagnement digne et tourné vers l’avenir.

Le responsable associatif rappelle que l’Association des Tunisiens en France bénéficie d’un maillage national, mais qu’il dirige spécifiquement la branche de l’Aquitaine, une région qui se distingue par sa vaste étendue géographique. Fondée en 1984, l’ATF est l’une des organisations les plus anciennes de l’Hexagone. Mohamed Ben Khaled explique qu’en 1997, une évolution stratégique a mené à la création d’une structure sœur, L’association du lien Interculturel Familial et Social ( ALIFS). Cette dernière, née pour s’adapter aux changements des politiques de subventions françaises, fonctionne aujourd’hui comme un opérateur juridique et culturel majeur à Bordeaux. Si l’ALIFS emploie 42 salariés spécialisés dans le droit des étrangers pour toutes les nationalités, la section Aquitaine de l’ATF conserve sa spécificité dédiée exclusivement aux ressortissants tunisiens.

Le président de l’association détaille les services quotidiens offerts, allant des consultations juridiques sur les lois de l’immigration au droit du travail. Il note une forte sollicitation des personnes dont la situation administrative n’est pas régularisée. À ce propos, il adresse un message de prévention aux jeunes Tunisiens : si l’Europe a besoin de main-d’œuvre, l’expatriation sans diplôme ni métier est un parcours épuisant. Il préconise vivement l’acquisition d’une qualification technique, citant les métiers de plombier, électricien, marin-pêcheur ou ouvrier du bâtiment, comme des gages de réussite et de régularisation plus rapide.

Sur le plan social, l’association collabore étroitement avec l’Office des Tunisiens à l’Étranger (OTE) et son responsable à Bordeaux, Abdelaziz Sebai. Cette synergie permet de traiter des dossiers complexes tels que les litiges avec les propriétaires immobiliers, les conflits familiaux ou les querelles de succession. Le responsable associatif insiste sur la gratuité totale de ces médiations, organisées deux fois par mois dans les locaux mis à disposition par l’OTE.

L’émergence d’une diaspora de haute compétence

Observateur privilégié de l’immigration depuis 45 ans, Mohamed Ben Khaled souligne la mutation profonde du profil des Tunisiens résidant en France. Il observe l’émergence d’une nouvelle génération composée de médecins, d’ingénieurs et de cadres dont les besoins diffèrent des vagues précédentes. Pour répondre à cette évolution, l’association a structuré des pôles de réflexion, notamment un pôle dédié à l’Intelligence Artificielle dirigé par le Professeur Mohamed Mesbah. Ce groupe de travail réunit régulièrement des experts par visioconférence afin de réfléchir à la manière de mettre leurs compétences au service de leur pays d’origine.

À cet égard, il annonce une rencontre majeure pour le 11 avril 2026, associant des universitaires comme le Pr Mohamed Hédi Bedoui de la Faculté de médecine de Monastir et le doctorant Aymen Chaouch. Ce projet vise la création d’applications numériques innovantes destinées à moderniser le secteur de la santé en Tunisie, illustrant une volonté de « rendre au pays » l’éducation reçue.

Redonner à la Tunisie : des soins médicaux aux projets pour la jeunesse

Le responsable associatif revient sur des actions marquantes de l’organisation, notamment la prise en charge en 2012 de dix blessés de la Révolution. Ces derniers ont été transférés à Bordeaux pour subir des interventions chirurgicales lourdes et recevoir des prothèses, le tout financé par l’association en partenariat avec des médecins locaux. Mohamed Ben Khaled précise que ces interventions sont vécues comme des « cadeaux » fraternels plutôt que des aides, une nuance sémantique importante pour préserver la dignité des bénéficiaires.

Enfin, l’avenir de la nouvelle génération est au cœur des priorités avec le lancement de projets de colonies de vacances. En collaboration avec l’Association Tunisienne pour le Développement Humain et la Formation, l’ATF Aquitaine prévoit d’organiser des camps d’été en Tunisie et des échanges en France dès les vacances d’automne 2026. Malgré plus de quatre décennies passées en France, Mohamed Ben Khaled affirme que son engagement reste guidé par un lien indéfectible avec sa patrie, travaillant sans relâche avec le tissu associatif tunisien pour maintenir ce pont entre les deux cultures.

Auteur

S. M.

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