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« La liberté en acte », documentaire de Hichem Ben Ammar : Un excellent plaidoyer contre le racisme

  • 22 avril 2026
  • 4 min de lecture
« La liberté en acte », documentaire de Hichem Ben Ammar : Un excellent plaidoyer contre le racisme

Une Histoire chargée d’idées reçues d’une communauté qui se sent marginalisée et victime de discrimination. Richement documenté, «La liberté en acte» signé Hichem Ben Ammar explore, avec sincérité et sans artifice, cette communauté en donnant la parole à des universitaires qui portent un regard scientifique sur le sujet.

La Presse —Un remarquable documentaire «La liberté en acte» de 60 minutes sera projeté dans le cadre de la 8e édition du Festival Gabès Cinéma Fen (26 avril-2 mai 2026) et donnera la parole à ceux qui en sont souvent privés : les Tunisiens de couleur, mais aussi aux historiens et experts de la question de la ségrégation raciale en Tunisie.

Bien que ce documentaire soit institutionnel, —une production de 5/5 Productions—, l’Académie des sciences et des arts-Beit El Hikma, avec le soutien de l’Unesco, narre l’histoire chargée d’idées reçues d’une communauté qui se sent marginalisée et victime de discrimination. Pourtant, la Tunisie est le premier pays arabo-musulman a avoir aboli l’esclavage en 1846 lors du règne d’Ahmed Bey.

Malgré cet exploit, la communauté noire continue à subir le rejet dans un contexte politique marqué par la réprobation, les attaques verbales véhémentes et les préjugés. Richement documenté, «La liberté en acte» signé Hichem Ben Ammar explore avec sincérité et sans artifice, dans la première partie,  cette communauté en donnant la parole à des universitaires qui portent un regard scientifique sur le sujet :  Mabrouk Manaï, Taoufik Ben Ameur, Moncef Abdeljalil, Abdelhamid Henia, Mohamed Jouili, Abdelhamid Larguèche, Mohamed El Kadhi, Hédi Abdeljaoued, Amel Grami, Hasna Ben Hassana (avocate) et des membres de la famille de la militante Hlima El Zaima qui font, chacun selon sa spécialité, un rappel de l’histoire douloureuse de la traite des Noirs et les brimades endurées à travers les époques.

Dans la seconde partie, des militants et artistes de couleur : Anis Chouchane (poète), Ammani Harabi (chanteuse), Salah Barka (styliste), Karim Touayma (danseur contemporain) s’exprimeront sur leur condition actuelle qu’ils jugent difficile. Depuis leur tendre enfance, tous décrivent les moments vécus avec amertume où ils ont réalisé, dans le regard des autres, qu’ils étaient avant tout des «Noirs» (Zinj) et que cette particularité véhiculait de fausses croyances : Anis Chouchane raconte que l’enseignante ne l’appelait pas par son nom mais utilisait un surnom raciste. Enfant, il a été marqué par cette discrimination.

Un autre protagoniste a mené un combat pour changer son patronyme. «Atig» (affranchi), «Chouchan», «Msellam», «Guizani», «Oussif» ou encore «Kahlouch» sont autant de vocables racistes utilisés à l’adresse de ces Tunisiens de couleur. «La discrimination raciale n’est pas seulement un héritage du passé, mais une réalité toujours active dans l’inconscient collectif», souligne Hichem Ben Ammar.

Le documentaire à la fois historique, anthropologique et social réalisé en noir et blanc remonte aux origines de l’esclavage en Tunisie. Hichem Ben Ammar a puisé scrupuleusement dans les archives suivant les traces de la traite négrière et de la colonisation qui a beaucoup contribué à montrer les Noirs comme des sauvages, exploitant leur force physique dans des tâches difficiles, notamment dans le domaine agricole et le bâtiment, les considérant comme inaptes aux rôles intellectuels.

Ces préjugés sont encore présents de nos jours. D’ailleurs, les Noirs sont totalement absents dans les médias et la sphère politique. Jamila Ksiksi est la première et l’une des rares femmes noires députée à l’Assemblée nationale du peuple. Après sa mort, on ne retrouve aucun député dans l’hémicycle du Parlement.

Hichem Ben Ammar a réussi à traiter ce documentaire institutionnel comme une œuvre féconde, un travail de mémoire dans lequel il a donné le temps de parole aux interlocuteurs, leur permettant d’exprimer leurs chagrins, leurs humiliations et leur colère vécus à l’école ou sur leurs lieux de travail et même dans la rue. Au-delà de son aspect didactique, le documentaire nous met face à nos contradictions et étroitesse d’esprit et tente de donner forme au mutisme.

Son auteur le qualifie comme «un film à caractère pédagogique de longue portée». Le choix narratif en deux parties et l’utilisation du noir et blanc comme matière de mémoire ainsi que le cadre et les mouvements de la caméra nous rappellent un cinéma ancré dans les origines qui remonte aux Frères Lumière. «La liberté en acte» vaut aussi bien par son traitement esthétique que par sa valeur thématique.

Auteur

Neila GHARBI

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