La hausse des prix de l’énergie sur les marchés internationaux pourrait avoir des répercussions directes et indirectes sur l’économie tunisienne, notamment sur le budget de l’État, l’inflation et la balance commerciale, a averti l’économiste et expert financier Moez Hdidane, lundi 9 mars 2026.
Intervenant sur les ondes d’Express Fm, l’expert a expliqué que la loi de finances 2026 a été élaborée sur la base d’une hypothèse de 63,3 dollars le baril de pétrole, avec une enveloppe d’environ 5 milliards de dinars consacrée aux subventions de l’énergie, un montant inférieur à celui de l’année précédente. Toutefois, l’évolution récente des marchés internationaux pourrait remettre en question ces prévisions.
Selon Hdidane, le prix moyen du pétrole depuis le début de l’année jusqu’au 8 mars s’élève à environ 68 dollars le baril, soit une hausse d’environ 5,5 dollars par rapport à l’hypothèse retenue dans le budget. Une telle différence pourrait entraîner un coût supplémentaire pour l’État estimé entre 900 millions et 1 milliard de dinars.
Plusieurs scénarios possibles
L’expert a également évoqué plusieurs scénarios concernant l’évolution des prix du pétrole au cours de l’année. Si le baril se stabilise autour de 80 dollars durant le reste de l’année, la moyenne annuelle pourrait atteindre près de 78 dollars, soit 14,7 dollars de plus que le prix prévu dans la loi de finances.
Dans ce cas, le coût de la subvention énergétique pourrait augmenter d’environ 2,4 milliards de dinars, soit une hausse de près de 25 % par rapport au budget initial.
Dans un scénario plus pessimiste, avec un baril atteignant 90 dollars, la moyenne annuelle pourrait avoisiner 86 dollars, ce qui pourrait coûter à l’État près de 3,7 milliards de dinars supplémentaires, soit plus de 50 % du budget de subventions prévu pour l’énergie.
Deux options pour l’État
Face à cette situation, la Tunisie pourrait être amenée à choisir entre deux options principales, selon Hdidane : absorber la hausse du coût des subventions afin de maintenir les prix actuels sur le marché local, ce qui entraînerait une augmentation du déficit budgétaire ou activer le mécanisme d’ajustement automatique des prix des carburants et répercuter une partie de la hausse sur les consommateurs.
L’expert a rappelé que la dernière activation de ce mécanisme remonte à novembre 2022, et que les prix des carburants n’ont pas été révisés depuis.
Sur un autre plan, Moez Hdidane a mis en garde contre les risques d’inflation importée, soulignant que l’augmentation des prix de l’énergie sur les marchés internationaux pourrait se répercuter sur les prix à la consommation en Tunisie.
Il a précisé que la facture des importations énergétiques de la Tunisie a atteint environ 13 milliards de dinars en 2025. Si les prix élevés persistent, elle pourrait atteindre près de 17 milliards de dinars, soit une hausse d’environ 4 milliards de dinars du déficit de la balance commerciale énergétique.
Par ailleurs, la hausse des coûts de l’énergie en Europe pourrait également affecter l’économie tunisienne, notamment à travers l’augmentation des prix des produits importés ou une baisse de la demande européenne pour les exportations tunisiennes, ce qui accentuerait les pressions sur la balance commerciale et les réserves en devises.
Face à ces défis, l’expert a insisté sur la nécessité de renforcer la souveraineté énergétique de la Tunisie, appelant à accélérer les investissements dans les énergies renouvelables afin de réduire la dépendance aux marchés internationaux.
Selon lui, le développement de ce secteur constitue l’une des solutions stratégiques pour protéger l’économie tunisienne contre les fluctuations des prix de l’énergie, particulièrement dans un contexte marqué par des tensions géopolitiques et une forte volatilité des marchés énergétiques mondiaux.