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Oluranti Doherty, directrice du développement à l’export chez Afreximbank : “Chaque décès évité avant 45 ans équivaut à des décennies de production”

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  • 4 mars 11:00
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Oluranti Doherty, directrice du développement à l’export chez Afreximbank : “Chaque décès évité avant 45 ans équivaut à des décennies de production”

À l’occasion du forum organisé par Roche sur l’avenir de la santé en Afrique “Africa Press Day 2026”, organisé cette année au Kenya sous le thème “La santé : quelle valeur ?”, Oluranti Doherty, directrice du développement à l’export chez Afreximbank, a dressé un constat clair : la santé n’est plus un simple enjeu social, mais un véritable levier de prospérité économique pour le continent. Intervenant en ligne devant un parterre de décideurs, d’experts et de représentants gouvernementaux, Doherty a exposé les stratégies de sa banque pour transformer la santé en infrastructure stratégique pour le développement africain.

Une vision africaine à l’horizon 2063

Dans son intervention, Oluranti Doherty a rappelé que dans quarante ans, l’Union africaine célébrera son centenaire et que l’objectif fixé pour 2063 est que chaque État membre devienne un pays à revenu intermédiaire, débarrassé de la pauvreté. Elle a cité le rapport 2026 du McKinsey Health Institute, The Health of Nations: Stronger Health, Stronger Economies, pour souligner que jusqu’à la moitié de l’écart de prospérité entre nations peut s’expliquer par la santé de leurs populations.

Selon Doherty, une route efficace ne peut fonctionner si la main-d’œuvre est malade. Les maladies mal détectées ou non traitées réduisent la productivité, fragilisent les revenus des ménages et mettent en péril les entreprises. Pour elle, il est essentiel de considérer les systèmes de santé comme l’infrastructure du capital humain, véritable moteur de la croissance économique et de l’industrialisation sur le continent.

Afreximbank : de la finance d’infrastructure à la santé

Afreximbank, institution financière panafricaine multilatérale, soutient depuis plus de trente ans le commerce intra-africain par des solutions financières innovantes. Face à la montée des maladies non transmissibles, dont le cancer, la banque a élargi son champ d’action pour inclure la santé, convaincue que l’amélioration de l’accès aux soins est à la fois un devoir social et une nécessité économique.

La banque a ainsi investi plus de trois milliards de dollars pour renforcer la santé sur le continent. Deux milliards ont été mobilisés sous forme de garanties de paiement anticipé pendant la pandémie de COVID-19 pour faciliter l’accès aux vaccins, deux cents millions ont servi à transformer des usines pour produire des consommables médicaux et plus de trois cents millions ont été consacrés à la création de l’African Medical Centre of Excellence à Abuja. Ce centre tertiaire traite les maladies non transmissibles telles que le cancer et les affections cardiovasculaires. Développé en partenariat avec le King’s College Hospital de Londres et inauguré en juin 2025, il dispose de cinq salles d’opération, de trois laboratoires de cathétérisme et d’installations de pointe en génétique moléculaire, hématologie, chimie, histopathologie et microbiologie. Pour Doherty, renforcer le diagnostic permet de réduire les détections tardives, ce qui représente à la fois un succès clinique et économique.

“Les retombées économiques des investissements dans la santé sont multiples. Les citoyens en bonne santé restent actifs plus longtemps, ce qui soutient la productivité. La détection précoce réduit la complexité et le coût des traitements tandis que des fonds libérés peuvent être investis dans d’autres secteurs critiques comme l’éducation. Une population et une main-d’œuvre en bonne santé soutiennent également la stabilité fiscale, et la rétention des talents et des devises est renforcée car les patients n’ont plus besoin de se rendre à l’étranger pour se soigner. Enfin, ces investissements permettent de développer des infrastructures régionales et le commerce de services médicaux entre pays africains, renforçant ainsi la souveraineté économique du continent”, a-t-elle expliqué.

Doherty a aussi insisté sur l’effet catalyseur des investissements ciblés, notamment pour le cancer du sein. En traitant correctement cette maladie, il est possible de transformer des pertes économiques massives en gains de productivité et en économies pour les systèmes de santé, réaffectables à d’autres priorités de développement.

Un appel à l’action pour les décideurs

Oluranti Doherty a conclu son intervention en s’adressant directement aux ministères de la santé et des finances. Pour elle, investir dans la santé n’est pas un luxe, mais un impératif stratégique pour garantir la compétitivité de l’Afrique. “La banque a récemment annoncé, en collaboration avec le Centre africain de contrôle des maladies, un financement de deux milliards de dollars pour soutenir la production locale de produits pharmaceutiques”, a-t-elle indiqué.

Elle a en outre souligné que chaque décès évité avant 45 ans équivaut à des décennies de production, de taxation et de consommation. Les données et les modèles sont disponibles, mais le prochain défi consiste à établir un dialogue efficace entre ministères et institutions financières afin de garantir des investissements durables. Dans un contexte marqué par des conflits, des crises sanitaires et des pressions géopolitiques, Doherty rappelle que la santé est un pilier fondamental de la souveraineté économique. « La question n’est pas de savoir si nous pouvons nous permettre d’investir dans la santé, mais si nous pouvons nous permettre de ne pas le faire », a-t-elle conclu sous les applaudissements des participants.

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

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