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Le chef d’orchestre égyptien Nader Abbassi à La Presse  : « Il faut savoir se rapprocher du public »

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  • 6 avril 19:34
  • 5 min de lecture
Le chef d’orchestre égyptien Nader Abbassi à La Presse  : « Il faut savoir se rapprocher du public »

Nous avons été nombreux à suivre la Parade des momies royales qui ont circulé dans les rues du Caire en 2021. Le volet musical de cet événement a été assuré par le maestro égyptien de renommée internationale Nader Abbassi. Il a été récemment parmi nous. Entretien.

La Presse — Est-ce votre première visite en Tunisie ?

J’ai déjà été en Tunisie il y a 7 ou 8 ans, à l’occasion d’un atelier. J’ai même dirigé un orchestre ici à Tunis et à Sousse. Cette fois-ci, j’y reviens en tant que président du jury pour la compétition de chefs d’orchestre du festival Les Solistes. J’ai été particulièrement ravi de voir que toutes les candidates sont des filles. Il me semble que c’est nouveau dans le monde arabe d’avoir autant de femmes à la tête des orchestres.

Vous avez un parcours inspirant qui fait rêver les jeunes musiciens.  Quelle est la recette du succès qu’on peut tirer de votre expérience ?

Je dirais d’abord la patience, mais aussi les études. Je pense également qu’une formation académique est obligatoire.

On ne devient pas un chef d’orchestre par hasard. C’est une carrière où il faut passer par plusieurs étapes. Ça commence par jouer dans un orchestre, chanter, faire du piano, maîtriser l’harmonie, l’analyse. J’ajoute la culture liée aux œuvres jouées, les caractéristiques de chaque époque. Toutes ces connaissances sont obligatoires à mon avis. Il y a énormément de travail et de choses à apprendre pour arriver enfin à diriger un orchestre, et surtout à se faire respecter professionnellement par les musiciens qu’on accompagne.

Quand vous participez à des spectacles, même à l’échelle internationale, les regards des spectateurs sont d’habitude  plus dirigés vers les chanteurs que vers le maestro et les musiciens. On sait que vous ne visez pas la célébrité en premier, mais comment vivez-vous cet éventuel manque de reconnaissance ?

Pour ce qui me concerne, je me considère chanceux d’avoir de la visibilité, surtout dans le monde arabe. Il y a quelques années, j’ai participé à un grand concert, aux côtés d’Omar Khayrat. J’ai impliqué le public en l’invitant à nous accompagner par des applaudissements rythmés. Cette ambiance a profondément marqué l’audience et les vidéos filmées ont bien circulé sur les réseaux et ont été vues par un grand nombre d’internautes. J’ai également dirigé l’orchestre de la parade des momies royales au Caire, entre l’ancien et le nouveau musée. Cet évènement a été suivi dans le monde entier et mon nom y a été reconnu.

Par ailleurs, j’ai dirigé des orchestres lors de concerts d’artistes célèbres dont Majida El Roumy, ce qui m’a permis de renforcer le rapport avec le public et de l’attirer par la suite vers les concerts de musique classique et d’opéra.

Je suis à l’origine chef d’orchestre spécialisé dans les opéras et les ballets, mais je collabore tout de même à des concerts de musique arabe. C’est à nous d’aller à la rencontre des spectateurs pour créer un lien et les guider progressivement vers notre univers musical.

Peu à peu, cette culture se propagera davantage et les gens sauront apprécier le rôle d’un chef d’orchestre d’une manière générale.

La musique symphonique est souvent perçue comme élitiste, ciblant une classe intellectuelle et matérielle particulière. Vous avez rencontré des publics de plusieurs nationalités à travers de nombreux pays. Avez-vous constaté cette même vision stéréotypée partout ?

C’est une idée reçue qui existe universellement. Or, la vérité, c’est que la bande originale d’un grand nombre de films arabes ou étrangers comprend des morceaux de musique classique.

Quand on regarde un film et que l’on apprécie sa musique, on ne sait souvent pas que c’est de la musique classique.

Dans ce sens, je vois que la bande originale de films est très importante et c’est pour cette raison que je lui consacre des spectacles entiers. Je pense, par exemple, à la musique du feuilleton Raafat Al-Haggan composée par Ammar El Cherii. J’ai remarqué qu’à chaque fois que nous interprétons ce morceau, le public est profondément touché par les émotions que véhiculent les notes, même en l’absence de toute voix chantée.

Quand on arrive à se faire aimer par les spectateurs, en tant que chef d’orchestre, ils viendront après voir des concerts de musique classique. Ils découvriront alors que les morceaux joués sont des airs qui leur sont familiers, même s’ils n’arrivent pas à les identifier et les nommer. Les ballets de « Casse-Noisette » ou encore « Le Lac des Cygnes » sont des airs populaires et reconnaissables partout. Beaucoup de spectateurs  viennent en croyant à tort que cette culture leur est étrangère, et découvrent que ce n’est pas le cas. Il faut savoir se rapprocher du public, afin qu’il ressente que cette musique s’adresse à chaque mélomane, qu’elle lui parle directement et qu’elle ne privilégie aucune catégorie au détriment des autres.

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Auteur

Amal BOU OUNI

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