gradient blue
gradient blue
A la une Economie

Tunisie–FMI : Hela Ben Hassine alerte sur des risques budgétaires accrus et un flou stratégique persistant

  • 13 avril 2026
  • 6 min de lecture
Tunisie–FMI : Hela Ben Hassine alerte sur des risques budgétaires accrus et un flou stratégique persistant

Dans un environnement international marqué par des chocs durables et une forte volatilité, la participation de la Tunisie aux Réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale interpelle à plus d’un titre. Sur Express FM, le 13 avril 2026, la maitre de conférences en sciences économique Hela Ben Hassine alerte sur les risques pour les finances publiques, les difficultés de financement et les ambiguïtés entourant la relation avec le FMI.

Hela Ben Hassine considère que la crise actuelle ne relève pas d’un épisode conjoncturel mais s’inscrit dans la durée. Les premiers développements avaient laissé entrevoir une résolution rapide, mais les dynamiques récentes, marquées par des phases d’escalade, indiquent un prolongement des tensions.

Elle met en avant des perturbations structurelles, notamment dans le secteur énergétique, où certaines capacités de production, en particulier gazières, ne pourraient être rétablies qu’à moyen terme, parfois après plusieurs années. Cette situation affecte directement la production et les exportations d’hydrocarbures, ce qui laisse anticiper un maintien des pressions sur les marchés.

Elle souligne toutefois que cette trajectoire reste soumise à une forte incertitude politique, certaines déclarations pouvant provoquer des réactions immédiates sur les marchés financiers et sur les prix du pétrole. Cette instabilité accroît la volatilité globale et complique toute projection économique.

Une transmission directe aux équilibres tunisiens

L’économiste rappelle que l’interdépendance de l’économie mondiale empêche toute économie de se prémunir contre ce type de chocs. Dans le cas tunisien, les effets se transmettent directement aux finances publiques à travers le canal énergétique. Le système de subventions expose le budget de l’État à toute hausse des prix du pétrole, rendant obsolètes les hypothèses initiales retenues dans la loi de finances, sans que cela relève d’une défaillance de gestion mais bien d’un choc externe.

L’intervenante décrit un mécanisme cumulatif où le ralentissement de l’activité réduit les recettes fiscales tandis que la hausse des prix de l’énergie alourdit les dépenses de compensation. Cette double contrainte accentue la pression budgétaire et met en évidence la vulnérabilité structurelle de l’économie tunisienne face aux évolutions internationales.

Dans ce contexte, Hela Ben Hassine anticipe un besoin accru de financement. Elle souligne que la Tunisie devra arbitrer entre des ressources internes et externes, tout en évoluant dans un environnement où l’ensemble des pays fait face à des tensions similaires, ce qui intensifie la concurrence pour l’accès aux financements.

Elle distingue les appuis budgétaires, indispensables en période de déséquilibre, des financements de projets, notamment ceux de la Banque mondiale, et rappelle le rôle spécifique du FMI dans le soutien direct aux budgets des États. Or, la Tunisie s’appuie actuellement davantage sur des ressources internes, ce qui n’est pas sans coût économique, notamment en termes d’arbitrage et d’allocation des ressources.

Elle souligne que, malgré une certaine résilience caractérisée par la poursuite du remboursement de la dette, un taux de croissance positif mais faible et une inflation en recul mais encore proche de 5 %, l’économie demeure fragile et exposée à tout choc externe supplémentaire.

Hela Ben Hassine relève l’absence de signaux clairs quant à une reprise des relations formalisées avec le FMI, alors même que certaines annonces évoquent des échanges avec sa direction. Elle met en évidence une contradiction entre, d’une part, une rupture prolongée marquée notamment par l’absence de consultations au titre de l’article IV depuis 2021 et, d’autre part, la perspective de discussions au plus haut niveau.

Elle rappelle qu’un éventuel retour vers un programme ne peut s’improviser et suppose en amont une reprise des échanges techniques permettant d’établir un diagnostic précis de la situation économique. Ces consultations constituent, selon elle, un préalable indispensable à toute négociation structurée.

Une participation aux Réunions de printemps peu lisible

S’agissant de la participation tunisienne aux Réunions de printemps, l’économiste fait état de nombreuses zones d’ombre, notamment en matière de communication officielle. Elle s’interroge sur la nature et les objectifs des rencontres annoncées, en particulier sur le rôle du gouverneur de la Banque centrale et sur la portée d’éventuels échanges avec la direction du FMI.

Hela Ben Hassine rappelle que ces réunions diffèrent de celles d’automne, davantage orientées vers les instances décisionnelles, alors que les rencontres de printemps privilégient les échanges généraux et le réseautage. Les interactions y sont souvent moins formalisées et prennent la forme de réunions élargies plutôt que de négociations bilatérales structurées.

Elle insiste néanmoins sur l’intérêt de ces espaces pour promouvoir l’image du pays, présenter ses orientations économiques et établir des contacts avec des institutions financières et des partenaires potentiels, dans la continuité des démarches déjà engagées lors de précédentes participations.

Un impératif de transparence et d’évaluation

Hela Ben Hassine estime essentiel que les objectifs assignés à cette participation soient clarifiés et que ses retombées fassent l’objet d’une évaluation précise. Elle souligne qu’un déplacement de cette nature implique un coût et doit, à ce titre, produire des résultats mesurables en termes de partenariats, de financements ou de positionnement stratégique.

Elle considère qu’un retour explicite sur les résultats obtenus permettrait de renforcer la lisibilité de l’action publique et d’éclairer l’opinion sur les bénéfices concrets de cette présence.

Dans un environnement marqué par des incertitudes persistantes, Hela Ben Hassine plaide pour une approche anticipative. Elle juge souhaitable de rétablir, à tout le moins, une coopération technique avec le FMI afin de mieux préparer le pays aux contraintes à venir, même en l’absence immédiate d’un programme formel.

L’économiste rappelle que le recours accru aux financements internes ou aux mécanismes monétaires comporte des coûts économiques réels, en termes d’efficacité et d’allocation des ressources. Sans évoquer de crise comparable à celles traversées par certains pays par le passé, elle estime néanmoins que la situation actuelle exige des choix stratégiques clairs et une préparation en amont.

Elle indique enfin attendre les conclusions des Réunions de printemps afin de disposer d’éléments tangibles permettant d’apprécier les orientations prises et d’évaluer l’évolution des relations entre la Tunisie et le FMI.

Auteur

S. M.

You cannot copy content of this page