Tozeur – Préparatifs de ramadan : Lait et dattes, l’essence de l’identité tozeuroise
Alors que le croissant lunaire s’annonce à l’horizon, le Djérid tout entier entre en effervescence. À Tozeur, le Ramadan n’est pas seulement un rite religieux, c’est une symphonie de sens où l’odeur de la dchicha fumante se mêle à la fraîcheur des palmeraies. Entre ferveur religieuse et préparatifs domestiques ancestraux, les familles de la région déploient un savoir-faire unique pour honorer l’hôte sacré.
Ici, on ne se contente pas de rompre le jeûne, on perpétue un héritage oasien où la gestion des stocks de dattes devient un véritable art de vivre, garantissant que la Deglet Nour trône, majestueuse, sur chaque table malgré le décalage des saisons
La Presse — Les préparatifs pour le mois saint ont débuté il y a plus d’un mois au Djérid, mêlant ferveur religieuse, dynamisme social et effervescence culturelle. Dans cette région, l’État a mobilisé des fonds pour l’entretien des mosquées, parallèlement à l’organisation de conférences religieuses et de concours de récitation du Coran.
Fidèles à la tradition, les familles se sont approvisionnées en céréales nécessaires à la préparation de la «chawriya» (soupe d’orge traditionnelle), aussi appelée «dchicha», ainsi qu’en couscous et «mesfouf», ce dernier étant le plat privilégié pour le S’hour (dernier repas avant l’aube).
Les familles ont anticipé dès l’automne dernier. Pour garantir la présence de Deglet nour; ce fruit de lumière sur la table de l’Iftar, elles ont stocké des dattes dans des bouteilles ou des briques de lait, conservées précieusement au frais.
L’art de vivre et l’attente de la rupture du jeûne
L’effervescence se lit aussi dans les foyers : nettoyage des tapis et couvertures, et préparation de la vaisselle destinée au lait frais ou au «raib» (lait fermenté). Au Djérid, la rupture du jeûne est impensable sans le duo sacré : dattes et lait.
Pour combler les longues heures de jeûne, les habitants occupent leur temps avant l’Iftar en flânant dans les oasis ou en parcourant les souks pour les derniers achats quotidiens.
Les secrets de la conservation des dattes : un savoir-faire ancestral
Au Djérid, la datte est bien plus qu’un aliment ; c’est l’âme de la table de Ramadan. Si la table regorge de plats variés, elle semble incomplète si la Deglet Nour manque à l’appel.
En raison de l’écart entre le mois de Ramadan et la saison de récolte (notamment pour les variétés tardives comme la Deglet Nour, l’Amari, ou la Kenta récoltées en seconde moitié d’été), les habitants ont recours à des méthodes de conservation ingénieuses : il y a le froid moderne, avec l’utilisation de chambres froides ou de congélateurs domestiques. La méthode traditionnelle (pressée) où plusieurs familles reviennent aux méthodes des ancêtres. Les femmes dénoyautent les dattes et les pressent fermement dans des récipients en plastique ou en verre.
Les dattes sont disposées en couches compactes pour chasser l’air jusqu’à former une masse homogène, avant de fermer le récipient hermétiquement.
Certaines femmes au foyer ajoutent une touche d’huile d’olive, de thym ou de romarin, conférant aux dattes une saveur unique et une texture incomparable.
Mais la méthode la plus répandue demeure le séchage. Une autre technique consiste à faire sécher les dattes et à les suspendre dans les maisons, ce qui permet de les conserver durant de longs mois sans qu’elles perdent leurs qualités nutritives.