La Tunisie ne peut transformer qu’une partie de ses dettes extérieures en projets de développement, a indiqué le professeur d’économie, Moez Soussi.
Selon lui, seuls les engagements issus de la coopération bilatérale entre pays peuvent être orientés vers des initiatives concrètes, tandis que la majorité des dettes multilatérales et celles négociées sur les marchés financiers échappent à cette possibilité.
Cette intervention fait suite au conseil ministériel restreint tenu le 27 janvier dernier sous la supervision de la cheffe du gouvernement, Sarra Zaafrani Zenzeri, consacré au programme de conversion des dettes tunisiennes en projets de développement.
Moez Soussi a expliqué, dans une déclaration accordée à Diwan Fm, que la structure de la dette tunisienne repose sur trois catégories distinctes. Les prêts multilatéraux, tels que ceux contractés auprès de la Banque mondiale, représentent près de 63 % du total des dettes extérieures et ne peuvent pas être convertis en projets.
Les dettes négociées sur les marchés financiers, sous forme d’obligations, représentent environ 14 % du total et sont également exclues de cette possibilité. Enfin, la coopération bilatérale, qui constitue 22 % des dettes, est partiellement mobilisable pour financer des projets concrets.
Parmi les principaux partenaires bilatéraux de la Tunisie, l’Allemagne occupe la première place, avec des engagements bilatéraux s’élevant à 2 972 millions de dinars.
La France suit avec 2 570 millions de dinars, devant l’Arabie saoudite (2 473 millions), l’Algérie (1 949 millions), le Japon (1 302 millions) et l’Italie (1 280 millions).
Les autres pays réunis représentent 1 562 millions de dinars. Ces chiffres datent de 2023 et illustrent la part réelle des dettes potentiellement convertibles en projets de développement.
Certaines initiatives bilatérales ont déjà été concrétisées. Le premier accord, signé avec l’Italie en décembre 2016 pour un montant de 25 millions d’euros, a été destiné aux zones les plus défavorisées du pays.
Dans le même temps, un projet financé par la France a permis, entre 2016 et 2017, la création d’un hôpital régional à Gafsa, avec une première tranche de 60 millions d’euros, suivie d’une seconde de 30 millions d’euros pour compléter le projet et soutenir l’éducation et la formation.
Moez Soussi a souligné que la conversion des dettes en projets nécessite une préparation technique rigoureuse, avec une étude précise des idées, un ciblage clair des besoins et une planification des financements.
Selon lui, le financement pourrait parfois être doublé, en combinant les aides bilatérales et des ressources internes, mais ce mécanisme n’est pas garanti.
Il a également rappelé que ces projets engendrent des coûts élevés en termes d’études et de suivi, alors que les montants réellement disponibles restent limités.
Finalement et non moins important, le professeur d’économie met en garde contre toute approche simpliste. “La conversion des dettes tunisiennes en projets de développement est possible, mais elle demeure partielle et exige rigueur, stratégie et suivi minutieux pour traduire les engagements financiers en résultats concrets pour le pays”, a-t-il conclu. Meriem Khdimallah