Transition énergétique en Tunisie : le solaire progresse, mais les obstacles fiscaux freinent l’élan
Sadok Besbes, président du Groupement professionnel des énergies renouvelables à la CONECT, était l’invité de la radio nationale le 1er avril 2026.
Il a lancé un double appel urgent : aux pouvoirs publics, pour réduire des droits de douane qui atteignent 30 % sur les panneaux solaires alors que le Maroc applique entre 1,5 % et 5 %, et aux industriels, pour engager sans délai leur transition avant que la taxe carbone européenne ne pénalise leurs exportations dès 2026.
En toile de fond, un constat chiffré : 120 000 foyers tunisiens ont déjà adopté le solaire, mais le pays reste bloqué à 6-7 % d’énergies renouvelables dans son mix électrique, loin des objectifs de 35 % en 2030 et 50 % en 2050.
La plus structurante des entraves identifiées par Sadok Besbes est fiscale. En loi de finances 2024, le Parlement a porté les droits de douane sur les panneaux solaires importés à 30 %, alors que les grands projets étrangers bénéficient d’exemptions. À cela s’ajoute une TVA de 19 % qui alourdit la facture finale des ménages et des professionnels.
Le contraste avec les pays voisins est saisissant : le Maroc applique des droits compris entre 1,5 % et 5 % sur les mêmes équipements.
Cette distorsion renchérit directement le coût d’accès au solaire, même pour les bénéficiaires du programme ProSol Électrique, crédit accordé aux abonnés résidentiels de la STEG et remboursable directement sur la facture d’électricité.
La conjoncture internationale est venue alourdir davantage la situation. En l’espace de trois mois seulement, les prix des panneaux solaires ont bondi de plus de 50 % sur le marché mondial.
Le phénomène s’explique par la concentration extrême de la production : plus de 90 % des panneaux commercialisés dans le monde sont fabriqués en Chine, rendant les prix étroitement dépendants des politiques industrielles chinoises, des matières premières et des tensions géopolitiques.
Sadok Besbes qualifie cet impact de conjoncturel, mais insiste : la réponse structurelle reste la même, réduire au maximum les droits de douane pour préserver l’attractivité de la filière.
Un appel urgent aux industriels : agir avant la taxe carbone européenne
Le responsable de la CONECT interpelle directement les chefs d’entreprise : le photovoltaïque produit aujourd’hui une électricité moins coûteuse que celle achetée auprès de la STEG.
Surtout, dès 2026, l’Union européenne impose une taxe carbone sur les exportations. Les entreprises tunisiennes qui n’auront pas engagé leur transition énergétique seront directement pénalisées dans leur accès aux marchés européens.
Il cite également le système des autorisations du ministère de l’Industrie, avec un cinquième round en cours et un sixième annoncé prochainement, comme levier complémentaire pour accélérer le déploiement des grandes capacités renouvelables.
Malgré ces freins, l’invité relève un signal encourageant : 120 000 foyers tunisiens ont adopté l’énergie solaire sur une population de 12 millions d’habitants, représentant à eux seuls plus des trois quarts des 6 à 7 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique national, davantage que l’ensemble des projets industriels et commerciaux réunis.
Pour Sadok Besbes, ce chiffre témoigne d’une prise de conscience réelle du citoyen tunisien, qui a compris que le photovoltaïque est un investissement rentable pour lui-même, pour l’État et pour les générations futures.
La transition énergétique n’est pas un choix pour la Tunisie, c’est une nécessité stratégique.
Le pays dispose d’un gisement solaire trois fois supérieur à celui de l’Allemagne et d’une ressource éolienne significative : un foyer tunisien présente un potentiel d’investissement dans le solaire trois fois plus rentable qu’un foyer allemand, à consommation identique.
Sadok Besbes y ajoute une dimension générationnelle : la Tunisie n’est pas propriétaire de sa terre, elle l’emprunte aux générations futures, à qui il convient de léguer un pays doté d’atouts stratégiques solides.
Un historique pionnier, un rythme qui s’est essoufflé
Le responsable rappelle que la Tunisie a été pionnière dans ce domaine. Dès le début des années 1980, le pays créait l’Agence de maîtrise de l’énergie (ANME) et engageait une réflexion sur l’efficacité énergétique, alors même que l’énergie fossile était encore excédentaire.
Au tournant des années 2010-2011, la Tunisie figurait parmi les premiers pays à s’intéresser au solaire, lançant via l’ANME le programme ProSol avant l’essor mondial du secteur.
En 2014, un cadre législatif ouvrait la voie à l’investissement privé dans les énergies renouvelables.
En 2018, cependant, lors de l’accélération mondiale du secteur, le pays avait pris du retard, rejoignant tardivement le peloton des nations engagées dans cette dynamique.
Sadok Besbes souligne le fort potentiel de création d’emplois du secteur, avec des projections de 70 000 postes à horizon 2035, couvrant une large



