Café de contrebande : la tasse de trop
La mise en garde du ministère du Commerce publiée hier contre la commercialisation du café de contrebande dépasse largement le simple cadre d’un rappel sanitaire ou d’une consigne administrative.
Elle agit comme un révélateur brutal d’une pathologie plus profonde qui ronge l’économie nationale: la banalisation de l’illégalité et l’acceptation tacite de la contrebande comme mode parallèle d’approvisionnement.
Car derrière un café servi à bas prix se dissimule une mécanique autrement plus lourde, faite de pertes fiscales, de risques sanitaires et d’un affaiblissement méthodique de l’autorité de l’État.
La contrebande n’est jamais innocente. Elle commence souvent par un argument séduisant — rareté du produit, pression sur les prix, pouvoir d’achat en berne — pour se transformer en système organisé, structuré, parfois protégé par des complicités diffuses.
Le café, produit du quotidien par excellence, devient ainsi le cheval de Troie d’une économie grise qui s’infiltre jusque dans les habitudes les plus anodines.
Ce qui est consommé dans l’indifférence apparente est, en réalité, un concentré d’opacité : origine inconnue, absence de contrôle sanitaire, circuits de distribution échappant à toute traçabilité.
Plus inquiétant encore est le glissement culturel que la contrebande opère. À force de tolérance, l’illégal se normalise, la transgression devient pratique courante et la règle apparaît comme un fardeau réservé aux naïfs.
Or, un État ne s’érode pas uniquement par les grandes crises, mais aussi par ces mille renoncements silencieux qui minent sa crédibilité.
Lorsque le consommateur accepte un produit de contrebande, lorsque le commerçant ferme les yeux sur son origine, c’est une parcelle de souveraineté économique qui se dissout.
La réponse ne peut être seulement répressive, même si les poursuites annoncées sont nécessaires. Elle doit être politique au sens noble : rétablir la confiance, et garantir l’approvisionnement.
Et cette bataille-là engage bien plus que le contenu d’une tasse: elle engage le rapport du citoyen à l’État.