Transition écologique en Tunisie : l’équation entre croissance et climat
Pour réussir sa transition écologique, la Tunisie doit mettre en place des indicateurs précis qui permettent de mesurer l’impact réel de ses politiques climatiques, indique une note d’orientation publiée fin mars 2026 par le Think Tank « Global Institute 4 Transitions » (GI4T).
La note intitulée « Pour une transition écologique juste et durable en Tunisie » et élaborée par les économistes Sana Ben Abdallah et Dhafer Saidane met l’accent sur l’injustice climatique, étant donné que les émissions de CO2 des pays riches ne s’arrêtent pas aux frontières des pays pauvres et que les pays les plus touchés par les catastrophes naturelles sont ceux qui ont le moins pollué.
En effet, d’après cette note, l’Afrique tout entière ne contribue qu’à 3% des émissions mondiale de CO2. Toutefois, la violence des changements climatiques est en train d’impacter la trajectoire de croissance du continent africain. Si rien n’est fait, il faut s’attendre à une baisse de 30% du PIB africain d’ici 2050. Selon les experts de la Banque mondiale, le PIB de la Tunisie pourrait diminuer de 3,4% d’ici 2030, soit une perte annuelle d’environ 1,66 milliard d’euros, si le pays ne prend pas les mesures nécessaires pour faire face aux risques liés aux changements climatiques.
Malgré une faible contribution aux émissions de gaz à effet de serre, l’Afrique en général et la Tunisie en particulier se trouvent ainsi face à une équation difficile mais pas impossible à résoudre, celle d’encourager la croissance sans alimenter les émissions de CO2.
Enjeux essentiels pour une transition écologique réussie en Tunisie
L’analyse de la situation en Tunisie met en évidence des enjeux essentiels pour la transition écologique. Particulièrement vulnérable aux effets des changements climatiques, le pays a déjà pris des mesures ambitieuses, telles que la mise en place de la stratégie nationale de transition écologique. Il a, également, réussi à réduire ses émissions de 13% par rapport à 2010, confirmant, ainsi, son engagement envers l’Accord de Paris sur le climat.
Cependant, selon la Banque Mondiale, un investissement de 29 milliards de dollars du secteur public est nécessaire pour atteindre les objectifs souhaités, un montant largement supérieur à celui proposé par la Tunisie. Ainsi, un soutien financier international est indispensable, notamment via des fonds de compensation climatiques européens ou internationaux. Ces fonds sont essentiels pour combler les écarts entre les pays les plus responsables des émissions et ceux qui en subissent les conséquences.
Le succès de cette transition dépend également, selon la même source, de la qualité de la gouvernance et de la capacité des institutions tunisiennes à intégrer des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). A cet égard, il est crucial de mettre en place des indicateurs précis qui permettent de mesurer l’impact réel des politiques engagées, en tenant compte des défis spécifiques du pays. Ces indicateurs permettront non seulement de suivre les progrès, mais aussi de renforcer la confiance des différentes parties prenantes.
La gouvernance doit également être renforcée pour garantir le succès de cette transformation. La Tunisie doit non seulement élaborer des cadres réglementaires solides, mais aussi impliquer toutes les parties prenantes concernées. Ce dialogue inclusif est fondamental pour créer un nouveau pacte fondé sur une nouvelle prospérité et assurer une gouvernance démocratique et durable.
Le volet social de cette transition est tout aussi essentiel. Une véritable économie verte doit également offrir des perspectives socio-économiques solides, notamment pour les populations les plus vulnérables.
Nécessité d’une action coordonnée à l’échelle africaine
A l’échelle africaine, concilier effort climatique et développement pour les pays africains nécessite, selon ce document, d’envisager un Plan d’action et de solidarité pour l’échange et l’éducation en matière de transition écologique et de lancer un Fonds de sensibilisation aux dommages climatiques pour promouvoir des stratégies de financement contre les risques climatiques en Afrique. Etablir un Comité de suivi des réglementations climatiques pour adapter les directives européennes portant sur l’environnement et le climat aux réalités des pays africains est tout aussi nécessaire.



