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Iran : la stratégie de destruction systémique qui vise un pays au cœur de ses fondations

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  • 5 avril 09:57
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Iran : la stratégie de destruction systémique qui vise un pays au cœur de ses fondations

Les frappes qui ont visé l’Iran ces derniers jours ne relèvent plus d’opérations militaires classiques. Elles dessinent les contours d’une stratégie plus large, méthodique, dont l’objectif dépasse la neutralisation de cibles tactiques : il s’agit de fragiliser durablement les capacités de résilience d’un État.

La destruction de l’Institut Pasteur d’Iran en est l’illustration la plus marquante. Fondé en 1920, intégré au réseau scientifique international depuis plus d’un siècle, cet établissement jouait un rôle clé dans la recherche médicale et la production de vaccins, notamment lors de la pandémie de Covid-19 ou dans la lutte contre le choléra. Sa disparition ne représente pas seulement une perte matérielle, mais un coup porté à l’infrastructure sanitaire et scientifique du pays.

Ce ciblage n’est pas isolé. L’usine pharmaceutique Tofigh Daru, qui produisait des traitements contre le cancer, la sclérose en plaques ou des maladies cardiovasculaires, a également été détruite. Dans un pays qui assure près de 90 % de sa production de médicaments en raison des sanctions internationales, ces frappes affectent directement l’accès aux soins.

Au-delà du secteur de la santé, les attaques ont visé des piliers économiques majeurs. Les principales installations sidérurgiques du pays — représentant une large part de la production nationale — ont été frappées simultanément. Ce type d’opération affaiblit non seulement l’industrie lourde, mais menace aussi des dizaines de milliers d’emplois, touchant ainsi le tissu socio-économique dans son ensemble.

Les infrastructures énergétiques n’ont pas été épargnées. Des dépôts pétroliers à Téhéran ont été bombardés, provoquant des incendies massifs et une pollution atmosphérique alarmante. Les conséquences sanitaires pourraient s’inscrire dans la durée pour des millions d’habitants.

Le secteur éducatif apparaît également comme une cible récurrente. Plusieurs universités, dont des établissements historiques formant les élites scientifiques et techniques du pays, ont été touchées. Cette dynamique suggère une volonté de compromettre la formation des générations futures et, par extension, les capacités de reconstruction du pays.

À cela s’ajoute le risque lié aux frappes sur des installations nucléaires civiles. Au-delà des enjeux stratégiques, ces opérations font planer la menace d’un accident majeur aux conséquences potentiellement régionales, voire internationales.

Le patrimoine culturel n’est pas épargné. Des sites historiques emblématiques, dont certains classés ou reconnus à l’échelle mondiale, ont subi des dommages. La destruction ou la dégradation de ces lieux participe à une atteinte plus symbolique : celle de l’identité historique et culturelle d’un pays.

Enfin, les attaques ayant touché des établissements scolaires, dont certaines particulièrement meurtrières, renforcent les inquiétudes quant à la protection des المدنيين. Ces événements, combinés à l’ampleur des destructions recensées — logements, structures médicales, infrastructures civiles — alimentent les accusations d’une stratégie visant délibérément des cibles non militaires.

Dans ce contexte, les déclarations de responsables politiques américains évoquant une volonté de « ramener l’Iran à l’âge de pierre » prennent une résonance particulière. Elles semblent traduire une doctrine assumée de pression maximale, dont les effets dépassent largement le cadre militaire.

Les implications géopolitiques et économiques sont également notables. La hausse des prix de l’énergie sur les marchés internationaux profite à certains acteurs économiques, tandis que les populations, notamment en Europe, en subissent les répercussions.

Face à cette escalade, la position des pays européens interroge. Entre appels à la désescalade et maintien de coopérations stratégiques, leur rôle apparaît ambivalent. Certaines initiatives nationales visant à limiter l’utilisation de bases ou d’espaces aériens témoignent toutefois de premières inflexions.

Au final, la situation actuelle pose une question centrale : celle des limites du droit international et de la protection des infrastructures civiles en temps de guerre. Au-delà du cas iranien, c’est la nature même des conflits contemporains qui semble évoluer vers des formes de confrontation où les sociétés dans leur ensemble deviennent des cibles.

Dans cette perspective, l’enjeu dépasse la seule géopolitique régionale : il concerne la définition des règles et des lignes rouges qui encadrent — ou devraient encadrer — les conflits du XXIe siècle.

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Auteur

La Presse

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