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Economie

Vacances sous tension : La classe moyenne au pied du mur

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  • 21 juillet 2025
  • 4 min de lecture
Vacances sous tension : La classe moyenne au pied du mur

Avec l’envolée des prix des locations touristiques et un cadre réglementaire en mutation, le tourisme intérieur devient de plus en plus inaccessible pour les ménages tunisiens. L’été 2025 s’annonce difficile pour les vacanciers… comme pour les professionnels du secteur.

La Presse — A peine le mois de mai entamé, les annonces de locations estivales ont fleuri sur les réseaux sociaux et les plateformes comme Airbnb. Mais cette année encore, les prix donnent le vertige : à Hammamet, Djerba ou Sousse, les tarifs démarrent souvent à 300 à 500 dinars la nuit pour un appartement ou une petite villa en bord de mer. Une inflation qui suscite frustration et résignation parmi les Tunisiens, alors que le pouvoir d’achat continue de s’éroder.

Des prix qui excluent la classe moyenne

« L’année dernière, on a pu partir cinq jours à Mahdia. Cette année, avec les prix qu’on voit sur les groupes Facebook, on a abandonné l’idée », confie Fatma, 42 ans, fonctionnaire à Tunis. Comme elle, de nombreuses familles font le même constat : les vacances deviennent un luxe, même sans quitter le pays ! Entre les loyers à la semaine, les frais de transport (essence ou bus), les repas sur place et les activités, le budget vacances explose.

Un rapide tour sur les plateformes de réservation montre que les prix ont augmenté de 20 % à 30 % par rapport à 2023, selon les régions. Et ce, alors que les salaires stagnent et que les dépenses courantes (alimentation, scolarité, santé) pèsent déjà lourd sur les foyers.

Airbnb ou le gain facile

Le développement incontrôlé des plateformes de location de courte durée aggrave la situation. À Sidi Bou Saïd, La Marsa, Hammamet, de nombreux biens sont aujourd’hui exclusivement réservés à la clientèle touristique, souvent étrangère ou fortunée. Les propriétaires misent sur des revenus élevés à court terme, au détriment de l’accès local au logement ou au tourisme.

«Les plateformes comme Airbnb ont déséquilibré le marché. On se retrouve avec des logements qui ne respectent aucune réglementation, mais qui pratiquent des prix d’hôtels 4 étoiles», explique un professionnel du secteur hôtelier à Djerba.

Cette situation a aussi des effets pervers : évasion fiscale, absence de standards de qualité, insécurité juridique pour les locataires. Des problématiques qui ont poussé l’État à réagir. En avril 2025, le ministre du Tourisme, Soufiane Tekaya, a annoncé la publication imminente de quatre cahiers des charges encadrant le tourisme alternatif en Tunisie (chambres d’hôtes, gîtes, motels, campings).

Ces textes supprimeront les autorisations préalables, facilitant la création de structures et encourageant l’investissement. Tekaya a souligné que 2.000 unités opèrent souvent sans autorisation et a appelé à leur régularisation. D’autres responsables ont salué cette avancée, fruit de trois ans de concertation, qui vise à simplifier les procédures, diversifier l’offre touristique et faire du tourisme alternatif un levier durable et rentable, notamment en prévision de la saison estivale 2025.

Tourisme local : un modèle à repenser

En Tunisie, le tourisme intérieur a longtemps été considéré comme un « plan B » pour les établissements hôteliers. Pourtant, pendant la pandémie de Covid-19, ce sont justement les touristes locaux qui ont maintenu à flot de nombreuses structures. Mais aujourd’hui, sans politique de tarification adaptée, sans régulation efficace des plateformes numériques, et sans offres alternatives abordables, ce segment risque de s’effondrer.

Certaines régions, comme Le Kef, Zaghouan ou Siliana, tentent de développer un tourisme rural et durable, moins coûteux et plus intégré. Mais ces initiatives restent marginales, faute de soutien public et d’investissement dans les infrastructures.

Sans régulation efficace et sans effort de coordination entre acteurs publics et privés, le risque est clair : les vacances en Tunisie ne seront accessibles qu’à une minorité, tandis que la majorité se tournera vers des alternatives low-cost ou renoncera tout simplement à partir.

Le tourisme intérieur mérite une véritable stratégie nationale, incluant des politiques tarifaires encadrées, des incitations fiscales pour les maisons d’hôtes déclarées, une meilleure régulation des plateformes numériques, et enfin un soutien aux régions de l’intérieur pour diversifier l’offre. Car le droit aux vacances n’est pas un privilège, c’est un indicateur de justice sociale !

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Auteur

Saoussen BOULEKBACHE

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