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«Time line» De Mohamed Bouhjar : Mémoire sous haute surveillance

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  • 13 avril 2026
  • 4 min de lecture
«Time line» De Mohamed Bouhjar : Mémoire sous haute surveillance

Entre la morsure du bitume  et les vertiges de l’anticipation, Mohamed Bouhjar réalise  un court métrage «Time line» où la technologie devient le miroir de nos cicatrices.

Une quête de mémoire éperdue qui refuse le spectacle pour sonder, dans un face-à-face bouleversant avec le métal, ce qu’il nous reste d’irréductiblement humain.            

La Presse—Mohamed Bouhjar, auteur du court métrage «Time line», n’appartient pas à la caste des démiurges bruyants : il est cet artisan de l’ombre dont la discrétion est une politesse faite au réel.

Chez lui, la passion ne se dégrade jamais en posture, elle s’incarne dans une manière de vivre. Pour vous le dire autrement… c’est un auteur qui n’est pas bouffé par son ego et c’est rare.

C’est joliment une qualité dans le milieu du cinéma tunisien… Un milieu  où les gens causent, s’esclaffent, se déchirent, s’entredéchirent et militent pour des films qu’ils ne sont pas en train de faire et les rares films qu’ils font ressemblent à d’autres films. Et si on vous parle de «Time line», c’est justement parce qu’il ne ressemble pas à d’autres films.      

Avec «Time line», le réalisateur se livre à une acrobatie cinématographique périlleuse, une tension de funambule où le film refuse de choisir entre le réalisme social le plus âpre et l’anticipation métaphysique.

Produit par Lotfi Layouni (Amilcar Films)— fidèle complice qui avait déjà décelé chez Bouhjar le court métrage Frida (justement primé d’Oman à Louvain) —, «Time line» est une greffe audacieuse. Il s’appuie sur le réel — ces robots-policiers de la pandémie — pour basculer dans une quête de soi où la science-fiction n’est plus un décor, mais un scalpel.      

Le film interroge cette «glissade» contemporaine où l’homme, broyé par la violence institutionnelle, se voit dépossédé de sa propre tragédie. Walid, le protagoniste, n’est pas seulement une victime de la torture : il est un exilé de sa propre chronologie.

Le réalisateur filme cette Time line psychiatrique comme un territoire occupé. Le tour de force du film réside dans ce kidnapping paradoxal : Walid kidnappe un robot pour «rapatrier» sa mémoire.            

Face à cette Intelligence Artificielle qui pratique le Deep Learning en imitant la brutalité humaine, le réalisateur pose une question fondamentale : si la machine apprend de nos vices, qui est le véritable automate ? Le film nous place dans une impasse poignante face à ce robot-miroir, impuissant, mais détenteur des clés de notre identité.      

La caméra est un témoin qui se mue en complice. Une caméra qu’on peut qualifier de clinique et qui finit par épouser le regard de Walid dans une solidarité plastique bouleversante. Le réalisateur a la pudeur de ne pas sonder la «faute» de la victime, mais de scruter sa reconstruction.     

Ce qui achève de faire de «Time line» un film bien noté, c’est l’audace de son sujet, véritable terra incognita dans le paysage cinématographique tunisien.

Si notre cinéma national a souvent excellé dans la chronique des luttes idéologiques ou le constat frontal des sévices policiers, il s’était rarement risqué à explorer les limbes cybernétiques du traumatisme.

En introduisant l’Intelligence Artificielle non comme un gadget futuriste, mais comme le réceptacle volé de notre intériorité, Mohamed Bouhjar brise un plafond de verre thématique.

Il déplace le débat de la place publique vers la mémoire organique : le robot n’est plus une menace extérieure, il devient le dépositaire d’un fragment d’âme nationale.        

 

 

Pavé     

La caméra est un témoin qui se mue en complice. Une caméra qu’on peut qualifier de clinique et qui finit par épouser le regard du protagoniste  dans une solidarité plastique bouleversante.

 

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Auteur

Salem Trabelsi

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