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Eau, agriculture et sécurité nationale : La mise en garde du Chef de l’Etat

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  • 2 février 17:45
  • 7 min de lecture
Eau, agriculture et sécurité nationale : La mise en garde du Chef de l’Etat

Le Président de la République appelle à restaurer et à entretenir les barrages et les oueds pour garantir l’approvisionnement en eau en Tunisie.

Il met en garde contre les infrastructures négligées depuis des décennies. En arrière-plan, le rôle crucial de l’eau pour l’agriculture, pilier de l’économie et de la sécurité alimentaire du pays, doit être pris très au sérieux.  

La Presse — Mercredi dernier, le Président de la République, Kaïs Saïed a reçu au palais de Carthage, Ezzedine Ben Cheikh, ministre de l’Agriculture, des Ressources hydriques et de la Pêche, pour examiner plusieurs dossiers, dont la politique de l’eau en Tunisie au cours des dernières décennies. Ce sujet, crucial aujourd’hui, occupe une place particulière alors que le pays est classé parmi les États confrontés au stress hydrique.

L’agriculture, cœur de notre économie et de notre sécurité alimentaire, ne peut prospérer sans eau. Les cultures dépendent directement des réserves des barrages et des oueds, et toute négligence dans leur gestion se traduit par des récoltes perdues et des exploitations fragilisées. Assurer l’eau pour l’agriculture n’est pas seulement une question d’infrastructures, c’est un enjeu vital pour la stabilité des familles et du pays.

La problématique de l’eau a trop longtemps été ignorée par les gouvernements successifs ces dernières décennies, se limitant à des interventions ponctuelles et improvisées. À ce propos, le Chef de l’État a donné ses instructions en vue d’assurer, de manière régulière, les opérations de maintenance et de curage des barrages et des oueds.

La situation des barrages s’améliore, mais les niveaux restent faibles

Les barrages constituent un élément central de la stratégie nationale de mobilisation des ressources en eau. Cependant, leurs taux de remplissage restent souvent faibles, reflétant à la fois une saison hydrologique insuffisante et une pression accrue sur les volumes stockés.

À ce titre, les experts insistent sur l’importance de distinguer les réserves des apports. En effet, les réserves correspondent à l’eau déjà stockée dans le barrage à un moment donné, tandis que les apports désignent l’eau qui y arrive (pluie, rivières) sur une période donnée.

En résumé, les réserves représentent le stock, les apports le flux. Ainsi, une forte pluviométrie ne signifie pas systématiquement que la situation des barrages est au beau fixe, car les volumes réellement stockés peuvent rester insuffisants pour couvrir les besoins.

La situation des barrages en Tunisie s’améliore après les récentes pluies, qui ont considérablement renforcé les réserves en eau. Selon les statistiques officielles, les apports cumulés, estimés à plus de 220 millions de mètres cubes, ont fait progresser le taux de remplissage global d’environ dix points en quelques semaines, atteignant désormais 42 à 43%, soit près de 930 millions de mètres cubes stockés.

Selon les experts, si les précipitations se poursuivent en février et mars, période clé pour la recharge des barrages, il est possible de dépasser le seuil symbolique du milliard de mètres cubes, notamment pour le barrage de Sidi Salem, essentiel pour la sécurité hydrique du pays. Toutefois, si plusieurs barrages du Nord et du Cap Bon affichent déjà des niveaux élevés, ceux du centre restent encore en dessous des taux jugés satisfaisants.

Malgré cette amélioration des niveaux de remplissage, les experts rappellent l’importance de gérer l’eau avec rigueur et de la consommer de manière raisonnée, la Tunisie restant vulnérable aux variations climatiques et aux risques de sécheresse récurrents.

Il est évident que ces chiffres montrent également que les réserves, même lorsqu’elles augmentent au fil des saisons, restent loin d’atteindre la capacité totale des barrages, dont le stockage maximal théorique dépasse plusieurs milliards de mètres cubes.

C’est dans ce contexte que le Président de la République, Kaïs Saïed, a examiné, lors de l’entretien avec le ministre de l’Agriculture, des Ressources hydriques et de la Pêche, la politique de l’eau en Tunisie au cours des dernières décennies. 

À cette occasion, il a pointé le manque d’entretien au niveau de nombreux barrages, soulignant que certains ayant même quasiment disparu, à l’instar du barrage d’El Akhmes, dans le gouvernorat de Siliana, dont la capacité de stockage était estimée entre 5 et 7 millions de mètres cubes.

La situation de plusieurs oueds, qui n’ont pas fait l’objet d’opérations de curage depuis des décennies, ainsi que celle de lacs collinaires ensevelis sous les alluvions depuis les années 1970, ont également été évoquées par le chef de l’Etat. C’est dans ce contexte que Kaïs Saïed a donné des instructions pour assurer régulièrement l’entretien et le curage des barrages et des oueds.

Entretien des barrages et gestion des oueds : un défi récurrent

Il est bien utile de rappeler à ce propos que plusieurs barrages souffrent d’un manque d’entretien persistant, ce qui réduit significativement leur efficacité opérationnelle. L’accumulation progressive de matériaux alluviaux, ou sédimentation, diminue la capacité utile des retenues, tandis que l’absence de curage régulier empêche ces infrastructures de fonctionner correctement.

De la même manière, les oueds ne bénéficient pas d’un entretien systématique. Sans curage ni aménagements adaptés, leur capacité à capter et à transférer les eaux pluviales vers les barrages est fortement réduite, entraînant des pertes d’eau importantes lors des épisodes pluvieux et compromettant l’alimentation des bassins de stockage.

Ces constats confirment l’abandon effectif de certaines infrastructures hydrauliques, comme l’a souligné le Président de la République. Cette négligence se traduit par une réduction progressive de la capacité de stockage, une utilisation moins efficace des précipitations et une dépendance accrue aux conditions climatiques favorables. Elle alerte sur l’urgence d’une gestion proactive de l’eau. Les barrages et les oueds doivent retrouver leur pleine capacité pour protéger contre les inondations et la sécheresse.

Un calendrier rigoureux de maintenance et de curage s’impose, avec une attention particulière aux infrastructures laissées à l’abandon depuis des décennies. Sans action rapide, le stress hydrique pourrait se transformer en crise majeure, rendant même les pluies bénéfiques totalement inutiles.

Quid du nouveau projet du Code de l’eau ?

Face à la pression croissante sur ses ressources en eau, la Tunisie finalise un projet de révision du Code de l’eau, destiné à moderniser le cadre législatif et à renforcer la gouvernance du secteur. Examiné lors d’un Conseil ministériel restreint, ce projet vise à adapter la gestion de l’eau aux défis du changement climatique, à la raréfaction des ressources et à l’augmentation de la demande.

La réforme prévoit de renforcer la protection du domaine public hydraulique, d’améliorer la coordination entre acteurs publics et privés, et de durcir les sanctions contre la surexploitation et les forages illégaux, afin de préserver les nappes phréatiques.

Le projet est actuellement en phase de finalisation, en vue de sa présentation au Conseil des ministres, puis de sa transmission à l’Assemblée des représentants du peuple pour adoption. Toutefois, les experts soulignent que l’élaboration de ce code accuse déjà un retard considérable, ce qui pose un grand point d’interrogation.

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Auteur

Samir DRIDI

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